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LIBEARY
U. S. PATENT OFFICE.
; Class ...—
4* . I ShOf Ji
DEUXIEME CINQUANTAINE
DES
AMÜSEMENS
MICROSCOPIQUES.
DE
MONSIEUR
MARTIN FROBENE LEDERMULLER,
» « « t sP
Confeiller de Juftice & Infpedeur du Cabinet de
Curiofîtés naturelles de Sa A. S* Monfeigneur le Marggrave régnant
de Brandebourg-Couîmbac ; Aiïocié de l’Academie Impériale
des Naturaliftes, &de îa Société Teutonicjue
d’Altorf*
Chés
ADAM WOLFGANG WIN T ERSCHMID T t
Graveur 8c Marchand d’Eftampcs
è Nuremberg g ? 6 6,
TABXI
AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES
DEUXIÈME CINQUANTAINE.
TABLE LL
Le Nerf optique d’un Veau. 1
cs Savans & furtout les Anatomifles ne font pas encore
d’accord, fi les Nerfs ont les Tuïaux creux, ou non. Il
y en avoit qui croioient, qu’ ils étoient folides & nulle-»
ment creux ; d’autres les comptfroient à des Joncs d’Efpag*
ite, ou à des Cannes de Sucre ♦ Il y en avoit peu qui les truffent creux &
la plupart étoit fur ce chapitre dans une incertitude ennuieufe,
â Z
Partie IL
C’efl
4
TABLE Lï. Le Nerf optique d’un Veau.
C* eft ainfi, p. e . que Severin a dit que les iïerfs optiques étoient creux
Willis en a dit autant des Gutturaux & ïbomas Bartholin des uns & des au¬
tres. *
Déscartes en fait la Defcription la plus exaéte à peu présences Ter*
mes :
Les Nerfs font un Paquet très compare de petits ïuiaux , dont
„ chacun eft revêtu & enveloppé par dedans & par dehors d’une Pel-
„ licule . Ils partent tous des deux Mères du Cerveau ♦
Feu Mr + le Profelfeur Heifter les décrit des Particules longues,
menues, rondes, (Partes teretes ) blanches, reffemblant à des Fibres, ou à des
Filets, & qui ont pour fluide une Matière j t piriïueufe , qui eft T Emanation la
plus déliée du Cerveau ; de forte qu’on ne fauroit les regarder comme
de (impies Fibres ; mais plutôt comme de petits Vaiffeaux . 11 allégué dix
puiifantes raifons, qui le font donner dans ce fentimeat, dont je ne rap¬
porterai que la quatrième, que Voici : **
„ Puisque la Partie du Corps, dont on fépare ou coupe un Nerf\
„ perd tout auflitôt la Vie, le Sentiment & le Mouvement, & qu’ elle
„ ne reçoit plus de Nourriture j, iL faut neceffairement, que le Nerf
5 , féparé ait contenu quelque chofe d’approchant d’un Efprit Vital,
,, qui a nourri auparavant la Partie morte & qui Y a fait fentir St mou-
3 , voir ♦
Mon illudre Ami, Monfieur le Confeiller Treu, aux fages Ordon¬
nances & aux Soins infatigables duquel je fuis redevable, après Dieu,
de ce que je puis commencer cette fécondé Cinquantaine d’Obferva-
lions mkrofeopiques, étant hors d’Apparence que je dûifc parachever
. le
• Vidi ego eauîtatem Ec publiée demonfîraui in cadauere &c, funt verba Tfe.Barthel»
-in Anatome» Pag. 662. Edit. Lugd, Batav. 167?*
lu Conopend* Anatom* , 399* p» H 9 *
TABLE LI. Le Nerf optique d’im Veai* j
îe premier. Mr. Treu, dis-je, compare les Nerfs à la Conftitutîon des
Queues du Fruit des Arbres, & croit, que ce qu’ on prend pour Ouvertures
ou Cavités dans les Nerfs, ne font que des Interfiices ♦ Or de même que c 9
efl par eux, que la Sève peut pénétrer dans le Fruit, &que le refte des
lilamens de la Queue n’ eft pas creux, mais deftinéà d’autres Operations
fecrcttes de la Nature ; il en peut être tout ainfi du Nerf Optique, qui ré«
préfente ici la Queue, & l’Oeil le Fruit . *
Quelques divers que foient ces fentimens, que j s abandonne tous
de bon cœur au Jugement du Leéteur ; ils fe réüniffent tous fur la Do¬
mine de leur Ufage, qui eft en peu de mots, que les Nerf fervent a pro*
curer la Nourriture, la Fie, k Sentiment & le Mouvement à toutes les Parties ex¬
ternes & internes du Corps*
C’ eft par ces nobles & précieux Organes que nôtre Efprit & nôtre
Ame font mus & agités. C* eft par eux, que nous éprouvons des Sen-
timcns de Joie, de Gaîté, de Douleur & de Trifteffe, Ils nailfent de la
Tête & du Cerveau ; & c’ eft donc par leur Moïen que nous penfons.
Mais helas ! combien de malhureux Effets ne produiffent- ils pas
au dedans & au dehors de l’Homme. Tels font p. e . la Crampe, la Para¬
fe, la Sciatique, îe Mal-caduc, Y Etourdijfement, la Léthargie, laLafjïtude , la
Surdité , Y Aveuglement, Y Apoplexie, la Perte du Coût, la Démence, la Folie , le
Spafme Si tant d’autres maux terribles. Triftes Fruits, dont les hu¬
mains font martyrifés, par le Miniftère des Nerfs!
Avant que d’entrer dans l’Explication de FEftampe, je m’en vai
donner au Leéleur un Evénement des plus remarquables, tiré du pre¬
mier Tome des Nouveaux AÏÏes de P Academie Impériale des Naturalises* **
A 3 Un
* Je puis dés à préfent affurcr, que les Fibres les plus déliées des Qutues du Fruit
font creufes.
** Nova Aôa phyfico-Medïca Acad. Gaef. Leop. Carol, Nat. Cuiiof. T. I, Nûrimfr»
l 7 VI* Obfcrv, VI, D,D,G. C» Materni de Çilanop, i 6 »Tab,I,
6
TABLE LL Le Nerf optique d’uu Veau.
Un Manoeuvre, qui fervoit des Charpentiers* s’étoit fourré par
Mégarde un Clou , qui tenoit verticalement à un Poutre, qui étoit par
Terre, d,ans la Plante du Pié droit , & les Nerfs en avoient été fort endom*
magés. Le Coup fût fuivi de cuifantes Douleurs & d'une fi exorbitan¬
te Enflure du Pié, de la Jambe & de la Cuiffe, que ne pouvant fe tenir,,
fes Camarades furent obligés de l’emporter chéslui. On le mit au Lits
mais il ne pût pas y demeurer long-tems étendu, à la façon d’autres
Malades. La bîefTure du Nerf lui caufa une Crampe fi terrible, qu* elle
alla jusqu’ à lui retirer le gros Nerf de l’Epine du Dos & à réduire
ce pauvre malhûreux à la figure d’un Demi - cercle, de for¬
te qu’il fût contraint de paffer id Jours & autant de Nuits, com¬
me un Arc bandé, far le derrière de la Tête, le Bout des Coudes &
les Extrémités des Talons. En même tems la Crampe lui boucha tou*
tes lesIffues naturelles de laVefîie & de PEflomac, fans qu’aucun Remè¬
de pût le foulager. Enfin la Mort vint au Bout du i6 ns jour le re¬
tirer de cet Etat de Défefpoir. Après fa Mort P on fit les derniers Ef¬
forts, pour reddreffer ce Corps ainfi courbé j mais ce fût peine perdue.
Il fallut ainfi le laifTer dans cette trille fituation & faire accomoder le
Cercueil à fa poflure, pour le pouvoir enfevelir,
L'Auteur de cette Qbfervation fait la Remarque judicieufe, qu’ à
la Honte de la Chirurgie, ceux qui s’ en difent les Seélateurs voulurent
faire paffer ce pitoïable Speélale pour l'Effet de la Magie : & leur fait
voir, que, s’ils avoient eu quelque Teinture delà Nervologie, ils auroient
apperçu, que ce ne font pas des Caufes furnaturelles, mais de natu¬
relles, qui produifent de pareils Accidens ; tout Apprentif d’Anatomie
devant favoir, que le Nerf de la Plante du pié vient de la Moitié Spinale ,
qu'il traverfe, fous le Nom de gros Nerf Ifcbiade , 1’ Os Sacrum , defeend
le long de la Guide, de la Jambe & du Pié, & va fe terminer aux Orteils,
& que par confequent cet Effet peut être très naturellement produit
par la Liaifon de tous ces Nerfs,
Cette
TABLE LL Le Nerf optique d'un Veau; y
Cette Hiftoire & mille autres trilles Evenemens prouvent alfés, que
es dignes Suppôts d’Hygéefont obligés de connoître très exaélement
les Serfs tant par dedans que par dehors, quelque grand que foit leur
Nombre ; C efl aulîi ce quf a intéreflfé non feulement des Savans du>
premier Ordre, mais même des Academies entières à découvrir avec
folidité leur vraie Figure & leur Conftitution*
Déjà Galien a crû, qu* il faloit pour cela prendre de gros Ani¬
maux: prétendant, félon le Témoignage de Bartholin, avoir vû que le
Nerf optique d’un Bœuf et oit creux*
Mais l’Experience de nos Jours a fait voir, que les plus gros Ani¬
maux n* ont pas répondu à cette efpérance* Car l’Academie des Scien¬
ces de Petersbourg aïant examiné en 1727* les Nerfs d’un Eléphant,
elle ne les a trouvé ni creux , ni plus gros que ceux de nos Animaux de
la Campagne. *
Je doute que l’on connût alors à Petersbourg les Microfcopes Nro
1, o. & 00. où le Grojfijjement au Deux cent millième , qu’ il faut cependant
avoir, pour trouver & reconnoître, que les Nerfs font creux.
L’ Explication fuecinte, que je m’en vai donner de l’Eftampe LI§
dont la Defcription circonftanciée eft inferée dans le Journal de Franconie 9
Chap. 27. Nro II. va conftater mon Sentiment,
Etant à Erîang, il-y-aun An palfé, à m’ entretenir avec Mr. leCon-
feiller & ProfdTeur Delius, mon illuflre Ami, fur le Chapitre des Nerfs %
que je croiois dèslors être creux ; il me confeilla, d’aller bien fûr dans
cette Recherche, & d’en faire l’Experimentplus d’une fois. Jefuivis ce
fage Avis, & pris pour cela le Nerf optique d'un Feau. Dabord je parcou¬
rus avec la Loupe Nro 7. la Surface du Nerf coupé, & déjà j’apperçus
.plufieurs petits Trous 3 fur lesquels êtoit un Suc blanc & épais qui ref-
fembioit à du Lait a). Là deifus j’ en coupai avec une Lancette un
petit
• Comment, Acad. Scient, îmjv Petropolit, Tom.2, pag 372-3S4. adam 2727,
g TABLE LT. Le Nerf Optique d’un Veau.
petit Morceau en rond très mince, b) & 1 * aïant examiné par le Micros¬
cope manuel Nro 3. je découvris quantité de Globules blancs & quelques
petits Tuïaux fortans ; à T Ouverture desquels, je vis aufîi ce Suc blanc
c). Puis je coupai perpendiculairement du Nerf (a) le Moreau d) >• je
T examinai avec le Microscope NroO. & je vis un Paquet de petits fui-
aux joints enfemble,e) dont quelques uns avoient encore à l’Ouverture
ce Lait) ainfi que je l’ai defîiné f) ; dans d’autres Tuïaux ce Suc étoit
defeendu plus bas ; de forte qu’on pouvoit regarder dans les Tuïaux g)*
Je delïïnai le tout avec Soin, & aïant été enfuite à Erlang, pour
d’autres affaires, j’ eus occafion de l'expofer au Jugement de Mr.Delius.
Bien que je ne m’attendiffe à rien moins, qu’ à des Doutes ou à des Ob¬
jections ; Mr. le Profeffeur ne laiffa pas d’être d’avis, que ces Tuïaux
pouvoient bien n’ être que les lnterftices des Nerfs ♦
Je concevois bien la pofïîbilité de ces Interftices ; mais j'avois un
Dépit fecret, de voir cette Obfervation fujette à tant de Contradiction
& de Recherches pénibles, & à mon retour je jetcaî tout ce Tracas dans
«un Coin bien refolu, de ne me plus mêler de le débrouiller.
Au bout de quelque Teins, mes propres Nerfs m’aïant obligé d'a¬
voir Recours à-Mr, le Confeiller Treu, dont j’ai déjà parlé $ dans fa
Vifite, le Chapitre des Nerfs fut mis fur le Tapis* Je lui produïfis mes
anciens Dejjeins, pour apprendre le Sentiment de cet habile Anatomifle:
Mais il me fit, ainfi que j’ai dit plus haut, le même Objection, que Mr*
Delius, c’efi: que ces Tuïaux pouvoient être des Interftices^ comme dans
ks Queues du Fruit ; & que l’on pourront faire des Obfefvations plus,
«certaines fur des Nerfs fecs &c. A peine mon Aefculape fut forti, que
je cherchai, pourvoir fi je ne retrouverois pas mes vieux Veux de
Veau. Ma Peine ne fut pas perdue. Je les trouvai tous deux , mais
durs comme Corne. J’examinai tout de fuite le Deffus & le Deffous de
, *
l’an -de ces Nerfs , coupé perpendiculairement, & je découvris par le
fimple
y
TAB.LH
I
J
JA
■
TAB L E LÏL La Punaîfê*
fimpîe Nro quantité de Filamens d* un jaune brunâtre très ferrés le®
wns aux autres en Ligne perpendiculaire. J en humectai une Partie
avec de l’Eau, & je parvins hureufement enéfleurant & foulevant dou«
fement avec une grolfe Epingle , à détacher & à redrelfer quelques unes
de ces Fibres, telles qu’elles fe voient h) de Grandeur naturelle. Je
coupai un Couple de ces petits Morceaux détachés, i) & les aîant mi®
fur le Porte-Objet, je les examinai avec mon meilleur Microscope Nrooo 0
& les trouvai être de longs filiaux creux kk, qui ne fauroient fe mieux
comparer, qu’à des Cheveux de Tête ; puis-qu’on y peut clairement
difcerner, comme à ceux-ci, le TiiTu & l’Enlacement fubtil delà Peau ex «
térieure , de même que les filiaux clairs, qui les parcourent tout du long
en ligne perpendiculaire. Ce que j’ai aufli très exaétement obfervé
dans le Nerf de l’Aîle de Mouche Tab. LIII. c.
Si l’on peut après tout cela douter encore de leur Cavité, c’eft ce
que j’abandonne au Difcernement du Leéleur impartiaL
TABLE LIL
La Punaife*
a préfente Eftampe ne rêpréfente qu’ une Femelle i a) montre un
XJ large Mufeau camard ; b) deux Mènes; c) de gros Veux perlés|
h d) fix Fiés dont les extrémités font armées de deux Serres e) comme
les autres InfeBes. Ce puant Animalcule eft au relie répréfenté par le
Dos , fur lequel on peut voir félon leur vraie Situation & Figure, la
Quantité d’Anneaux, &de poil, de même que les Entrailles g. h, î.k.l.)
qui reçoivent leur Nourriture des Vaifleaux f.) le tout ainfi qu’ il a été
obferve par la Lentille Nro 6 , L” on-voit m) une Ouverture ronde, qui ne
fe voit point au Male , &n) montre la CrolTeur naturelle de la Punaife .
Je donnerai une autre fois le Mâle du côté du Ventre avec P Aiguillon ; &
c’ efl jusque la que je remets le Relie delà Defcription de cette Créature*
B
TAB
4^ T AB L E lïl' Une AÎIe de-Mou che.
TABLE III. ?
line Aile de Mouche.
J ’ai d’abord examiné F Aile de Mouche a) avec la Lentille Nro ç. & j e
l’ai vû telle qu’ elle efl fidelemënt deffinée %. b) avec fa Membrane ou
Peau fubtile Couleur d’Arc-en-ciel, fes petites Plumes déliées & f es Nerfs.
J en ai examiné une Particule par le Microscope Nro i. avec fes Plumes ;
Voi d) & fans Plumes e) aïant eu foin d’ôter & de laver les plumes de cel»
le ci. La Nature afans doute muni de Plumes les Ailes de la Mouche , de
même que celles des autres Papillons, de peur que la Pluie & l’Humidité
ne les empêchât de voler, Car fans ces Plumes, la tendre Peau fe rélâ.
cheroit bientôt dans PEau. Mais avant que de finir cette Obfervation,
je dois dire, que pour avoir V Me bien entière, je l’ai arrachée un peu
avant dansie Dos de la Mouche. Par là j’ai eu aulîi le Nerf de F Epaule c)
auquel tenoit l’Aile, qui dans fa Figure naturelle étoit de beaucoup plus
fin qu’un Cheveu , & qui s’ efl préf nté à la Vue par le Nro o, de la même
façon que les Nerfs optiques ont été décrits Tab, LL *
Je crois que fil’on avoit foin, quand on arrache une AÎle de Mouche^
de la prendre bien avant dans le Uos, & de la tirer tout d’ un Coup,
l’on pourroit toutes les fois arracher le &<?r/entier ; ainfi que je l’ai éprou¬
vé, & l’on verrait avec Etonnement, que dans le Microscope il reffem®
ble parfaitement à un Cheveu de Tête.
TABLE LIV,
Figure i.
Un Bout de Dentelle fine de Brabant.
Figure z .
La Moitié d’une petite Toile d 5 Araignée.
L a Comparaifon que j’ai faite de F Aiguillon de F Abeille avec la Pointe
d f une Aiguille, a été fi.bien reçue, que des Perfonnes de haut Rang
m’ont
* V, l’Explication des Eliampes XXXIV. XXXV» XXXVI, XXXVII, XLI» Sc XLII*
de îa Partie,
tar.liv
«ni
.TAB. LIWFig. i, Un Bout de Dentelle Stc. Fig.’*, La Moitiérr
> ^
m’ont ordonné de continuer à donner des Ôbfervations de cette Efpèce 0
C’eft ce qui m’a obligé d’en deffiner deux fur cette Eftampe ; dont la
prémière répreTentc un Chef à * oeuvre du Beau Sexe j St l’autre l'Ouvrage
journalier du plus vilain des ïnfeétes,
r «
En mettant ces Ouvrages vis-a»vis l’un de l’autre, l’on ne peut fans
ïnjuflice refufer la Préférence à l’Araignée. Cette Fileufe St Tapifliére
infatigable n’a eu qui que ce foit pour lui apprendre à filer & à faire
fon Tijfu. Il ne lui faut ni Dejfein, ni Patron , ni Epingles, ni Métier, ni Rouêt s
pour fon Travail, & cependant rien ne l’égale pour l’Art, l’Ordonnance
& la Force»
Car autant que ce Bout de Dentelle Fîg. i, paroit beau hors du Microsco¬
pe, St autant qu’un Voile transparent de la Dentelle la plus fine orne une
Gorge bien arrondie ; aufii mauvais effet fait elle^lans le Microscope,
où l’on ne voit qu’une Enlaçûre grofïière & confufe de Noeuds St de
Lacqs de Ficéie 8t de Corde b). On n’y reconnoît ni Defiein, ni la moin¬
dre Ordonnance ; de forte qu’on ne le peut voir fans rire.
Mais que nous montre le Tijfu de l’induflrieufe Arachné Fig. a. De¬
dans St dehors du Microscope, rien qu’Egaîité, que Dejjein , et Jî j’ofe le
dire, qu’ Intelligence, Car pour rendre fa Toile durable, elle ourdit dou¬
bles les Fils qui font les plus expofés au Choc des Mouches St d’autres
plus gros Animaux, St qui doivent foutenir fon Corps & celui de fes
Enfans, Foi a) b). Pour ceux qui ne lui doivent fervir que d’ Echélom
ou de Filets & de Lacqs pour envelopper fa Proie, elle ne les ourdit que
Amples c) & les attache à ceux de Traverfe b). Et quelque pénible,
régulier St artificiel que foit cet Ouvrage, elle y eft infatigable ; quand
même on le lui détruirait chaque Jour, Je renvoie à un autre Tems
d’en dire davantage fur ce Tijfu. Je me contente pour le coup de re¬
marquer, que f ai trouvé tous ces Fils creux St de la Gro&ur marquée
*)b)c), mais qu’il faut faire cette Obfervationpar les Nroi« ou o,
'■B z
TABLE
xi TABLE LV f La Peau de î Homme & fes Pores,
TABLE LV«
La Peau de l’Homme & fes Pores*
B ienque la Conftitution de nôtre Epiderme ne foit pas encore des plus
exaétemens établie & décrite, & que bien des Gens n’en aient au¬
cune Connoifiance ; Elle n a pas lailTé de faire PObjet des Récherches
des Naturalises de l’Antiquité*
Timée le Locrien, fur le Syfteme duquel Platon a fondé fa Philofophie
naturelle, peut pafler pour le prémier, que nous fâchions , qui ait donné
une Defcription & une Définition exaéte de VEpiderme de l’Homme Sc
de fes Pores *.
Après lui eft venu Hypocrate , Père de la Medecine, qui a enfeigné,
que tout* le Corps de l 7 Homme efi fait de façon qu en fuant & en tirant Phalène ,
il peut tranfpirer & infpirer. Et fes dignes Succefieurs Sanïïorius à SanÏÏo-
riis , Nicolas Sténo , ALarcel Malpighius , & Nehemie Grew , nous ont donné
cfexcellens Ecrits, moins à la vérité fur fa Conilitution, que fur fou
Utilité.
Monfieur Hoereî, récommandabie Phificien de nôtre Ville, lorsqu*
il prit le Grade de Doéteur en Medecine en 1731. nous donna aufîi une
très do&e Difiertation, fur les avantages des Fores , de P Epiderme de P Hom^
me Et j’ofe afiurer, fans Lui vouloir faire Compliment, que , félon
moi, I on ne fauroit lire cette Pièce fans en recueillir du profit & de lâ
Satisfaction.
Pour moi, je ne fonge qu’ à expcfer à la Vue la Figure extérieure de la
Peau & de fes Pores s en abandonnant le Relie aux Dépofitaires des Secrets
d’Efcuîape.
je n’en ai vu que deux Dejfeins gravés en Taille-douce ; l’un de Lee-
vven*
* in Timaeo pag. 491. Edit. Lugd. Anno 1
** De pnmario yfu Pororutn in fuperficie corporis humanij Âîtorfii 1732*
iab.lv
. i
j. /V
TàBL E LV; La Peau de l’Homme & Tes Pores; tf
vvenhoetk , * l’autre de Grew **« J’avoue ingénument, que celui de
Grew eft plus naturel & plus fur que celui de Leewenhoeck, car j’aî
trouvé les Obfcrvations & les Figures du Premier fort relTemblantes aux
Miennes ; au lieu que je n’ai point encore découvert dans la Peau les
Ecailles a cinq Angles, que Leewenhoeck prétend être couchées à trois
Rangs les unes fur les autres.
Car ce que le Doéleur Grew allure avoir obfervé ; que les Pores
des Pies & des Mains de l’Homme font plus grands & plus larges, que
ceux des autres parties du Corps ; que la Peau y eft garnie d’une Infinité
de Ligne s j de Triangles & à y Elypfes Sphériques, entre lesquelles l’on peut me»
me appercevoir les Pores avec l’Oeil nud ; que ces Pores refTemblent
fous le Microscope à de petites Sources , au Centre desquelles l’on voit
des Goûtes d’Eau claire, qui rejaillilfent toutes les fois qu’on les effuïe &c a
Tout çelafe conftate par l’Experience la plus moderne & la plus quoti-»
dienne ; & pour s’en convaincre, il n’y a qu’à confulter les Microscopes
communs Nro 4.5.
Selon moi l'Epiderme eft compofé de Lignes, de Pentes ou Crevajfts , de
Pores & d’Ecailles.
Cette ^ j-ième Eftampe montre Fig, 1. un Doigt répréfenté par la fini-
pie Vue, fur lequel on peut déjà appercevoir des Lignes elyptiques & d®
petits Pores ♦ Fig, 2 , ne donne que la première Joindre d’un Indice, groflie
par le Nro 6 . dont P Epiderme avoitreçu, par le Maniment inconlàdéré
de 1 * Eau-forte, plufieurs Ouvertures h Fentes & s’étoit entièrement feparé du
Doigt . Je pris d’abord ces Fentes, Feîures ou CrevafTes, fur lesquelles
fe voioient les Pores , & que j’avois remarquées entre les Lignes , pour les
véritables Ecailles que Leewenhoeck avoit décrites 5 mais j’en fus défa-®
bufé par une Récherche ultérieure,
® 3 Car
* Defcriptio acufuspororumincutemamiurn arque pedum translata ex transaâ, Angi*
Menf. Maji 1684. n. 159. V, Æa End t T,\ 5, 6, p, 156*
Arcan, Nat, Tom, 3, pag, 413»
U TA B L E LV. La Peau f « 3 e V Motume'& :fes PôrésT
ii
. Car aïant mis dans le Porte- Objet une de ces prétendues Ecaille a,
dont la Grofieur naturelle fe voit Fig. c) & l’aïant examinée par Nro o»
Je découvris feulement quantité de petites. Ecailles , dont le plus haut
Groffiirement par Nro oo, fe voit individuellement d) & qui font fi peti¬
tes, qu’on en peut couvrir 200. avec un Grain de Sable.
Je ne faurois donc concevoirpourquoi Leewenhoeckadefîînêplu-
fieurs de ces Æcm//er, aufligreffes que Fig. z. a) & quelques unes couchées
trois fois les unes fur les autres b) le tout d'après fon Dejjein. Jusqu’ ici,
malgré tous mes Soins, je n’ai pas eu le Bonheur de voir fur la Peau de
D’Homme des Ecailles dont le Volume allât au delà de d) & e) Fig, f.
La Fig. 4. rêpréfente un petit Morceau de Peau, dont la Grandeur natu¬
relle efi la même que c) 8c qui eft prife du Milieu de la Main, Les Lignes
,8c les Pores y font fidèlement marqués, tels que je les ai vus par Nro 4.
Les Amateurs n’ont qu’à en faire l’Epreuve par les Verres Nro 3*
ou 4. à la Clarté du Soleil ou à celle des Bougies & ils pourront voir
affés clairement h Sueur fourdre hors des Pores•
• Au refie je laide au T.e&enr à voir fi, pour avoir quelque particule
de Peau humaine, il juge àpropos de fuivre le Confeil fuivant qui efi de
Mr, Backer: V
„ Pour bien voir les Pore: , dit-il, qu’on coupe avec un bon Rafoir
- s , une Particule bien mince de l’Epiderme; & puis une fécondé à la
„ même Place, & qu’on en préfente au Microscope autant, qu’on en
, „ pourrait couvrir avec un Grain de Sable &c.
Jq ferois tenté de croire, que le fécond Coup de Rafoir iroit jus¬
qu’ au Vif.
Cependant Raillerie à part, il n’efi pas fi aifé que l’on croit d’avoir
une Peau d’Homme qui foit propre aux Récherches Microscopiques,
Qu’on ne croie pas p. e. qu’on puiife faire Ufage de la Peau d’une Main,
à laquelle le Travail a caufé des Durillons ; quand ce feroit celle de la
Pâme h plus belle & la plus délicate,
TABLE L V. La feau de l’Homme & fes Pores. i $
Une telle Peau des Durillons tl\ de beaucoup trop* épailfe ; elle tieht
même plus de la Corne que delà Peau, & elle n’eft point du tout transpa •
rente,
- . t A
J’ai été obligé de différer plufieurs Années à faire cet Experiment
faute d’Objet ; jusqu’à ce qu’ il-y-a quelques femaines, qu’il m’efl arrivé
l’Accident, que voulant nétoïer quelque chofe avec de l'Eau forte, je me
fuis tellement endommagé Eindicé de la Main droite, que l’Epiderme s 8
en efl féparé 5 amfiquej’ai dit ci-devant* Ce qui m’a fourni cafuelle-
ment & fans beaucoup de Mal une allés bonne Provilion de Peau poUf
mes Obfervations Mifcroscopiques.
Je ne puis finir fans faire Mention du Calcul des Pores , qui, félon
Leewenhoeck, fe trouvent dans tout le Corps d’un Homme.
Il fuppofe que Cent pores, les uns derrière les autres dans une Ligne %
font la Vingtième Partie d’un Ponce Un Ponce en contiendront don©
ïooo. & un Pié 1200©* dans une Ligne ; Mais le Pie en Quarré en contien-
droit 144. Millions*
A fuppofer donc comme certain, que U Superficie d’un Homme a 14;
Pié s fin Quarré ; la Superficie de toute fa Peau aurcitDeux Mille & Seize
Millions de Pores. j
Du Relie je fouhaite de bon coeur au Le&eur, que tous fes Pares
falfent exaélement les Fonélions auxquelles la Nature les a dellinés, &
1 qu’ils lie tranfpirent ni trop, ni trop peu ; l’un & l’autre étant contraire
à la Santé* -
Ceux qui ont des Microscopes folâtres, peuvent voir contre une Parùî
blanche & éclairée la Tranfpiration des Mains monter des cinq Doigts
comme une Vapeur épaifle. Amufement délicieux, que plufieurs de mes
Amis & moi nous fommes donné plus d’une fois dans une Chambre
obfcure.
v - » y- • T '• '<<
Comme il vient de me tomber entre les Mains une !dée finguliére
de Mr, Maillet, par laquelle il veut faire de tout le Genre humain au-
‘ v “ tant
1
16 TABLE LV« La Peau de î’Homme & fes Pores.
tant d s Animaux acquatîques, je ne puis m’empêcher de mettre ici cette
Saillie neuve.& originale, & de l'abandonner à l'Examen du Leéleur.
’ 9 L’on trouve en même tems en l’Homme, dit - il, un Cara£tère cer-
tain, qu’il tire Ton Origine de la Mèr. En Effèt il n’y-a qu’à en
3 , examiner la Peau avec un Microscope tel qu’on en a inventé de
3, nos Jours, & qui p.e. porte un Grain de Sable jusqu à la Grofleur
3, d'un Oeuf d’Autruche, Vous verres par là que toute la Peau efl
„ pleine de petites Ecailles qui relfemblent à celles de la Carpe.
Si l’on veut ajouter que l’Experience journalière nous fait voir des
Hommes fi tigneux,, que l’on apperçoit par l’Oeil nud les Ecailles qui cou¬
vrent leur Peau, il-y-aura bien encore là dequoi mieux conftater leur
Origine marine. *
NB, Puisque je fuis fur le chapitre des Mains ecatlleufes de Mr. Ma-
iüet, je me rappelle d’avoir vu une telle Main en Taille- douce dans le
Commerce littéraire *#, prife des Transactions philojopbiques ***, Le célébré
Naturalifte Anglois, Mr, George Edwards **** a peint cette Main d e
.après nature et l’a décrite telle qu’il l’avoit vue et examinée lui même
en un Païfan. Elle êtoit conditionnée d’une façon dont aucun Savant
n'a encore parlé; car elle confiftoit en une Infinité de petits Ta'iaux
brun-noirâtres, en Cylindre, et herifies de près d’un demi Pouce ; les¬
quels étoient fi élaftiques, qu’ils bruïoient, quand on y pafioit la Main
delfus; & c’étoit à leur Pointe, qu’on appercevoit les Pores.
Cette Hifloire m’ a fait faire toutes fortes de Reflexions fur le Cha»
pitre des Ecailles de nôtre Peau, Et Monfieur le Confeiller Trew , qui
a eu
» Teliamed ou Entretiens d’un Pfaiîofophe Indien avec un Miffionaire François fur
” la diminution de la Mer, la formation de la terre l’Origine de l’Homme, mis en
ordre fur les Mémoires de feu Mr. Maillet, Amft. 1748* in 8 vo p,2o6.
Annus 1734. pag. 243. Tab, 5. Fig. 7,8, 9.
*** Vol.37. Num. 424 .-an.-i 73 i«? 4 . Tab. I. Fig. r.
Gleandings of Naturel Hiflori by George, Edwards London 175&C .J. Fia»
aiâ* p. I®
TAB.LVI.
TA BL E LVI, Un peu dé la Cornée d’un Oeil de Hanneton* 17
à eu la bonté de me communiquer VHiftoire naturelle diEdwards, m’aiattf
honoré aujourdhui d’une Vifite, je me fuis ouvert à ce célébré Anato-
mifte, & il a eu la complaifance de m’éclaircir infiniment cette Matière,
par l’Experiment fuivant*
Monfieur le Confeiller a eu donc la bonté de me dire, qu’ il avoi*
mis pendant quelque Tems tremper une Tête d! Homme dans de i’Eao,
pour faire quelque Epreuve, & qu’ enfuite aïant pafie par hazard le
Doigt fur le Nés de cette Tête en 1 * examinant, il l’avoit trouvé fi mace~
rée par l’Eau, que l’ Epiderme du haut du Nés s’enleva & y relia pendu
au Bout* En examinant la Superficie de cet Epiderme , qui tenoit aupa¬
ravant à la Peau proprement dite, il n'avoit apperçu qu’un Amas velu
de Filamens fortis des Pores de P Epiderme & reliés attachés à la fécondé
Peau ; Alant enfuite confidéré en dehors cette Pellicule enlevée, fes Pores
fe trouvèrent, comme de Raifon, beaucoup plus grands & plus larges,
que d’ordinaire* S’il elt donc certain, que les Fores de l’Epider¬
me ( cuticult) ne font que les Ouvertures, par où fort le fu-
perflu des Humeurs ; ainfi que l’a prouvé Ruifcb par l’Expérience, en ré¬
futant la Dourine des Glandes de Leevvenhoeck, de Malpigbius &r de Sténo ;
il eft aile de trouver la Caufc qui a produit la Peau écailleufe Çs? pleine de
* filiaux du Païfan Anglois. Ce Principe même peut nous donner en gé-
' néral des liées naturelles, faciles & pofiibles de la vraie llruéture de nô»
v tre Epiderme. -
Mais que tous ces Tuïaux ne foient pas de la mêmeefpèce, & qu»
■il.y-en .ait qui contiennent une Matière huileufe i c’ellce que Mr. le Con-
feillér à découvert par differentes Obfervations, inférées dans/e Commerce
littéraire *»
TABLE LVI.
* Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton.
L a Partie extérieure de l'Otil de toutes les Créatures, Hommes &
Bêtes, porte bien le Nom de Tunica cornea ou de Cornée s mais ce¬
pendant la Conftitution n’en eft pas la même.; Dans les .Hommes les
JJ C gros
* Ann, 1741. p. 245 . Tab, 1. fig, 24,
/
i% T AËl£ LVL Un peu de U Cornée d’un Oeil de Hanneton*
gros Animaux 5 on la trouve unie comme une Glace & fans Comparti-
«nens* Mais dans les Infeéles elle eft formée tout autrement & dans la
plûpart, d’une Infinité d’Hexagones. On la voit aufli fouvent triangu¬
laire ; mais cela vient des fes Lumières transparente, qui font des Reverbe-
rations différentes & qui ont toujours du rapport à nôtre Attitude & à nô¬
tre Point de Fue, Il en eft de même du Jour* Car s 5 il n’y-a qu’une Partie
du Microfcope qui foit éclairée, & que l’autre ne le foit pas, il n’ en faut
attendre que d’Angles faux* Il ne faut donc pas s’abufer , car il eft
certain que les Yeux des lnfettes furtout des Abeilles , des Mouches, des Han¬
netons, des Sauterelles &c, font compofés des Répeaux les plus fins, en f/exa-
gorœs géométriques, qui retfcmblent en dedans à des Miroirs concaves,
que nul Géomètre ne fouvoit imiter*
„ Cette Cornée eft très fine & mince dans certains înfeéles, tels que
la Mouche & le Cou fin, dans d’autres, comme dans l’Abeille & le Hanne¬
ton, elle eft fort épaiife.
La diverfité de la Couleur de la Cornée vient de la Liqueur , qui eft
entre elle & l’Uvée, Car celle-ci, félon Schvvammerâam, n’eft point au
Fond de l’Oeil, mais d’abord au deifous de la Cornée. La Liqueur elle
même, qui eft entre deux, eft rouge, ou verte, ou bleue, ou jaune, ou
blanche, ou noire, ou brune, ou mêlée ; & la diverfité de la Couleur
extérieure dans les Yeux des Infeétes, vient de ce que cette Liqueur pa-
roit à travers la Cornée ♦
Le célébré Naturalifte Hoocke a compté Quatozre Mille de ces He¬
xagones ou Yeux différens dans la Cornée de la Demoifelle. J’aime bien
mieux l’en croire fur ce Calcul, que de le faire ; bienque ce feroit Un
afies joli Amufement & afies facile pour un Amateur. Il n’y-auroitqu*
à divifer une Cornée par Portions égales & en mettre une fous un bon
•Verre dans le Microscope foîaire, pour compter à fon arfe contre la Pa¬
roi, combien cette Portion aoroit $ Hexagones ; & cela feroit trouver
fans Peine la Totalité des autres Parties,
TABLE LVI, Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton, 19
11 me refte à repondre à la Queflion : Pour quoi la Sage Providence a
donné tant d’Yeux à des Infeétcs, qui nous paroijfènt fi vils , préférablement à
toutes les autres Créatures ? Je m’en vai donner un Racourci de ce que les plus
grands Naturalises ont dit fur cette Matière.
Comme les autres Créatures peuvent remuer leurs Yeux, ce que les
înfeïïes ne fauroient faire ; la Sage Providence a compenfé ce défaut d€
Mouvement pàr la Quantité, & elle a formé leurs Yeux de Façon que
pouvant voir en tous Sens à la fois, ils peuvent fe mettre en garde con¬
tre les Embûches de leurs Ennemis, les Araignées, les Moineaux^ les Hi»
rondelles &c, & appercevoir de tous côtés leur Nourriture & leur Proïe.
L’on peut en voir davantage dans Leevvenboeck , Hoocke , Nieuvventyt,
Scbvvammerdam , & dans bien d'autres, dans lesquels, & furtout dans la
Bible de la Nature de Schwammerdam, l’on trouve la Réfutation des Ob-
jcétions faites contre la Multiplication Çÿ ï Errement de la Vue, & la Preuve,,
que chaque Hexagone-*. Ton Nerf optique particulier. Nous même, avec
deux Yeux, nous ne voïons pas les Objets doubles. J’ai encore à diré
un Mot fur la Manière de préparer la Cornée de 1* Infeïïc pour le Mifcro-
feope.
Si l’on veut faire cet Examen fur des Bêtes vivantes, ce qui eft bien
1 e plus fur ; l’on n'a qu’à féparer la Tête de la Mouche , Abeille ou Saute¬
relle i qu'à la partager en deu£, & qu’ à couper bien proprement, avec
de petits Cifeaux, la Peau velue qui environne l’Oeil.
Puis on attache avec deux Epingles cet Oeil encore plein de (on
Humeur & reffemblant à un demi Globe jpbérique , à une Planche de Tilleul
bien life ; & l’on en torche bien proprement la Liqueur intérieure avec
un Pinceau & de l’Eau fraîche. Pendant cette Operation, P on apper-
cevra à Vue d’Oeil le Changement de la Cornée , & l’on découvrira infen-
fiblement la Rétine argentée, brochée de Milliers d' Hexagones. Il faut
continuer à torcher, jusqu’ à ce que la Cornée foit auffi transparente^
que du Verre & auffi molle que du Papier, Ce n'eft pas en vain qu’on
la nomme Cornée $ car elle eft suffi dure & suffi roide, que de la Cor-
C % nef
/fi'i
io TABLE lVï, Un peu de la Cernée d’un Oeil de Hanneton.
. - , . . ■- - ..
ne ; aüfli cafle-t-elle comme le Verre & la Corne, quand on la preffc
avec violence. Il eft ainfi bon de mettre entre les deux Verres dû
Porte-Objet , la Contée encore humide, après l’avoir bien nettoîée & rendue
transparente. Car de cette façon, ou la peut plier & l’y mettre entiè^r
re \ au Lieu qu’elle prendroit des Fentes , fi l’on vouloitla pliér étant
fêche. t
L’on peut à là vérité la tirer plus arfément d’un Infeéle délfêché St
gardé ; mais il faut auparavant faire tremper un couple de Jours cet
Oeil ou cette Cornée dans de l’Eau oüde l’Efprit de Vin & la bien purger,
comme ci-deifus, de toute l’Ordure qui y tient. ,
Il ne faut pas rton plus pour cela toute une Cornée , une Particule
rendant le même Service, Celle de la Oemoîfeilc (Lybelle) eft la plus
cômmode pour fa GrofTeur & fa Transparence.
Cette ç6 me Eftampe répréfente un brin de la Coriïée d’un Escargot doré
des Indes, dont l’ Epailfeur eft bien quatre Fois auffi forte, que celle de la
Peau de fon Corps ou de fon Aile,
L’ on voit a) l'Oeil entier la véritable Figure de cet Escarbot de
Grandeur naturelle. L’on en montre b) un Morceau grolïi par Nro
avec fa multitude de Miroirs Sphériques, dont la Couleur fe préfentoit jau¬
ne doré.
NB, La çi me Eftampe étant déjà gravée & fes Explications impri¬
mées, je reçus la favante Defcription de l'Oeil de F Homme deMr le Prcfef-
feur de Gcetinguc Zinn, que la Mort a trop-tôt ravi àl’Êrudition, accom¬
pagnée de magnifiques Eftampes * dans lesquelles j’ai vû avec Surpri-
fe ; que le Nerf optique étoit tout autrement répréfenté, que je ne l’ai pu
obfervcf jusqu’ici. C’eft donc pour prévenir tout Réproche, que j’ai
fait très fidèlement copier & imiter le DcïTein de feu Mr. le Profdleur
fur cette Eftampe Fig. 2. fans Enluminure , ou eft répréfenté
a) le Nervus opticus comme un petit Tuïau féparé, fitué au Milieu 5
b) yagmd nervi optici lamina exterior, &
.. _ ; ... .... . . - . O Mg-
* Defcriptio anatomica oculi bumani Iconîb* IÏIuftrata Âufi. Dr, Joh. Gottefr. Zînn,
Gœtingae 17 fj.
I
TAB. LVH.
TABLE LVII. Des Crîfhux de P Alun. ai
e) Vag. nervi opt, lam . interior\ 'ï'b'iU ...
r d) pia mater nervi optk'u Ce font les propres Termes de l’Auteur. ,
; N’ aïant donc jamais apperçu le Nerf eptique de cette façon, j’ai fait
graver à Coté mon Obfervation Fig. 3. J’ai bien trouvé dans b) & c)
les deux Gaines extrêmement minces 3 mais je n' ai pas trouvé dans a)
un petit Tiïfau particulier ; mais bien quantité de petites Fibres très dé-
licés, ainfi que j* ai expliqué ci-devant.
J’avoue que je n’ai pas encore eu Occafion d’examiner la Cornée d’
un Oeil humain. Peut etre que la Différence vient de ce qu’Elie eft
autre dans l’Homme, que dans le Refie des grandes Bêtes. Or comme
j’en doute, j’attends que l’Occafion fe préfente de m’en éclaircir.
Pour s’épargner la Peine de diffequer une Tête de Veau, je puis afi-
furer à mon Leéleur, qu’il peut faire des Teux de Poule , d'Oïe & d’autre
Volaille le mêmcUfage, que de ceux des plus greffes Bêtes, pour examiner
le Nerf optique»
TABLE LVII.
Des Criftaux de l’Alun.
J ’ ai été bien du Tems à pouvoir porter cette Obfervation au Point
de Perfeélion, que je la défirois. La Goûte, bien loin de fe vou-
». 1 ,
loir Crfialifer dans le Verre, ne vouloit pas même fe configurer, j’avois
toujours dans le Porte-Objet une Majfe gluante, comme de la Colle ou de
la Gomme ; & cela me fit auffi abandonner entièrement cette Récherche*
Il n’ y-a que quelques Semaines, queleHazard m’ a fait attraper le Se¬
cret d’y reüffir. Je m’en vai donc communiquer fidèlement la Manière
d’imiter cet Experimm avec Facilite. 1
L’on prend un petit Morceau d * Alun auflî clair & Transparent, qu’
on le,peut avoir. Il s’en trouve par fois d’auffi clair, que le Çhriflal.
L’on en met la Quantité qu’on veut dans un petit Mortier de Verre bien
-T ' C|
net
%% TABLE LVIL Les Criftaux de l’Alun.
net, avec à peu~près trois fois autant d’Eau froide, & on le broie jus¬
qu’à ce qu’il foit prèfqu’ entièrement fondu & difTous. En fuite l'on en
pofe avec la Pointe d’une Plume ou d’un Pinceau bien propre une très
petite Goûte fur le Porte-Objet , laquelle on laiffe fêcher d’elle même, ou
pour gagner du Tenas, on la fait fêcher fur une Plaque; mais il faut qu’
elle ne foit que médiocrement chaude. Dés que l’Oeil nud appcrçoit,
qu’elle prend un Cercle blanc , il faut mettre te Porte-Objet fous le Micro,
fcope, pour remarquer & admirer jusqu* à la Fin les Operations de la
Nature*
Dabord il fepréfentera des Points Couleur d’Arc en-ciel, en Forme
à'Etoiles, mais qui enfin fc produiront en différentes Figures Géométrique¬
ment régulières & en Criftaux , dont rien n’ égale la Beauté. J’ ai tou¬
jours remarqué parmi ceux-ci, quantité de Criftaux de Vitriol & de Sel
ordinaire, & j’ai fidèlement répréfenté fur cette J7 mc Eftampe tous ceux
qui me font tombés fous les Yeux.
C’eftainfip. e. qu’ a) répréfentc une Figure à 14. Superficies, dont
chaque Coté en a 7. entre lesquels ceux du Centre font des He -
xagones réguliers, & Ceux des Extrémités confiftent en 3.
Quarrés & 3. Hexagones.
b) eft un OÏÏogone de huit Triangles reÏÏangles ; de même que
c) qui ne fe préfente autrement à la Vue, que parce que cette Fi¬
gure fembie porter fur fa Bafe.
d) répréfente un Çriftal de 14, Superficies à Angles obtus &
e) un Corps géométrique compofé de 14. Côtés, n.Quarres & 1»
Hexagones.
f) eft un des plus beaux Criftaux & des plus réguliers, lequel pour
fes Trapezoïies , fes Angles obtus , fes Triangles & Frïfmes eft plus pro¬
pre à donner de l’Admiration qu’à être décrit.
g) une Pyramide ou Cube y qu’on voit d ordinarc dans le Sel de Mèf,
de Pierre, de Fontaine, & même de Cuifine.
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TAB.LA/ÏÏI.
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TABLE LVIII. La Configuration de FÂÎiîfi. %%
k) un Pentagone oblong, dont il-y en a par fois 3. à 4. de jonches
les uns fur les autres ; & qui paroît être la Moitié de la Figure
du Criftal dj
1 ) eft comme b) un Octogone en forme de Lofange, qui n’aïant fait
que changer de Pofition, fe préfente autrement à la Vue,
En comparant tous ces Criftaux entr’eux, Ton eft tenté de croire que
tAhn n’cft qu’ un Minéral compofé de Sel, de Vitriol, de Salpêtre &c. puis¬
qu’on trouve diftin&ement dans g) les Criftaux du Sel, dans f) ceux du
Salpêtre; ; & dans b) ceux du Vitriol verd. J’y ai vu aufli Quantité de
Criftaux du Vitriol blanc 5 comme T Explication fuivante va le conftater.
TABLE LVIII,
La Configuration de l’Alun.
uisqu'il faut encore un autre Savoir- faire, pour effeéluer la Conjigu -
X ration de f Alun , je m’en vai aufli le communiquer avec toute la
Concifion poftible.
Il y entre bien l’Eau d 'Alun qui a fervi pour les Criftaux ; mais quel¬
que faturée qu’elle foit encore d Alun, il faut pourtant la mettre fur
une Plaque & la faire chaufer fur de la Braife pas trop ardente, ou à la
Chandelle 3 afin de délier de nouveau les Criftaux, qui fe font pofés au
Fond, Enfuite on la lailfe réfroidir, & procède avec une Coûte, ainfi que
j’ ai marqué touchant les Criftaux de ï'Alun. D’abord on ne voit que fa*
peur; mais elle fe diffipe bientôt, & lailfe un Ciel clair avec quantité d r e
grands & de petits points étoilés 3 ce qui fait un Effet charmant, fur tout
confidéré de Nuit à la Chandelle.
Mais une Coûte ne fe configure pas comme Pautre. Tantôt c’eft 1*
Edifice de Perches , e) tantôt les Raions i a) tantôt le Quadre criftalijé b, B.)
& tantôt les points étoilés c*
Cependant les Etoile* a Queue f 5 le g) font toujours les dernières
Appa-
*4 TABLE LIX. Un peu d’Ecaille de Merluche,
Apparitions* Il faut bien de la Patience pour faire cet Expriment 5
mais un Amateur n’aura par certainement Regret à fa Peine.
J'ai choifi pour cette Eftampe, entre tant d’autres, la plus belle
Répréfentation, pour la defliner, dans laquelle les Rdions a) fe produi¬
sent fubitement ; puis elle forma dans B.) un Couple de Crijtaux de
■yirtiol blanc & de Sel ; enfuite dans b) le demi Quadre d’une Infinité
dé petits Criftaux d’dlun ; Enfin vinrent les Points radieux c).
A ces Changemens fucceda la Configuration , dont les Figures denteüêes
1 èffembloient au Sel ammoniac & à celui de Vitriol verd ; après cela il
parut fubitement des Chevrons longs , les uns allant horifontâlement de
droit à gauche, les autres perpendiculairement de haut en bas jusques
au deffous du Milieu du Cercle, & formèrent enfin une Paroi de chevrons
brifés , que le plus habile Artifan n’auroit pu mieux conftruire.
Dèsque cette Paroi fut en ordre, il fe forma d’abord des Etoiles , f)
des points radieux & enfin les Figures reffemblant à des Comètes g) lesquel¬
les finirent toute l’Operation»
TABLE LIX.
Une petite Ecaille de Merluche.
Q uel vil Objet que cette Ecaille hors du Microfcope! Voies la dans
a) de Grandeur naturelle. Mais avec quel Eclat ne fe préfente-
t-eile pas dans le Microfcope à l’Oeil attentif! Voies b.) Que de Beau¬
tés, quel Ordre dans ce petit Volume ! Preuve authentique de la Sa-
géffe infinie du Toutpuilfant* Comme fil ne fuffifoit point'à fa Bonté
d’avoir couvert tout le Corps de ce poiffon d’une Infinité d'EcaUtes;
il a voulu décorer chaque Ecaille en particulier de je ne fais combien d’
' EcuJJbns. Ici l’Ouvrage fait l’Eloge du Maître, & l’on peut dire avec
Syrac : Il fallait un grand Maître pour faire tout cela . Qu>n confidère-le
Nombre des Ecaifles d’UUe feule Merluche lequel va bien au delà de Cent
Mil-
2f
TABLE L X. Use petite Goûte de Lait de Carpe.
Mille ; qu’on ajoute l’Art avec lequel une feule efl travaillée; qu’oit
reflêchifie fur la Quantité étonnante de cette feule Efpèce de Poifiof^
dont on charge des Flottes entières feulement à Terre-neuve ^ & qu’on re¬
monte enfin à la Main qui a tout fait & qui crée en'core tous les Jours,
& l’on ne pourra s’empêcher de reconnoître audefius de nous quel¬
que Chofe de fi Grand, qu’il mérité à jufte Titre la plus profonde Vé¬
nération & l’Amour de toutes fes Créatures. Je finis par l’Aveu in¬
génu que je fais, que les Amateurs découvriront par la Voïe du Micro-
fcope, infiniment plus de Beautés dans l ‘Ecaille même, que la Main de
l’Artifte quelque favante qu’elle foit n’en fauroit graver fur une Planche ♦
TABLE LX,
Une petite Goûte de Lait de Carpe.
L ’on me fit un Jour Préfent d’une belle Carpe, que je fis d’abord
vuider en ma préfence, afin d’en tirer un peu de la Laite , pour P
examiner avec le Microfcope. Au Commencement je n’apperçus que
des Obiets confus avec quelque Mouvement , ma’is point de Corps, Puis
en examinant une autre Goûte fraîche dans un plus haut Degré de
Grojfijfement , j’y aperçus des Millions de Créatures vivantes, formées en
Oeufs, & qui marquoient un Mouvement libre , Quelque tems après, je
me remis à cet Experiment en Préfence de quelques uns de mes Amis,
& nous apperçumes ces Animacules petits au delà de toute Expres-
fion, d’une Manière fi diftin&e, qu’elle ne nous laifla plus aucun Doute
fur leur Fie, Il faut cependant, que j’obferve en paffant, que l’on ne
trouvera point ces Animacules dans le Lait d’une Carpe mâle, qui péfera
moins de 2, Livres.
C’eft un des Experimens le plus agréables en ce que, l’Examen
fini, l’on peut fe mettre à Table, fe faire fervir la Carpe bien affaifon-
née, la manger & l’accompagner d’un bon Verre de Vin*
Mais
D
t
26 T A B L E L X. Un petite Goutte de Lait de Carpe.
Mais pour venir à l’Experiment même ; je n’ai rien vû à travers les
Nro 5. 4. & Avec Nro 2, j’ai apperçu quelques Mouvemens de certains
Corpufcules clairs & de Figure ronde. Et avec les Nro 1, & o. j’ai dé¬
couvert enfin les Animalcules & leur Mouvement libre.
Or voici comment il s’ y faut prendre pour imiter cet Experi-
ment avec facilité.
L’on prend d’abord une Carpe Laitée, ou mâle; On l’ouvre le long
du Ventre, depuis la Tête jusqu’ à la Queue, en la tenant renverfée fur
le Dos. L’on en tire la Laite , que l’on fépare du Refie des Entrailles, 8c
Pon en met ce qu’on juge à propos dans une TafTenetîe,
La Laite de la Carpe ell à la Vérité couverte d’une petite Membrane ,
qui la contient, comme celle de V Ovaire ; mais il n’efl pas befoin de la
lever. 11 n 7 a qu’ à y faire un trou avec un Tuïau de Plume non taillée,,
ou avec le Bout du petit Doigt, Il fort de ce Trou une Liqueur blan¬
che & flluide, qui coule dans la TafTe & que je prends pour la Sperme de
la Carpe , L’on en met à peu près de la GrofTeur d’une Lentille fur le
Porte-Objet , & on l’examine par les Nro 1. ou o, les GroffifTemens moin¬
dres ne fuffifant pas, ainfi que j’ai infinué, à voir vivre ces petits Ani¬
maux. Mais Nro o, en fera obferver une Infinité qui fourmillent en-
fembie. Que fi l’on délie avec de l’Eau cette Majje étant fur le Verre,
on en apperçoit des Individus, qui fe féparent de la Troupe, & cui fe
meuvent par des Marches enftoHd, en Lignes /pirates, droites , obliques &c
tortueufes ; ainfi que je les ai fait graver fur cette Eflampe tout
au tour de la Ma j/e.
Quant aux Obfervations que j’ai faites fur les petits Animaux/permet-
tiques , je renvoie le Leüeur à Deux Pièces, que j’en ai publiées*. Jon-
lion, Blai/e , Rondelet , Rui/ck & Petit ont donné aufïi des Hifloires de la
Carpe»
* 1. Obfervations phifîques fur les petits Animaux Spermatiques, faites avec les
meilleurs Mierofeopes p. M F. L. 1756.
2 Elfai d’une folide Apologie des Animaux Spermatiques Nuremberg 1758»
NB, Ces deux Titres /ont traduits de d Allemand.
TABLE LXI. Un peu de rOvaire d'une Carpe;
Carpe. La Récenfion des Ecrits du dernier fe trouvé dans le Commerce
littéraire * où j’ ai trouvé la Defcription fuivante de la Laite de ce Poiffon;
„ C eft une partie de la Carpe mâle , confiant en deux parties inégales , qui
*
„ font les Tefticules , où la Semence eft Séparée **.
Je pourrai avec le Tems Toucher, encore quelque chofe des Animal¬
cules Spermatiques , & répondre à quelques nouvelles Objeélions.
La Semence de la Carpe fe préfente ici a) de Grandeur naturelles
& b) bien groffie par Nro o.
TABLE LXL
Un peu de l’Ovaire d’une Carpe»
P eut être Perfonne n’a jamais tant aimé à voir faire des Experimens
fur les Poiffons, que ma Femme, A’peine y-avoit-il deux Jours
que j’avois fait celui delà Laite de Carpe ; qu’elle vint me demander, d’un
air qui fentoit fon Envie d’en manger, s 3 il ne me faudroit pas bientôt
quelque Poijfon pour mes Obfervations Microfcopiques. Comme je n’
avois fait encore aucun EJfaifur la Carpe femelle ; je ne fus pas fâché de
faire d’une Pierre deux Coups, en fatisfaifant d’un côté l’Apetit de mon
Epoufe & de l’autre ma Curiofité. Je lui répondis donc, qu’oui Sc que
la dernière aïant été une Carpe laitée , j’en voudrois aujourd’hui une Oeu*
vée . Celle-ci fut ouverte comme la précédente, j’en tirai l’Ovaire, &
après en avoir mis peut-être la Centième partie fur une Affiette propre,
j’abandonnai tout le Refte àmapetite Moitié, qui m’en fit un fouper déli¬
cieux, pendant que je m’occupai à examiner foigneufement les Oeufs de
cette Carpe. Il n’y - a qu’à prendre de cet Ovaire de la GrofTeur d’une
Lentille , le mettre fur un Porte-Objet fjmple, le regarder par Nro y. & l’on
verra déjà par ce GroffifTement modique, Quantité de Globules d’un Jaune
D t pâle,
* Ann, 1739, Hebd,* 7 . 2 8 . 29 - 3Q. P.112. 221. 227.238.
** La£es pars funt cyprini maris duobus conftans corporibus albis ad modum irregu-
laribus, funt hæc eorpora tefticuli in quibus feeien feparatur.
ag TABLE LXL Un peu de l’Ovaire d’une Carpe#
pâle, dont la Figure revient à celle de Z* Orange ^ & qui font conserves &
enveloppés dans un Réfeau trelTé. Que fi on veut l’examiner dans un
Grofiifiement plus confidérable, l’on trouvera ces Globules pleins de pe¬
tites Taches & le Rézeau doublement trefie ; & je ne fais aucun doute,
que cet Experiment n’ait dcquoi charmer les Yeux & l’Efprit. Car
d’abord l’on reconnoît la Providence du Créateur, qui en enfermant ces
Oeufs dans une Enveloppe en Forme de Rézeau, a tant de Soin de les fi
bien rejoindre, qu’ils n’en peuvent fortir avant le tems, & ainfi fe gâter.
Enfuite mon Efprit admire les foins qu’a pour nousle Créateur de tou*
tes chofes, dans cette Quantité incroïable d’Oeufs, Tel Erochei en a paf-
fé 200©, dans fon Ovaire ♦ Et Mr. le Profetfeur Hannovv de Danzig *
décrit dans fes Curiofités certains Ovaires de Poifions, & fur tout d’une
grotfe Carpe, qui contenoit 1036800. Oeufs. L’on peut voir un plus
grand Nombre d’Experimens , fur la Quantité des Oeufs de la Carpe,
dans le Commerce littéraire de l'Armée 1739. Semaine 19, pag. 217. Quelle
Bénédiction du Créateur envers les Hommes ! Cette Obfervation de
Mr. le Prof, H annow eft trop belle, pour ne pas regaler le Lecteur de
quelque Morceau remarquable, qu’il ne fera pas fâché de lire. Voici
fes propres Termes :
„ Suppolé, que la Carpe nefraïepasfon Ovaire tout d’un Coup, & qu*
3, elle n’en lâche tous les Ans qu’une Partie, quelle Quantité d’ Alevins
„ nefortira-1- il pas d’une Carpe ? Une feule pourroit peupler Cent
s, Etangs, chacun rie j. à 10000. Carpes. Que fi l'Ovaire n’êtoit que
5 , pour une Fraie & pour un An, cela feroit dans Dix ans 9, à 10, Mil-
,, lions.
Mais fuppofé encore, qu’il n’en vînt à bien que la Centième Par-
„ tie;
** Uurio/ités naturelles & œeonomiques de Mr. Jean Daniel Titius, Profeffeur ordi¬
naire en Philsfopbie 8c en Mathématiques , & Palatin de la Cour Impériale à
l’LIniverfité de Wîttenberg, T. I. p< 607.
NB. Ce Titre. traduit de F Allemande
TABLE LXI, Un peu de l’Ovaire d’ne Carpe, 29
\ J #
3 , tie ; il ne laifferoit pas d’y-avoir un Gain très Confiderable à faire
3} fur u ne Carpe mâle & une Femelle ; qu’on les Achetât l’une & l’autre
35 1 « fl. & que la Fraie s’en vendît au Bout de 3* Ans à 9, Gros la pièce.
„ l’on pourroit, fans Ufure illicite, gagnet dans 1’ Efpace de 10. à 13 ,
„ Ans, par ces deux PoifTons dans les pre'mier Cas, qui feroit le moin-
„ dre 275s, fl. dans l’autre 3110. à la troifième Fraïe 29990* & à la
M quatrième 3110* fl. Mais pour cela il faudroit bien purger l’Etang
„ au Frai de tout ce qui dévore le Poiflon, tel que les Brochets , les
„ Perches &c. & tâcher d’y introduire bonne Nourriture.
Il efl: fur que les EcreviJJes ont tous les Ans leur Ovaire nouveau^ qui
leur vient fous la Queue ; mais lorsque celle-ci en efl: pleine, l’on n’en
trouve aucune Trace en Dedans 5 & une Ecrevifle a 120. 130. jusqu’ à
iço. Oeufs & même davantage.
Leewenhoeck foutient, qu’un Eturgeon renferme plus de PoifTons,
qu 5 il n’y a d’Hommes dans le Monde *.
Toutes ces Confldérations ne peuvent que remplir la Créature rai-
fonnable de Sentimens d’Aélions de Grâces, d’Amour, de Confiance &
de Vénération pour l’Etre fuprème. Pour moi, tout ce que j’ai encore
à dire au Sujet de cette Ejlampe , c’ efl: que dans a) T on voit le Morceau
d’ Ovaire , qui a été examiné de Grofleur naturelle j dans b) le Réfeau qui
le renferme ; dans c) les Oeufs enveloppés, groflis par Nro 3. dans d)
un de ces Oeufs crévé , & dans e) la Liqueur fluide , compofée de Globules
comme le Sang ou le Lait*
TABLE LXIL
Etincelles de Feu tirées de l’Acier.
I l paroît d’abord ridicule, qu’on entende parler d’examiner des Etincelles
par le Microfcope. Il-y-a même bien des Gens qui regardent cora¬
il 3 me
* Arcan, Nat, Ep, ad Grcw, T, 2, p, g
$o TABLE LXIL Etincelles de Feu tirées de l’Acier;
me paradoxe la Poffibiiité d’obferver à travers un Verre une Etincelle
qui part & qui fe dilîipe comme un Eclair.
Cependant bien loin que le Fait Toit impoflîble, il eft même très
aifé de voir groffir des Etincelles , de les enfermer entre les deux Verres
du Porte-Objet , & de les y conferver, pour fes recherches quotidiennes.
En voici le Secret, qui efi bien peu de Chofe:
L’on prend deux bon Morceaux de bon Acier; plus ils feront fins, plus
ils rendront les Etincelles belles & brillantes. L’on met fur la Table
une Feuille de Papier blanc, dont on replie les Bords, de peur que les
Etincelles n’en tombent ; puis l’on prend les deux Pièces d’Acier, qui
peuvent être de bons Couteaux joints enfemble, des Limes , des Fufils &c.
& l’on bat à bon Comte du Feu fur ce Papier, Il - y a du Plaifir à voir
fautiller ces Etincelles luifantes ; mais dans F Infiant l’on n’ apperçoit au
Lieu d’Etinelles, que de petits Points noirs , plus menus que la Poufïière.
L’on examine cette Poufiière par le Microfcope compofé ; car elle n’eft
pas transparente ; On peut la mettre aulfi fur la Table du Microfcope
univerfel, ou de Mufchenbrock, de même que dans le Plateau du Microf¬
cope en forme de Compas félon que l’Amateur pratique efi fourni de ces
Infirumens 3 & FOn fera furpris de la Diverfité des Figures , qui fe pré-
fenteront à l’Oeil arme. Il efi impofiible d’en copier les Couleurs . Le
Bleu d'Acier, le Rouge & F Argenté en font les Principales ; les autres don¬
nent dans un Efpéce de Bronzé approchant du Bismuth - colombin. J’ai ap-
perçu parmi des Bouquets de Muguets , dont les Fleurs n’étoient pas
encore éclofes.
«
L’on y trouve quantité de Boules d’Acier & d'Argent grandes & peti¬
tes , & les autres fe peuvent mieux voir , que décrire. Les Etincelles ,
que voici, aiant été tireés de l’Acier & de la Pierre à Feu ; cette 62 me
Efiampe montre dans a) les Parcelles qui ont éclaté de la Pierre ; dans
b) diverfes Etincelles qui relfcmblent à de l’Acier fondu, & dans c) la Grof-
feur naturelle de ces Etincelles, que j’ai fidèlement deiïinées, d’après les
diver-
TABLE LXII. Etincelles de Feu tirées de FAcier. 31
diverfeS Obfcrvations, que Mr. F Entrepreneur & moi en avons fai¬
tes, -
D’ où vient que ces Particules d’acier étoient d’abord de Feu ? c’efl
ce que nul Amateur de la Phifique n’ ignore. C eft une vérité' reçue
depuis long-tems, qu’il- y-a du Feu renfermé dans toutes les Matières du
Monde, qu’on voudra foumettre à l’Epreuve- De là vient auiTi que le
Fer J* Acier, le Cuivre, l'Etain & le Plomb fe laiffent apîattir & alonger, ce qui
ne fe pourroit faire fans le Secours du Feu , qui eft renfermé dans ces
Métaux * Qu’il-y-a du Feu dans l’Homme même 5 c’ cfl ce que l’Eleïïri-
cite nous prouve par une Infinité d’Experimens. Differens Artiftcs &
Gens de profeffion, nous montrent auffi tous les Jours, en travaillant
au Tour ou à la Lime, que la Friélion de deux Corps durs produit du Feu .
La Nature a elle même appris aux Peuples les plus fauvages cette Ma-
nière d’en avoir ; car ils prennent deux pièces de Bois & les frottent
s
l’une contre l’auttre, jusqu à ce qu elles s’alument. Et nôtre Manière
de battre du Feu ne diffère guères de la leur. Nous prenons deux Piè¬
ces d’Acier, ou une Pièce d’Acier & une Pierre, nous les battons & nous
en tirons des Etincelles , qui alument notre Mèche ou nôtre Amadou. Si
quelcun doute encore que ces particules d’Acier foient de véritables
Etincelles produites par une Friïïion forte ; il n’a qu’à prendre un Morceau
& Antimoine & le faire fondre avec deux fois autant de Fer ; puis atta¬
cher cette Malfe à FEftoc, & paffer deffus une forte Lime neuve ; alors
il verra la Table innondée d’un Déluge à'Etincelles qui Partiront d’entre
la Lime & V Efioc ; lesquelles alumeront même le Papier. Le Curieux
d’Expe«
9 Quelque ineonteftablc que foît tout ceci ; il-y-a cependant un Savant RufTe nommé
Lomonofow qui a combattu cette Vérité dans une DifTertation, qui a été publiée
dans le Tome I. Novorum Comentariorum Académies Scientiaruni Petropolitcmœ
pag. soô.feqq. ou Mais Mr. Arnold Profefleur à Erlang l’a réfuté par un Ou¬
vrage auffi favant que folide, intitulé:
„ Exercit. Phific. de Calore metu particularum corporis coque rotatorio eirca
axes ncutîquam explicando. Erlangæ 1 754 *
I
32 TABLE LXIII. Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
d’Experimens de cette Nature, peut confulter *♦ Noüet , ** Mufcben -
brock^ *** Boerbave & tant d’autres.
TABLE LXIII.
Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
I l - y- a plufieurs Raifons, qui m’ont porté à préfenter encore une Fois
cet Infeéte au Leéteur:; Premièrement parce que je Pavois promis
dans la LII me Table ; en fécond Lieu, parce que j’ai crû ne lui rien pré¬
fenter de trop commun, en lui deffinant une jeune Punaife avec l’Oeuf
d'où elle vient de fortir, foit pour fes Couleurs , foit pour fon Aiguillon &
pour d’autres Obfervations qui s’y rapportent. Je m’acquite donc &
allure, fondé en Expérience, que les Punaifes des deux Sexes font mu¬
nies d’Aiguillons, alfés dificiles à découvrir, étant toûjurs couchés le
long de la Poitrine, & qu’il faut mettre la Punaife fur le Dos , pour le
Voir, car au prémier Coup d’Oeil, je l’ai pris moi même plulieurs Fois
pour une Partie de la Jambe*
Il faut certainement un grand Fond de Patience, une Vue bien fine
& une Main bien lefte, pour couper cette Partie, entièrement impercep¬
tible à l’Oeil nud , afin de la pouvoir mettre dans un Porte-Objet & de
l’examiner. "
Ce Deffein-çi efl: fait d’après une Punaife , qui n’êtoit éclofe que 3,
heures auparavant.
Parmi bon Nombre de Vieilles & jeunes PunaifeS, que m’envoîa un
Homme, dont la Maifon en eft toute empêtrée, & que je mis dans un
Verre ; il fe trouva par Bonheur tout un Nid d'Oeufs de Punaifes . Je le
mis d’abord fous le Verre Oeconomique, & je le vis compofé de Particules
de Paille & de Plume , entre lesquelles les petits Oeufs blancs êtoient com¬
me gardés,
* Leçons de Phyf, experiment. T, 4. P. 158. Amft, * 749 .
** Traité de Phyfique par MufcfeenbrocJk T, 1 * C, 26, ff. 226, Edit,in4-.hcyden 173
*** Traité de la Chimie,
rAB.LXÏÏI
■
f.
r
3?
TABLE LXIîL UnePunaifequin©fait quecTéclore.
Le Lendemain voulant encore vifiter ce Nid, j’y apperçus quelque
petit Mouvement, puis en regardant de plus près, je vis un Oeuf, qui
s’ouvroit par en haut , & qui laiffoit pendre derrière lui un Couvercle
rond, ce qui reffembloit aune Cruche couchée, dont le Couvercle feroi t
ouvert. Ce Couvercle levé à la.Pointe de fOeuf t je découvris auffi-tôt
un petit Pmt blanc, qui Grouilloit, & qui fortoit de ce Sachet, au lieu
que je m’attendoisà un Fer brun. Quelques Minutes après ce Point fe
développa, il étendit une Tête, des Jambes, & fe mit enfin à marcher aulîi
vite, que la plus greffe Punaifi .
Cet Animalcule ne garde fa Blancheur qu’environ 2. ou 3. Jours, puis
il jaunit, & prend infenfiblement la Couleur des Vieilles Punaifes .
je n’ai pas encore pû découvrir leur Manière de s’apparier ou de fe
féconder ; mais il efl facile de diflinguer leur Sexe*
Au refie rien de plus aifé que d’avoir de jeunes Punaifes , quand on
en veut. Il n’y-a qu’à en mettre une demi Douzaine de Vieilles fous un
Verre ©économique, & les y laiffer un Couple de jours & puis en les
vifitant, l’on trouvera au Fond Nombre de petits Points de Couleur d’
Argent & faits en Sacs 3 ce font là les Oeufs de Punaifes, lefquds éclofent
au Bout de 3 à 4 jours,
Explication de î’ Eftampe.
a) eft la jeune Punaife de groffeur naturelle.
b) la même, groffie parNroy, où l’on voit
c) la Mâchoire en forme de Pinces jd) l’Aiguillon à 3, Jointures, qui
y tient & qui efh couché for la Poitrine 5
e) les deux Veux fertans comme ceux de PEcreviffe & faits en
Grappe ;
f) les Ante ne s avec leurs 4, Jointures ♦ g) les 6 , Piês qui ont aufïi
chacun 4, Jointures, & qui tiennent tous aux deux Côtés de la
Poitrine 3
h) le
E
34 T AB. LXIV, & LXV. La Graine du Sapin rouge & la Chenille,
h) le Viiavec les Oeufs^ un peu au delà de la Grandeur naturelle 5
i) un Oeuf d’après Nature ;
k) le même fort grofii & avec l'Ordure qui y tient. 1 ) La Partie
naturelle de la Femelle , ou le Bas du Corps 5 m) le Membre
viril ou le Derrière du Male ; l’un & 1 * autre examiné fur de Vi¬
eilles Punaifes & grofii par Nro 3, n) L’ Aiguillon au naturel;
o) groflî par Nro i, où l’on remarque les deux sucçoirs, qui
le traverfent, & le Poil dont il eft garni,
TABLES LXIV* & LXV»
La Graine du Sapin-rouge & la Chenille, qui la dé¬
truit , avec fa Métamorphofe en Tigne.
C ette Obfervation a été occafionnée par la Queftion fuivante, que
P on m’ a faite :
„ Si l’on feroit bien en Etat de découvrir, par le Microfcope, dans
,, la Graine du Sapin & du Pin quelques Traces de l’Arbre qui en
,, doit naître?
Sur ce que la Réponfe qwe je fis, marquoit beaucoup de Doute, je
fus exhorté à examiner moi-même cette Graine, & en même tems l’on
m’en envoïaune petite Provilion. Mais à peine en eus-je mis quelques
unes fous le Verre Oeconomique, qu’en y jettantfeulement les Yeux, j’ap-
percus, que prefque tous les Grains en êtoient rongés des Vers en bas vers
le Germe ; ainfi que je fai montré entre autres dans k) & m) de la Tab.
LXIV.
Quelque temps après un konête- homme de Forêtier eut la bonté
de me procurer quantité de Pommes de Sapin tout fraîchement ramaiïees
ùans le Bois. 11 fe plaignit en même Tems de ce qu'il n’y * avoit pref¬
que pas une de ces tommes , où l’on ne trouvât des Chenilles , des Vers ou
des fi nés ; 8t pour preuve il en fendit plufieurs en ligne perpendicu¬
laire
rAB. LXLV.
q\il la détruit, svsc fa Métamorphofe en Tigne, 3 f
laire de haut en bas; & de Cinq, il ne s'en trouva qu’une qui n’eût point
de Chenille & qui fût bonne.
J ai fait graver fur cette Eftampe a) une Pomme de Sapin par de¬
hors, 8c b) par dedans de Grandeur 8c Figure naturelle, 8c pour la Li-
aifon, je m’en vai donner tout de fuite l’Explication des Figures 8c des
Lettres de cette Table, en me réfervant de mettre à la Fin le Refte de
cette Matière.
a) Répréfente donc la Pomme de Sapin au naturel, avec fes Ecailles ex¬
térieures 8c quelques Feuilles;
b) la même confidérée par dedans, laquelle répréfente dans c) la
Moille brune ou V Axe autour duquel les FaiJJeaux à Graine 8c les
Ecailles étoient plantées.
d) eft un Vuide, dans lequel avoit été une Chenille *
c) marque un Trou, que s’eft fait une Chenille pour parvenir à un
Grain de Semence, qui étoit auprès ; f) eft un Tiffu en Forme de
Sachèt où fe tient la Chryfalide*
g) montre cette Enveloppe à Chryfalide ouverte, par où eft Sortie
la Chryfalide devenue Tigne ; h) font 1 ♦ de ces Sachets delfêchés
8c gâtés.
i) en eft encore un, d’où fort le Derrière d’une Chryfalide, k) Ceft
la Partie antérieure d’un Grain de Semence entamé, avec fon Aile
argentée ; 1) en eft la poftérieure \ m) eft un Grain de Semen¬
ce fans Aile ; n) eft non feulement une Ecaille telle, qu’elle pa.
roît en dedans avec fes deux Grains de Semence ailés ; mais en¬
core avec le Trou au bas, par lequel la Chenille fe fait jour jus¬
qu’au Grain ; o) défigne une Ecaille par dehors.
p) eft une Copie exaéte de cette Chenille , vorace, répréfentée fous
deux Attitudes différentes.
q) en eft la Chryfalide , &
r) enfin la Tigne, qui en eft fortie.
E 2
Après
jê TAB. LXVh La Graine du Sapin & la Chenille qui la détruit,
f* « ' ' V
Après avoir répréfenté tout ce-cî d’après Nature dans cette Eftampe,
on va le voir
TABLE LXY,
dans tout fon Groffiffement,
a) & b) font les deux Parties d’un Grain de Semence de Sapin coupé
en long, avec fon Germe dans b), lequel il fe voit dans
c) grolli par Nro 4. Mais comme la Struélure de ce Germe en for¬
me de Rézexu, magnifique à voir par Nro i., y prend un Grof-
iilfement qu’ on ne fauroit mettre en entier fur un Quart de
Feuille ; je n’en ai répréfenté qu’une petite Partie d) Tout le
Germe fe préfentant de la même Façon dans ledit Nro i. Quand
le Germe efl frais & plein de Sève, ce Rtzeau ne fe rémarque pas
fi facilement ; mais au Bout de quelques Jours, qu’il efr deiTê-
ché, l’on ne peut fe lalfer d’en admirer la ftruélure. Ce Germe
a la Tête couronnée de Fafes, qui refïemblent à un Oeillet parla
Comprefîion des deux Verres du Porte Objet. J’ai vu avec Ad¬
miration dans une Chambre obfcure ce Germe avoir Cinq Fiés
de haut à travers le Microfcôpe folaire Nro 3,
■
e) Fil la Chrjfali.de & f) la Chenille, groines par Nro 4. Cette Chenille
a la Tête dure comme de la Corne, les Yeux rouge-brunâtres,
comme ceux de la Mouche ; ia Mâchoire forte avec deux Pin-
cgi tranchantes. Sur le Devant vers la Tête, elle a 6 . Pies
crochus ; &plus bas elle en a encore 12. plus larges & relTem-
blant à une Couronne émouiTée. A F Extrémité de la dernière
Jointure, elle a, pour fe prendre, un Crcckèt fort & recourbé en
bas, & toute la Chenille efl divifée en n. Anneaux *
Lf entière Alétmorphofe s’en fit au Bout de 4, Semaines à compter
du Jour que je la pris moi même d’une Pomme de Sapin & que je la mis
dans un petit Verre à Conferve, ou je la nourris de Feuilles & d’ Ecailles de
cet Arbre. Elle vécut dix Joursa Ecailles & de Feuilles, allant toujours
c 1 en
\
TAB. LXVI.
37
TABLE LXVÎ. avec fa Métamorphofe en Tigne»,
en diminuant, de forte qu’à la Fin elle fe retira tellement, qu’elle n’avoit
prefque plus Figure de Chenille ; le n, Jour la Chryfalide fut toute for-
ffiéc, D’abord elle étoit jaune puis elle devint d’un brun Châtain ; en-
fuite & furtout la Veille du Jour, qu’elle s’ouvrit, elle etoit noirâtre*
Enfin au Dixfeptième Jour, la Chryfalide s’ouvrit fur Je Devant, & il en
fortit une Tigne à Raies noires & blanches, & luifante comme l’Argent*
Après avoir repouifé la Coque vuide , elle deploïa peu à peu fes belles
Ailes, elle étendit un piê après l’autre, & dans un Quart d’Heure elle
fut à même de Voltiger dans le Verre, pour chercher fa Liberté & fe
dérober à ma Curiofité, Je n’ai defîiné fur cette Eftampe qu’une
feule Jambe de cette Tigne par Nro 4. g) en montre la Grandeur naturelle;
& h) fon Groffifiement avec fes Plumes, J’y ai trouvé encore 4, Pés
particuliers, que j’ai pris pour des Crochèts, par le Molen defquels la
Tigne peut marcherfûrement par tout & même fur le Verre le plus uni.
Il aurait peut-être fuffi, d’avoir deiliné les Plumes de cette Tigne avec
fa Jambe. Mais quelques uns de mes illuftres Correfpondans m’ aïant
témoigné quelque Doute fur la Poffibüité de préparer des Verres, qui
p u fient grofiir les Plumes de la Tîgie jusqu’à 4, Pouces de haut, àinfi .que
je Pavois alluré au Public dans les Recueils de Eranc'onie, & dans mon EJJhi
d'une folide apologie des Animaux fpermatiques ; je me fuis vu obligé, fur
tout aîant une Tigne entre les Mains, de reprendre cette Obfervation : & de
donner fidèlement dans cette
TABLE LXVI.
les Plumes de ce petit Oifeau de Nuit, dont la Grofieur naturelle fe voit Tab s
LXiV, Fig. r. telles que je les ai vues par mon Microfcope de Strekher
Nro o, o, au LecJeur pour en faire l’Objet de fes Récherches & de fon
Examen, en juftifiant en même tems mes Obfervations j& la Force du
petit Verre, dont je viens de parler. Le Le&eur aura donc la bonté d*
être afTûré, que la Plume a) de cette Eftampe, quelque groffie qu’elle pa-
roifie, n’a cependant rien d’outré, & qu’elle eft telle que plufieurs de
E 3 mes
$8 TABLE LXVI, La Graine du Sapin & Chenille que la détruit^
mes Amis & moi l’avons Vue & examinée par le Nro oo. queMr, le Can¬
didat Streicber m’a fabriqué. Les deux Plumes b) c) qui font aux deux
Côtés, font du Dos de la Tigne & pàffent les 4. Pouees ; je ne parle pas
ici du Microscope folaire, mais du Manuel de. W r ilfon. Les petites Plumes
de diverfes Figures, dont la plupart tirent fur la Couleur de Cendre
& fur le brun , font prifes du Deffous de l’Aîle fupérieure, ou de
l’inférieure, ou du Ventre, ou des Franges qui bordent l’Aîle fupê-
rieure, & ont été marquées d) e) f) g) h) i)k) 1 ) & m). Il eft plus
aifé de les voir & de les admirer, qu’il ne Pefl de les peindre & de les
décrire. Ce que l’on peut difcerner, c’eft que les principales Couleurs
de cette Tigne font le rouge, le violet, l’argent, le brun de Paille, & que
ce n’eft qu’à la Vûe qu’elles fe préfentent tantôt plus foncées, tantôt
plus claires. Ces Plumes font difpofées en Ordre prismatique dans les Ailes
fupérieures & aux Piés ; c’efl ce qui fait, que l’Oeil nud les trouve noi¬
res & Couleur d’Argent, comme dans le Papillon changeant «
Du refie, je puis affurer avec Certitude à qui douteroit encore du
Groffiffement de ces Objets, & de la bonté du Perre , que la Tigne , le
plus petit des Oifeaux de Nuit, efl celui qui aies plumes les plus longues;
& que les Verres de Mr. Streicber00, rendent très fenfibles à la Vûe non
feulement les Raies en long, mais auffi celles de Traverfe ( Strias & contra
Strias) des Plumes de Quantité d’autres Papillons, dont je me propofe de
donner encore quelques Preuves avec la Permiflion des Amateurs.
L’Explication de ces trois Eftampes étant donc finie, je m’émanci¬
pe défaire fur la Graine & le Fruit du sapin , rouge & blanc quelques Ré¬
marques, qui pourroient échaper à bien des Gens, qui Vont le plus
fouvent dans les Forêts. Nous allons nous promener dans les Bois pour
confidérer la Beauté des Arbres, qui les compofent ; & bien fouvent
nous n’ en favons pas faire la Différence. Nous en avons par Exem¬
ple ici près dans nos Forêts de Nuremberg, plufieurs Sortes,
qui
TABLE LXVI. avec fa Métamorphofe enTigne, 35
quiontdelaReffembîence entre eux pour la Feuille / mais qui fediflinguent
parfaitement par les Marques Caraélériftiques de leur Efpece, 11 y- a, p, e.
1. la Sapin rouge, puis
2. le Sapin blanc ; i’un & l’autre s’appellent en latin Abies
3. le Pin, en Latin Pinus <k,
4. la Méléfe, en Latin Larix*
La Sapiu rouge fe diftinque du Blanc principalement par fon Fruit,
Celui.du Rouge pend fous le Rameau la Tête en bas ; le Blanc au con¬
traire porte le Sien fur le Rameau, la Tête en haut, comme font les Ce»
dres du Liban. De là vient auffi que tant d’habile Botaniûes ont mis
dans la Gaffe des Sapins {Abies) ces fameux Cedrss fi vantés dans la Sain¬
te Ecriture* /
Le Chevalier Limueus, célèbre Naturalifte Suédois, a voulu abolir
le Nom de Cedre, & appeller tous les Arbres de cette Efpèce, dont les
Feuilles fe reffembioient, d’abord du Nom d’Abies & enfuite de celui de
Piiius *. Les Anciens même ont fait au Génévrier l’Honneur de le mettre
dans la Gaffe des Cedres & de F appeller Cedrus baccifna ♦ Matthiolus
même, en travaillant fur Diofcorides , ne lui a pas donné d’autre Nom»
Mais nôtre illuflre Confeilier Trew , qui s’eft rendu fi célébré dans le
Régné des Plantes & qui en a fi bien mérité par fes excellens Ouvrages de
Botanique n’ef: point du tout pour cette Diftribution ; & il a prouvé
dans un Traité plein d’Erudition qu’il étoit plus incommode qu*
utile
* De Gen, pl. Edit. If, n, 917. & Edif. V. n. 100$. Spee. pi. 1039. feqq n. 2,
** In novis Aûis Acad. Cæf, Nat. Curiof T, I. An. 1757. Obf. CI» p. 409, Dn. D.
Chr. Jae. Trcw, Carafleres Cedri Mentis Liban! eum illxs Laricls abjetispiriL
que comparât.
Ce Traité a paru à part intitulé : Cedrorum Libani Hifîor. earumque Cara&er bo-
tanicus cum ilio Laricis» abjsîis pin. compar. accedit brev. Difquifiî, an hæe
arb©ï
"ii
40 TABLE LXVI. La Graine du Sapin & la Chenille qui le détruit,
utile aux Savans, de donner un Seul Nom à tant d’Efpèces différentes
d'Arbrcs & d’Arbriffeaux, & de les confondre dans une Gaffe, étant
aulli facile qu’ill’effi 3 v de trouver & de reconnoître le Caractère diflin-
<tif de chaque Efpèce, dés qu’on veut bien fe donner la peine de le cher¬
cher, Ce Naturalise infatigable n’a épargné ni Soins, ni Peine, ni Appli¬
cation, pour exactement examiner difféquer & décrire, foit l’Oeil nud,
foit à l’Aide des meilleurs Mic'r ofcopes, toutes les Parties des Arbres qui
ont quelque Rapport entre eux ; c’eft à dire du Cedre , des deux fortes
de Sapin, du Pin & delà Méléfe, de leurs Fleurs, Fruits & Feuillles j pour
faire peindre fes Découvertes d’après nature par d’habiles Peintres, &
pour enfuite les faire graver en Taille-douce. Ainfi qu’on peut voir dans
fon Biftoria Cedrorum &c.
Autant que les deux Efpèces de Sapin fe diflinguent, par leur Fruit,
qui a la Tête en bas ou en haut ; Aulli facile efl-il de diftinguer le Fruit
du Fin d’avec celui de la Méléfe ; celui-là aïant les Pommes plus greffes
& plus fortes, que celle-ci, & même en examinant attentivement les
Feuilles de tous ces Arbres ; l’on y trouvera des Caractères diftinctifs,
aulli bien que dans leur Fruit. Mais pour abréger, je renvoie le Lecteur
a P Biftoria Cedrorum de ci-deffus & à Tes Eftampes , où tout cela fe voit
très clairement démontré*
Cependant tous ces Arbres ont, chacun dans fon Efpéce, leurs
»
Vers, qui leur nuifent, en vivant de leur Sève & de leur Graine, je n 5
entends pas parler ici des Chenilles des Ecis & des Oifeaux de Nuit, que
Mr. Rœjfel de Rofenbof a décrits 5 car ceux-ci fe trouvent dans le Bois ou
dans le Tronc des Arbres, ou même dans les Noeuds de poix'de Réfine,
qu’on voit fouvent aux Rameaux du Pin, Je ne parle que de cette
Efpèce de petites Chenilles & Tignes qui fe tiennent uniquement dans
la
arbor in facro Codice præ omnibus celebrata & vel Aeres vel Berofch di&a
itemque an Græcis Eotanicis fuerit cognita ? cum Tab, æn, Norimp, Impenf,
"Wolf, Schwarzkopp 1757.
TABLE LXVL avec fa Métamorphofe en Tîgne. 4 *'
la Graine &dans le Fruit de ces Arbres. Car en ouvrant une Pomme de
Sapin endommagée par le Fer, j’y trouverai la Chenille , que j'ai marquée
Fig. b) Tab. 64. & de là la Tigne V. Que lî au contraire j’ouvre, des
Crains de la Semence du Pin , j’y trouve toujours au Lieu de Chenilles , de
petits Per s comme dans les Pommes, qui ne fe changent pas en lignes
mais plutôt en Moucherons bruns, que je pourrai donner dans la fuite#
1
II me refie à répondre à une Objeélion, qui naît naturellement de
cette Obfervation ; c’efl, comment eft-ce que ces Chenilles & ces Tignes
peuvent entrer dans la Moiüe d’un Fruit (ï dur & fi femblable au Bois ? Je m’en
vai en dire mon Avis, que je ne donne pas pour infaillible. Je conje¬
cture, que la Tigne ou le Moucheron fait ou avec fon Aiguillon, ou avec
fes Dens, un Trou dans ce Fruit, pendant qu’il eft jencore jeune & ten«
dre, & qu’il y fait fes Oeufs t La petite Chenille fort de la Coque , lorsque
le Fruit commence à meurir, & pénétre tout en mangeant fucceffive-
ment jusqu’à la Moile ou à la Graine ; où elle fe transforme en Chryfalide t
& y demeure, jusqu’ à ce que la Tigne fort par le même Trou , que la
Chenille étoit entrée. Et de là il fera aifé de conclure, que ce fera toû.
jours Soins, Peine, Travail, & Depenfes perdues, que de vouloir pur¬
ger les Forêts des Infeïïes grands ou petits#
Avec tout cela le Mal que font ces Créatures, auxquelles le Créa¬
teur a donné les Bois pour Demeure, & les Arbres avec leur Fruit
pour Nourriture, n’efl pas fi confidérable. 11 refie toujours autant de
Graine qu’il en faut pour perpétuer les Forêts, comme nous voïons fe
perpétuer les Créatures vivantes, Oifeaux, PoilTons, Bêtes à quatre
Pies. Outre cela les Infeéles né manquent pas d’Ennemis, qui leur
tendent des Embûches & qui les éclairciffent. Sans parler ici de la
Chaleur, de la SêcherdTe & du Froid, qui en font périr les Oeufs ;
l y Hirondelle, le Pic , le Pinçon , la Mefange , le Grosbec , la BecaiTe & tant d’au¬
tres Oifeaux, qui mangent les Infeéles, font les meilleurs Médecins
contre les Coufiw , lesTignes , les Moucherons , les Papillons , les Chenilles , les
Frelons, les Hannetons &c. C eft ainfi que le Petit & le Foible t il toujours
F ls
42
TABLE LXVIï. Les Polypes à Bras.
la Proïe du Fort & du Puiffant, Le Brochet fin ange plufieurs fortes de
petits Poiffons j le Loup dévoré l’Agneau, V Epervier le Pigeon ; & il ne
feroit pas impoffible de pouffer cette Comparaifon jusqu’ à l’Homme j
mais c’eft une Vérité trop généralement reconnue.
TABLE LXVIL
Les Polypes à Bras.
a uoi des Polypes ici ? Leur Chapitre n’eft- iî pas affés rebattu ? Voilà
ce que penferont certaines Gens à la Vue de cette Eflampe ; car
cette Créature a déjà fait le fujet de bien de Doéles Ecrits ; & ils n*
auront pas tout le Tort. Mais comme mes Obfervations font aufîi re¬
cherchées par des Amateurs, dont les uns n’ont pas les Ouvrages coû¬
teux, qui en parlent, & d’autres n’entendent pas les Langu s Pavantes
dans lefquelles ces Ouvrages font écrits, & qui étant à même d’avoir
des Polypes, feroient bien aifes de pouvoir s’en former quelque Idée ; je
fais d’autant moins de Difficulté d’en donner ici quelques Ejfampes & d’y
joindre les Explications qui me paroiffent le plus interelfantes, Tur le
chapitre de ces étranges Créatures ; que j’en ai été affés fouvent re¬
quis : Je commencerai donc par rapporter fuccintement ce que les
meilleurs Naturalises en ont écrit, & finirai par mes propres Expmmens .
Le Terme de .Polype efl compofe de deux Mots Grecs, ttoXu beau¬
coup Pies ; (.Armai à plufieurs Fiés) parce qu’il a tant de Bras, qui
lui fervent aufli de Pies, j’aimerais mieux le nommer Polyphage {Glou¬
ton) de rtùX'j & (pasyxcf ; comme il'paroitra , par la Défeription de fes
propriétés ; mais paffe, Je me hâte de faire Mention des principaux
Ecrits, qui ont dépeint les Polypes de la Manière la plus jufte.
Déjà en 1703. Leeiuenhoeck & un Anonyme ont découvert & décrit
quoi qu’imparfaitement cet Animal Aquatique, a)
a) Tranfa&.philof, an. 1703. num. 2 g 3, Art. IV. & Nutn, 288. Art. I*
Le
TAB.LXVH
-
‘û'o'b'o'ftoiS 1
jlftSISlIllllllISBUIlillilISIIllilBtliilBi
TABLE LXVII, Les Polypes à Bm', 43*
. f
Le Chevalier Folkes , Préfident de l’Academie Relaie de Londres &
Mr, Back&'+ les ont jugé dignes d’un Examen particulier* b)
L’immortel Mr, de peaumur a entretenu un Commerce particulier
de Lettres avec Mr. Tremblai au Sujet des Polypes, & ii s’en cil même fait
envoïer de Hollande en France par ce {avant Ami : Rien de plus cu¬
rieux, que la Peinture que fait Mr* Tremblai dans fa Préface, de flrrefa-
lution dans laquelle ont été ces deux Savans, pour favoir dans quelle
ClaJJè placer cette Créature ; c) jusqu’ à ce que Mr, de Reaumur fe crut
enfin en Droit de placer le Polype dans le Régné des Animaux , d)
Je rappelle ici un écrit très moderne, que le fameux Naturaliser
Mr. le ProfefTeur Titius a publié dans un Programe qu’il a fait diftribuer
à la Mémoire de Philippe Meîanchton, & qui contient un Syftéme nou¬
veau & commode pour la Claiîification du Régné des Animaux, Sui¬
vant lequel Fon pourvoit compter les Polypes , parmi les Animaux aqu¬
atiques à plufieurs Pies, à Caufe de leur Mouvement indéterminé, &les
appeller : Animal in aqua viuens ,, moîu indeterminato vt Zoophyta. e)
Après avoir fait bien des Experîmens fur les Polypes & confulté les
plus habiles Naturalises, Mr. Tremblai en compofa tout un in Quarto, dans
lequel in communiqua fidèlement toutes les importantes Découvertes,
qu’il avoit pû faire. Mais ce qui rchauffe de beaucoup le Prix & la
Beauté de cet Ouvrage , ce font les magnifiques Eftampes , dont il eft
orné, & qui ont été gravées par une Main fi habile $z fi excellente, qu’
on ne fauroit fans Injuflice lui refufer la dernière Admiration, C’efl
celle de Monfieur l’Avocat Lyonet , dont la vafie-Erudition , le Di-
feernement & V Expérience confommée dans les Connoiffances na-
F -2- turel-
b) Ibid. Num, 467 Si 469,
c) Mémoires pour fervîr a l’hiftore d’un Genre de Polypes d’Eau duce, à bras en for¬
me de Cornes. Par A. Tremblai de la Société Roïaie à JLeide 1744, in 4Î0.
d) Mémoires des Infeéles Tom, 6. psg, Jf. de la Préface,
e) De divifione animalium generaii, Wittebergæ 17 61,
44
TABLE LXVÎI. Les Polypes à Bras*
tureîles font trop univerfellement reconnus , pour qu’ il foit né-
ceffaire d’en parler ici. Il n' y - a en tout Cas, qu’ à. citer la belle Tradu»
élion francoife que Mr. Lyonet , a faite de la Théologie des InfeÏÏes de Mr, le
Profejjeur Lejftr, laquelle il a enrichie de très belles Remarques. Le
Coup d’Elfai de ce fameux Avocat a été non feulement de deffincr les
Polypes , mais encore de les graver en Taille-douces. Etbien qu’il n’eût
jamais fait ce Métier, il réülïit libien dans cet HiTai d’Apprentif, qu’ily»
a cent Maîtres, qui fe trouveroient bien empêchés, s’ils étoient obligés
de le copier. L’on n’aura pas Regret de lire foi-même cette Anecdote
vers la Fin de la Préface , qui eft à la Tête des Mémoires de Mr. Trem¬
blai. f)
Ce que Mr. le Cat, a répréfenté à l’Academie des Sciences de Rouen
furies Polypes mérite fourtout d’être lu tant pour la Quantité & la Rare»
té de fes belles Penfées & originales, que pour l’Efprit, le Goût & les
nouvelles Découvertes, qui y régnent, g) Le Magazin nniverfel contient
une bonne Traduction de ceDifcours. h)
Mr. le Prôfeffeur Eannow en a auÛi beaucoup parlé dans fes Curia-
fîtes naturelles & Oeconomiques. i)
Et Mr. le Doét. Schaefer aujourd’hui Pafteur à Ratisbonne a donné
dans divers Traités allés étendus, des Experimens très exaéts des Fo~
lypes^ qui fe trouvent aux Environs de Ratisbonne. k)
Le Magazin de hambourg fait aulîi Mention de cet Infecte aquatique
dans pîufieurs de fes Tomes, 1 ) & le Magazin univerfel dopne dans quel¬
ques
f) Mémoires des Polypes par A, Tremblai 1744 »
g) Magazin à Londres, janv, 1750. p. i.
h) Magazin Univerfel. Part. a. Nro I.
NB. Ce dernier Titre eft traduit de P Allemande
ï) Hannow Curiofités naturelles S C Oeconomiques, T. ï. p. 637,
k ) les Polypes des Fleurs d'Eau douce.
les Polypes à Bras verds l’un & l’autre in 4to à Ratisbonne I7$J*
1 ) Magasin de Hamb, Tom. i, 3, 7. 12, Se 1 6 f
TABLE LXVII. Les Polypes à Bras, 4f
ques unes' de Tes Parties de très agréables Traduïïions fur cette Matiè-
ïe. m)
Mais le Livre auiïi beau qu’inftruélif, intitulé leJRegne de la Nature &
des Moeurs , joint une morale très faine à la Defcription des Polypes , &
fait voir comment un Homme raifonnable peut & doit examiner avec
utilité cette Créature admirable, n)
Je palTe fous Silence plufieurs Journaux & Pièces volantes ; mais je
noferois omettre un bel Ouvrage, qui mérite d’être placé ici avec Elo¬
ge» C’efl /’ Hiftoire des Polypes , que feü Mr, Roeffel de Rofenhof a inférée
dans fes Amufemetis fur les InfeÜeS) & qui remporte fur tous les autres, en
ce qu’elle contient non feulement tous les Genres de Polypes ; mais fur-
tout en ce qu’il les a peints en Couleur d’après Nature, & qu’il en a
donné des Defcriptions très claires, o)
Ce ci me rappelle avec bien du Plaifir le Jour, que feu Mr. Roeffel
vit pour la première fois les Mémoires de Mr. Tremblai. Comme ils
étoient écrits en François, il me fit appeller, pour les lui expliquer»
Mr. Roeffel n’avoit jamais vû de Polypes ; c’elî pourquoi nous envolâmes
de concert quérir de l’Eau dans tous les Etangs & les Ruilfeaux voifms*
Nous eûmes le Bonheur de trouver de ces Créatures . Nous nous mîmes
à les examiner ; Mr. Tremblai fut confulté avec foin ; nous nous com¬
muniquâmes fidèlement nos Découvertes, lefquelles nous deffinameg
fur du papier & enfin nous fumes parfaitement convaincus, que Mr»
F 3 Trera«
în) Magazîn univerfeî Part. 3. Nro I. 8c Part. 9. Nro 19. p, 327.
n) Le Régné de la Nature 8c des Moeurs Part. ï. Ch. 15. 8c dans les Parties fuivan-
tes, les Chapitres de ce qu’il y-a de remarquable dans les Infeâes»
NB. Ces fix Ouvrages font en Allemand.
®) 7îme Table du Suplement aux Amufcmens fur les Infeâei 3 qui fe diftribuem pas-
Mois. Hiftoire des Polypes d'Eau douce ;
L’Ouvrage- ed au fi Allemand.
46 T AB. LXVI 1 Ï, L’Infe&e qui fe trouve dans la Graine du Pin,
Tremblai étoit un Naturalise très fineère, qui non feulement eft entré
dans les Details, & qui a écrit avec clarté $ mais qui a encore fidèle¬
ment communiqué aux Amateurs des ConnoilFances naturelles, tous les
Moïens dont il s’étoit fervi pour faire fes Qbfervations,
Je finis par l’Explication de cette 67 !lie Eftampe, dans laquelle on.
verra a) un Verre blanc, rempli £ Eau limonneufe & de Lentilles de Marais^
parmi lefqnelles font les Polypes b)* devant ce Verre eft c) une petite
Machine, qui fert à pêcher les Polypes, & les autres Animal¬
cules. Elle eft prife du Chap, 3, du Tom. 7. du Magazïn de
Hambourg. J’en donnerai dans la Suite une de ma Façon, qui
fera plus commode, d) eft la Loupe attachée aux Noix de Mu-
fchenbrock c). Elle peut être Nro §, ou de deux Pouces.
j'
e) Un Polype Verd avec des Petits.
f) Encore un debout, qui s’eft retiré,
g) Un Polype brun , aïant à fa Queue h) des Petits i) qui y pendent.
k) Un Polype couleur de Rofe, dont j’ai marqué les Bras ou les Piés
par m) comme dans les autres, & la Bouche par n),
l ) Un Polype jaune, écharpé & déchiré avec une Epingle en plu-
fieurs Parties à chacune defquelles les Bras ou les Piés m)
étoient revenus,
TABLE LXVTÎI.
L Infede qui fe trouve dans la Graine du Pin,
& un F ameau de Méléfe.
J ’ ai promis dans l’Explication de la 66 me Ejlampe de repréfenter aufii
le Ver que j’ai trouvé dans la Graine du Pin .& fa Metamorphofe en
Moucheron. Mais pour remplir le Vuide, je ne crois pas d.efobliger le
Leiïeur en lui donnant, en Suplement à mes Obfervations fur les Arbres,
qui
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TABLE LVXIIL & un Rameau du Méiéfe, 47
qui donnent dans le Genre des Cedres , un Rameau de Méiéfe defliné d’a-
près Nature '& tel que Mr, Streicber me l’a envoie. Ce Rameau a) avoit
fes Boutons b) c) ; la Fleur de la Pouffière fpermatique, ou fécondante d)
& la Fleur e) femelle qui conçoit PEmbryon & porte le Fruit ; de même
qu’un Fruit en pleine Maturité f); le tout juftement du Volume exaéle»
ment copié dans cette 68 me Eftampe. La Fleur femelle étaîoit un Rouge
incarnat auffi éclatant que la plus belle Fleur qu’il-y-ait, Et Ton ell
flupefié, de voir à la. Fin ce beau Rouge & cette tendre Fleur Te changer
en un Fruit d'un Brun roaulfade, dur & donnant dans la Nature du Bois»
11 me refte à remarquer, que j’ai trouvé, ainfi qu’il a été dit, des
Fers, ddlînés d’après Nature, g) dans la Graine des Pommes de Pin t Ils
font bruns de Paille, fort transparais & ont deux Yeux à la Tête &
une Mâchoire en Forme de Pinces,
I L
Us fe transforment en petits Moucherons bruns , dont la Groffeur
naturelle eR marquée i) £ tandisque k) la préfente examinée par Nrof*
Us ont le Corps garni d’un Poil fin. Les Ailes, de celui que j’ai exami¬
né, n’étant pas de veloppées, étoient fur le Dos comme une Valîfe.
A 1 l'Extrémité du Corps il avoit une Corne courbe & qui fmiffoit
en Pointe, fix Jambes fous la jointure de devant, une groiTe tête avec
deux Veux brun clairs, deux petites Antènes^ & encore deux plus gran¬
des , qui reffembloient à des Panaches. L’accident qui m’eft arrivé
d’écrafer cet InfeHe entre les Verres du Porte-Objet , pendant que j’étois à
le confidérer, m’empêche d’en rien dire de plus particulier. Cependant
je ne faurois diiïimuler, que les Obfervations que j’ai faites jufqu’ ici,
principalement fur les Infeéks, m’ont fouvent fait faire de belles Réfle¬
xions & m’ont infpiré de bonnes Penfées. En Effet plus je m’occupe à
examiner les grandes Oeuvres du Toutpuiffant dans les plus petites de
fes Créatures, plus je fuis perfuadé de la Vérité du Raifonnement ? que
les Auteurs du Régné de la Nature & des Moeurs ont fait dès le prémier
Chapitre de la Première Partie»
1. ^
4 S T A B, LXVIIÏ, L’înfe&e qui fe trouve dans îa Graine du Pin,
3 , Je conviens dit-on pag. 14, que tout le Monde ne peut ni ne
sî doit favoir le Droit, la Àkdicine , & la Géométrie * Mais pour la Phijî -
3> que , la Théologie , St la Morale , ce font des Scienfes univerfelles, que
3, quique ce foit ne devroit ignorer.
Ce qu’ il-y-a de certain, c’efl que la Phiflque efl propre à difiiper
la Superflition ; 8t que fi elle nous met aujourd’hui hors de toute Crain¬
te des Pluies de Sang , des Feux S, Elme y des Hommes de Feu , des Sorcières &
des Comètes ; St nous fait méprifer toutes ces fadaifes, qui fe débitent
dans les Veillées des Villageois, dont on peut lire la jolie Dilfertation, qui
a été defendue en 1752. fous Mr. le Chevalier Linneus , 8 t qui a pour Ti¬
tre : Merveilles des Infefîes * 5 il n’eftpas moins inconteftable, qu* elle
prête la Main à la Révélation, St qu’elle éclaircit bien des Miltères que,
fans fon Secours, il nous faudroit croire Amplement, fans pouvoir nous
attendre à la moindre Vraifemblance. C’effc par elle que peuvent s’ex¬
pliquer Quantité de Paffages de l’Ecriture fainte félon l’Efprit de font
Auteur. U11 Chrétien en même tems Naturalise, fera bien plus rempli
deRefpeél St d’Admiration pour l’Auteur de fon Etre, qu’il trouve, voit,
entend, goûte, fent & touche en tous Lieux, qu’un Idiot qui n’a pour
fon Créateur que la Foi du Charbonnier . Il y-a plus. Son Efperance
pour les Biens avenir fe fortifie d’autant mieux, qu’outre les AfTurances,
que lui en donne la Révélation, il trouve dans le Régné de la Nature tant
d’Evénemens, qui ont tant de Rapport à 1 ’ Etat d’après là Mort, qu’il
ne lui refte aucun Doute fur la perpétuité de fon Etre ; Je puis me di-
lpenfér de dire , que la Phifique anéantit ces Criminels Contes de Vieille ,
qui prétendent, que par la Force des Sortilèges, l’on peut engendrer des
Poux & des Souris, pour en tourmenter les autres Hommes. Il n’y-a
qu’à examiner la Struéfure d’un Poux , pour être à jamais défabufé de
rillufion, qu’élle puilfe, partir d’une autre Main que de celle qui a créé
toutes Chofes. Les grandes Idées, que le Phificien fe forme de fon Créa¬
teur,
* Car. Lin. Amoen. Acad. Vol, 3. p, 313., & Magazin lïniverfel Part. 9, Nro 19.
pag, 321,
49
TABLE LXVÏÏL & un Rameau de Me'léfe,
teur, ne lui permettent jamais de fuppofer, bien moins encore de croire,
qu’ii ait voulu donner par une fi glorieufé Métamorphose à un Vil In~
feéle p. e. à une Chenille , une Prérogative fi marquée au deflus de l’Hom¬
me, le plus noble defes Ouvages & fa propre Reflemblance. Un Natu¬
ralise chrétien peut regarder intrépidement Ton Tombeau & les Vers
qui l’y attendent. J’ofe mettre ici les Penfées que j’ai eu moi même
dans la dernière Maladie, qui m’avoit mis à deux doigts de la Mort,
en les recommandant à l’Indulgence du Cenfeur, en Qualité de Penfées
d’un Moribond. *
Oui de mon pauvre Corps la fragile Structure
S’en va dans le Tombeau Vous fervir de pâture
Infeéles, Vermifieaux, que d*un Oeil attentif
J’ai mis en cent Lambeaux, j’ai dififequés tout Vifs!
Vous allés excercer contre moi Vôtre Rage;
Vos Aiguillons, Vos Dens, tout eft prêt au Carnage.
Mais je ne Vous crains point* Privé de Sentiment,
Ce Corps mort ne fent point les Coups de Vôtre Dent.
Percés, mangés!, rongés, contentés Vôtre Haine;
Elle me tourne à bien. Fort peu je fuis en Peine
De ce que deviendra ce Relie d’Elemens,
Fait pour périr un Jour, pour revivre en fon Tems*
Dans les Mains du Trèshaut, l’Eflence de mon Etre
|
Repofe en Sûreté, pour enfin reparoître,
Lorfque ce grand Pouvoir, auquel tout eft fournis.
Par la même Vertu, que dans les Tems jadis.
Il tira du Néant & le Ciel & la Terre,
Et tous les Animaux de l’une & l’autre Sphère,
♦ G Et
* Le Traducteur, qui n’a jamais fait le Poëte, a bien plutôt fujet de demander cette
Indulgence pour les Vers fuivans, qui font la Traduction de ceux de l’Auteur,
. '. f • ■
fo T AB, LXÏX, La Configuration & les Criftaux du Mercure &c.
Et de ce Firmament les Affres Radieux,
Ët les Poiffons des Eaux, & les Oifeaux des Cieux;
Par la même Vertu, qui ces Etres conferve.
Et qui, dans fa Sagelfe, à fes Fins les referve;
Réünira mon Ame aux Débris de mon Corps,
Qu'il faura bien trouver avec tous fes Refforts*
Comment ignoreroit l’Auteur de toute Chofe,
Où de ma pauvre Chair chaque Morceau repofe?
Un pareil Doute affreux je laifîe à l’Animal,
Qui ne fait fon Auteur, ni fon Bien, ni fon Mal.
Qifétoit mon Fmprion ? un Etre miférable ;
Mille on en cacheroit deüTous un Grain de Sable !
Que dit le Polypus, dans tous fes Bouts vivant ?
Le Papillon, qui va la Rofe carelTant,
Cedant d’être Chenille ? & le Grain de Semence ?
L q Chimifte à fon Feu, me montrant l’Exiflence
D’Etres nouveaux, par l’Art, dans la Cendre grains ?
Que nous ne fommes point, pour être anéantis,
*
Que le Tombeau, les Vers avec la Pourriture,
Pour mon propre Bonheur, me font leur Nourriture.
De leurs Coques fortans les Papillons ailés,
Difent avec Sa intPaul, * qu 5 enFoïblejfe femés ,
Nous rejfujfîterons pour la Gloire eternelle ;
Le Corps , Vainqueur de Vers , joignant l'Ame immortelle .
TABLE LXIX.
La Configuration & les Criftaux du Mercure fublimé.
JT onfiejtir le Confeiîler & Profeffeur Delius d’Erlang axant eu la Bon-
LtJL té de m 5 envoïer plufieurs fortes de Sel , & en même Tems du
Menu -
* ï, Corinth, Csp, 35. v. 44.
TAB . I .XIX. .
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TAB.LXX. Différons Verres Ôeconomiques &Microfcop'es &rc. fi
Mercure Sublimé & du Doux, tirés de fon propre Laboratoire , pour en faire
l’Objet d’Experimens microfcopiques ; je me fuis mis tout de Suite
après le Sublimé , que j’ai d’abord autant pulverifè, qu’il fe put, & puis
bien broïé avec de l’Eau chaude, & enfin mis fur le Verre , où je l’ai
trouvé par le JVÎicrofcope Solaire tel que je l’ai exaélement deffiné & re¬
présenté dans certe 6|Q e Efiampe ; dans laquelle a) montre toute la
Configuration , mêlée de Crifiaux , qui confifle en une Infinité de Pointes ca-
piîaires très fines, répréfentant des Arbres, des Rameaux de Palmier, des
Flèches décochés , des Piques & des Lames à’Epée,
Les véritables Criflaux de diverfes Efpèces fe voient b). Ceux qui
font marqués c) font étrangers, & nullement des Criflaux du Mercure;
& ils viennent d’une Touche de Laiton, avec laquelle & faute d’autre je
mis à la Hâte la première goûte de Sublimé diflbus fur le Porte-Objet ,
& de laquelle fe font détachées par la Force corrofive du Mercure, ces
Lofanges qui reffemblent parfaitement à des Criflaux de Ver à de gris, &
qui fe font mêlés avec les Véritables. Ce dont j’ai été convainu com¬
me d’une Vérité inconteflable, par les Experimens réitérés que j’en ai
faits,
TABLE LXX,
DifFerens Verres Oeconomiques & Microfcopes
manuel?*
Our les frequentes Mentions que j’ai faites du Verre Oeconomique dans
O mes Obfervations, j’ai été prié de le faire graver fur une Efiampe
& de le faire connoître. Je le fais donc avec Pîaifir, & préfente au Le-
éleur le Mien a) ; & un autre b) dont le Champ efLmoins vafte. L’on
peut faire bon Ufage de l’un & de l’autre pour Quantité d’ûbjets opa¬
ques. L’on peut mettre dans a) fur la petite Table , fous la Cloche des
Médaillés, des Glaces à Montre remplies d’Eau îimoneufe , des Hanne¬
tons, des Papillons, des Punaifes &c. & confidérer plufieurs Objets à la
Fois ; à quoi l’on peut fe fervir utilement d’un Verre d’un Pouce & demi
G 2, &
fi T AB, LXX. Differens Verres Oeconomiques &Microfw0pes&c.
& même d’un Pouce. Celui qui eft marqué b) effc compofé d’un Cylindre de
Verre blanc , dans lequel eft enchafiee une Lentille , dont le Foïer eft d’un
demi Pouce ou de trois Quarts.
Il faut pafTer dans le Cylindre par leDeffous un Picot couvert de Drap
ou de Vélo il r, lequel ait un Pié pour le pofer ; mais il faut qu’il joigne
bien dans le Cylindre .
J’ai encore marqué un Verre Oeconomique <k que Mr, Meyen célébré
Opticien de la Cour de Dresde fait & débite, de même que bien d’autres
Verres & Telefcopes .
d) Eft une Loupe, montée en Corne noire, par le Moïen de laquelle
Ton peut tirer de l’Eau les Animalcules qui fe tiennent dans le Limon,
n’aïant befoin pour cela, que de la tenir entre les Doigts contre le Verre
où eft l’Eau.
e) eft enfin ce qu’on appelle le Microfcope à Compas, qui a été décrit
tant par Mr, Meyen de Dresde que par d’autres Artiftes. * A l’une
des Branches duquel f) l’on met à fa Fantaifie les Verres Aficrofcopes dans
|eur CbajJè g). A l’autre Branche l’on peut attacher ou les petites Pinces
h) ou le Poiion k) ou l’Aiguille l)pour préfenter des Infeéles vivans de«
vant le Microfcope g) , ainfi que p , e l’on peut voir dans i)
Mais il s’en va fans dire, que pour fe fervir du Poiion k), il faut tenir
tout le Microfcope à Compas horizontalement, afin de ne rien verfer, & que
l'Oeil puiife regarder perpendiculairement de haut en bas, & non pas
devant foi comme il fe fait avec VAiguille & les Pinces. J’efpere d’en
dire une autre Fois davantage,
TABLE
* Courte Inftruaion » fur la Conftitution & l’iïfage des Microfcopts par Mr, joach,
Fred. Mayen, à Dresde 1744. avec des Eftanspes,.
NB. V ouvrage eft en Allemand .
\
"
\
1
TABLE LXXI, Les Polypes bruns â longs Bras* y 3
TABLE LXXI.
Les Polypes bruns à longs Bras.
D e toutes les Efpéces de Polypes , celle-ci étant la plus durable & la
plus propre à foutenir Y Examen du Microfcope ; elle mérite l'a¬
vantage, que je commence par fa Defcription,
Quanta la Structure, elle n’eft pas la même ; car il y a deux fortes
de Polypes bruns ; mais ils ont des Marques certaines qui les diftinguent
clairement les uns des autres*
Une Efpèce qui eft répréfentée fur cette Efiampe a) pendant à un
Rameau, & puis détachée c) d), a le Corps tout d’une Pièce depuis h
Tète jusqu* au Derrière, quoi qu’il aille en diminuant»
Les autres ont à l’Extrémité du Ventre une longue Queue fort min¬
ce & tranfparente comme un Tuïau vuide, fur laquelle ils marchent &
peuvent fe dreffer ; de forte que, qui n’auroit jamais vu de Polypes , la
prendroit aifément pour une Queue de Fleur ou de Plante. Outre ce¬
la Ceux-ci fe distinguent des Prémiers paria Quantité de Petits 5 qu’ils
mettent bas. Rarement l’on voit aux Prémiers plus de 3, à 4, Petits ;
pendant que Ceux-ci ont jusqu’à dix Fils ou Petit-Fils, qui pendent
après Eux 5 ainfi que je le fais voir au Naturel dans les Fig* e) &f) de
cette 7i me Efiampe , & grofli dans les Fig. g) h) i) de la 6y- ne *
J’ai à la vérité emprunté des Mémoires de Mr. Tremblai le Rameau
des Polypes de la première Efpèce, à caufe de fa Figure fmgulière. Mais
je puis bien aiTûrer, que j’en ai trouvé dans certaine Plante aquatique
10.20. & même 3o,Tont cet Etalage de Polypes , quand ils étendent leurs
Bras ne relfembk pas mal à une Chevelure éparfe ou à une Perruque.
Pour la Couleur, elle efl brune dans les deux Efpèces,
Mais de Peur que les Amateurs ne fe méprenent en cherchant des
Polypes , je dois les avertir, que leur Couleur brune fe change fouvent^
U l don-
U
TABLE LXXL Les Polypes à longs Bras.
donnant tantôt dans le brune hatain, tantôt dans celui de Paille , tantôt
dans le cendre , & meme parfois devenant blanc paie & transparent , à
Proportion de la Nourriture qu’ils ont prife. Car le Polype, quand il a
le Ventre bien plein, devient brun-noirâtre, & même V Extrémité du
Corps ou la Queue, qui eft autrement transparente, prend cette Cou¬
leur* Que fi Vous le faites jûner trop longtems, il perd fa Couleur
brune j le Corps &: la Queue deviennent tranfparens, comme le Verre j
& c’efl fouvent une Marque certaine, qu’il mourra bientôt.
Son Corps a peu de Parties* Une Tête , un Ventre , une Queue , des
Pies font tout fon Etre ♦ LaTête, qui eft tantôt ronde, tantôt fphéri*
que, tantôt éliptique, tantôt conique & tantôt fufelée, a fur le Devant
une Encoche demi ronde, qui eft la Bouche. Perfonne rfaïant jusqu’ici vû
des Yeux aux Polypes ; je devrois apprechender d’être le pre'mier à leur
en donner. Mais pourquoi n’écrirois-je pas ce qui eft vrai, & que plu¬
sieurs de mes Amis ontvû aufîi- bien-que moi ? C’efi que j’ai découvert
aux deux Côtés de la Tête deux Taches rondes d’un brun-noir, que je
tiens pour les Teux du Polype, & qui font ordinairement couverts par fes
Bras, comme l’Aiguillon de la Puce l’eft par fes Pie's. Mr. Tremblai a déjà
dit qu’il voit & même bien clair, & je le montrerai moi même en fon
Lieu* Sa bouche, à Peine perceptible au Microfcope, devient une
Cueule plus e'ffroïabîe que celle du Crocodile, du Minotaure, & du Dra¬
gon, que tua Cadinus, lorfqu’ il s’agit d’avaler une Proie, quelque fois
de beaucoup plus grande qu’il n’efl lui même. Alors tout fon Corps,
fans en excepter la Queue , n’efl: qu’un Gofier femblable à un grand En¬
tonnoir ; & quand il a la Panfe bien pleine, tout fon Corps reffemble à
un Bout de Sac informe, rempli de Têtes de Chou , qui font des Boffes de
toutes Parts,
Au tour de cette Gueule il a 4.6. 8. Bras ou Pies, dont il fe fert non
feulement pour fe tenir debout & pour marcher 5 mais encore pour
faifir
TABLE LXXI, Les Polypes bruns a longs Bras. ff
faifir & égorger fa Proie. Il s’en fert vis à vis des Créatures plus peti¬
tes que lui, en Guife de Glueaux; car tout ce qui en approche s’y prend
comme les Oifeaux fe prennent à la Perche ; mais vis à vis des plus grof-
fes, il s’en fert comme de Lacets de Filets , de Lignes à pêcher , pour attirer
fa Proie & la porter à la Bouche. Ces Bras font compofés de Milliers
de Globules tranfparens femblables à des Perles, Voi. Fig. b. de même que
tout le Refie du Corps, avec cette feule Différence, que les Globules des
»
Fiés font généralement plus gros, que Ceux qui compofent le Corps.
Ce qu’ils ont une fois pris dans leurs Cordeaux & dans leurs Lacets
ont bien de la Peine à s’en défaire ; de forte qu’on peut appliquer aux
petits Polypes, ce qu’ Ovide a dit des grands.
Ut que fub aequoribus deprehenfum polypus hoftem
CoYitinet ex omni dimîjjis parte Jtagellis. Metam. L. 4 .
Le Corps en lui même n’efl qu’ un Sac obîong , où il n’y- a point
d'Entrailles. 11 forme depuis la Tête, c’efl à dire depuis la Bouche", pref-
que jusqu’ à la Queue un Boïau continu, lequel le Polype , furtout quand
il a jûné un jour, remplit tellement d’Alimens de haut en bas, qu’il en
eft tout roide. îl emploie auili comme des Pies l’Extrémité du Corps,
qui eft plus mince que le Devant. 11 fe tient, il s’afîied, il fe repefe
deffus, il en marche 5 ce que je ferai voir dans une Continuation, où
j’ai encore à faire rémarquer fuccintement les Propriétés des Polypes .
Aiant, à ce qu'il me femble, fuffifamment montré la Structure exté¬
rieure des Polypes à Bras, il ne me refie plus qua donner quelque petite
Explication de la LXXI. Eftampe,
a) eft un Rameau garni de Polypes de la Groffeur que Mr. Tremblai
l’a defïiné, lesquels attirent à Eux les petits Animaux aquati¬
ques avec leurs Bras étendus.
\
fS TABLE LXXL Les Polypes bruns à longe Bras.
b) efl une Particule d’un Bras ou d’un Pie de Polype , defiiné d'apres
le plus haut point de Grofliffemeur & copié du Deffeîn de Mr.
Tremblai.
c) efl un Polype de la première Efpèce, un peu grofii, fans Queue
avec f. Petits.
d) un autre de Grofieur naturelle, fans Petits, pendant à desLentil-
les de Marais,
e) un Polype de la fécondé Efpèce en Repos, qui s’eft retiré, & qui
fe tient avec fes Petits fur T Extrémité de fon Corps ou fur
fa Queue,
f) encore un Polype brun de la fécondé Efpèce avec plufieurs pe¬
tits, fe tenant pareillement fur la Queue & aïant les Bras éten¬
dus, pour faire Capture.
Voici ce qu’ Ecrit Mr. Tremblai dans fes Mémoires fur les Polypes,
3 , Quand j’allois chercher des Polypes, je prenois toujours mes deux
„ jeunes Elèves j & j’ai éprouvé avec eux , que vis à vis de ces
,, Créatures, l’on peut auffi goûter les Charmes, que la Confidération
3 , de la Nature en général fournit fi largement à fes Amateurs. Cel-
9 , le-ci cil pour la JeunefTe un Speélacle, dont les Répréfentations ne
,, fervent d’abord que d’Amufement 5 mais qui pique infiniment la
i
3 , Curiofité, guide la Raifon , touche le Cœur, & accoutume l’Efprit
„ à reffentir ce, qui fcul mérite d’être appellé le vrai Beau.
Pour moi, je ferai bien fatisfait, fi la Continuation fuivante a le
Bonheur de convaincre quelques uns de mes Leéleurs de cette impor-
. ■ #
tante Vérité.
TABLE
TAB. LXXLL
TABLE LXXIL Un peu de Monde de Limon. *7
TABLE LXXIL
lin peu de MoufTe de Limon,
C ette Production du Régné des Plantes aquatiques a bien du Rapport
avec les Polypes , Car elle paroît s’étendre & fe multiplier de la
même Façon que ces Animaux merveilleux.
Un Rejetton fort de l’autre prefqu’à l’Infini, & cette Production re¬
vêt en peu de Tems une Paroi d) de Tes Jets, comme un Efpalier de
Jardin. Et pour mettre mes Lecteurs mieux au Fait là deffus ; je n’ai
qu’à leur dire, qu’on en trouve auffi contre les Parois du Dedans des
Abrûvoirs & des Rejervoirs àPoifTon. C’eft un Limon vz rd quia'contume de
s 5 y attacher & dont on 11e fauroit reconnoître la véritable Forme l'Oeil
non armé.
Sous le Microfcope compofé de Marfchal on en peut examiner
une bonne Partion ; auffi ai je mis fur cette 72^ Fftampe a) un peu de
cette MoufTe de Limon au Naturel, telle qu’on la voit dans l’Eau ; &
dans b) la Particule , que j’en ai confidérée par le Microfcope manuel
de Wilfon Nro s* en donnant dans c) le Groffiffiement tel, que je l’ai
trouvé. Par là j’ai découvert un. Enlacement d’une Infinité de Quarrés,
de Pentagones & d' Hexagones réguliers & irréguliers, compofés de Rejet¬
ions, qui Te refTemblent tous parfaitement, Foi, Fig. d) <k dont chacun efl
plein de Grains de Semence. Cela me fait conjecturer, que cette Efpèce
de MoufTe s’engendre & fe multiplie par fa propre Semence comme le
Champignon. Je ne fâche aucune Production du Régné des Plantes , qui
ait plus de Rapport avec cette Moufle, pour la Formation de fes Re-
jettons, que VOpuntia, les Nopales ou Figues des Indes.
Quelque peu d’Apparance, qu’ait ce Limon confidéré à la Légè¬
re ; il ne laifTe pas de divertir très agérablement la Vûe étant fous le
Microfcope ; je fuis même perfuadé que les Amateurs en feront l’Epreu^
ve avec Plaifîr.
H
TABLE
$8 TABLE LXXIII. Efpèce fingulière d’Animal aquatique à Coque,
TABLE, LXXIII.
Efpèce fingulière d’Animal aquatique à Coque,
ou ie Puceron en Forme de Roignon.
L e premier Coup d’Oeil qu’on jettera fur celle Eflafnpe , fera augurer,
que j'ai vu & mal delîiné ce, que Mr. Schaefer nomme Kiefenfus, *
ou les Pucu d Eau à Cornes ou Monocles de RodFel ; tant ces Pucerons y
ont du Rapport, n’aïantaufii qu’un Oeil fur le Devant de laTête. Mais j*
ai l’honneur d’affurer, que j’ai été' long tems en Doute , fi c’êtoit une
Efpèce particulière de Puce d’Eau ou fi c’êtoit en Effet celle, que je
viens de nommer ? Cela m’a obligé de- l’examiner très foigneufement,
•de la foumettre aux Obfervations de mes Amis, & même, me défiant
de mon propre Deffein, de la faire voir & dejfiner par Mr, Y Entrepreneur
afin que la Nature fut copiée au plus jufte.
Je dirai avant toutes chofes, que ces Créatures n’ont point été
prifes dans une Eau dormante ; mais dans celle d’une Fontaine à. Canaux ;
ce qui paroitra furprenant. C’eftdans la petite Fontaine d’en haut de
nôtre Neubau ** vis à vis du Liflenbof *** qu’on a trouvé ces Créatures.
Ni la grande Fontaine du Milieu, ni la petite d’en bas, vis à vis de la
Porte de Haller, n’en produifent point. Outre cela ce n’efl pas dans le
BaiTm de Pierre de cette Fontaine, qu’elles fe trouvent ; mais c’eff du
Tuïau qu’elles Portent avec l’Eau ; & l’on y en trouve beaucoup furtont
aux Mois de Juin & de Juillet.
Il faut donc en chercher l’Origine & la Maifiance ou dans la Source
même ou dans les Aqueducs. Or je ne fais pas fi les trois Fontaines, qui
font à cette place , viennent de la même Source. Si elles en viennent,
ces
* Le Traduâeur n’a trouvé nulle Part ce Mot. Mais Tab. LXXV. Fig. 2, il fe Verra,
que M. le Doô Schaefer, l’appelle au fil Puce d’Eau rameufe.
»*■ gj *** font les Noms propres d’une Place & d’nne Maifon de Nuremberg ; & ainfi
âte ne fe peuvent traduire.
<
i
i
/
'
f
T AB LE LXXIII. ou le Puceron en Forme de Roignon. 55
ces Animalcules ne peuvent pas en venir, autrement il faudrait qu’il y
en eut dans les autres deux Fontaines ; & alors il faudroit en chercher
l’Origine ailleurs. Dans ce Cas-ci je préfume, qtre les Canaux pourris
ou pleins de Limon, où ces petits Animaux aquatiques aiment autant à
Ce tenir, que les Cirons aux Tonneaux à Vin humides ou au Formage dans
les Caves, pourroient bien être le Lieu de leur Naiftance, Que fi la
Fontaine d’en haut a fa Source particulière, il elt fort poffible* qu’ils
viennent de cette Source par les Canaux»
Mais je laide tout cela en fon Lieu, pour faire voir
L'Explication de la LXXHÏ . Eflampe «
a) Qui repréfente une Glace de Montre avec un peu d’Eau de la Fon¬
taine en Queftion, dans laquelle on peut voir de ces Animalcules
à Coque de Couleur rougeâtre dans leur Grofttur naturelle»
b) Un de ces Animaux aquatiques, un peu grofîî, fa Marche tour»
notante ôtant marquée, qui eft le Mouvement ordinaire de
ces Créatures»
c) Montre un de ces Pucerons dans fa Coque tranfparente ; îe Signe
marquant l’Endroit dVoù Fon peut voir ÏOêil de cette Créa¬
ture.
d) Leur manière de s’apparier, ainfî qu’on les trouve en Quantité
dans l’Eau, attachés les uns aux autres ; Dont la Femelle nage
fur le dos, & eft trainée par le Mâle »
e) Fait voir un de ces Pucerons hors de la Coque ; dont le Corps tout
informe, tire fur le rouge. L’on en voit les Intefiins avec leur
Mouvement periftaltique. Il a à la Tête, fous le Ventre & aux
Piés de devant & de derrière, je ne fai combien d’Antènes & de
Pointes de Poil qui fe meuvent, & qui pourroient bien leur
fervir de Nageoires.
H t
f) En
é© TABLE LXXIV. Petit Efcârgot de Limon;
f ) En montre un autre, qui a entièrement fermé fes deux Coques,
apparammentà caufe des Poux , d’une Infinité defquels ii eft en¬
vironné & tourmenté ; & lefquels j’ai marqués par de petites
Etoile,
g) Eft une Coque que le Puceron a quittée, & qu’on voit dans l’Eau
par le Microfcope en plus grande Quantité que de Pucerons
mêmes. Elles font auffi blanches que de l’Argent, auffi dures
que de la Corne, & fi artiftement tifîues, qu’elles reflemblent à
des Cotes de Maille *
TABLE LXXIV.
Petit Efcârgot de Limon ; ou une Corne d’Àmmon.
J 3 ai répréfenté dans la V 1 U. Eftampe de la prémière Cinquantaine de ces
Amufemens microscopiques pîufieurs Efcafgots & Cornes d’Ammon , qui fe
trouvent dans le Sable de Mèr d’Arimini ; mais il ne s’y voïoit pas un feui
Efcârgot en Vie. Dernièrement je découvris parmi 1 Herbage & les Len¬
tilles de nôtre Rivière, de ces petits Efcargots qui ne cedoient en rien à
Ceux -d’Italie. O Seigneur , quelle 'Profit fi on de Beauté, d’Art & d’Or-
dre ta Toute puiffance & ta Sageffe n’ont-elîes pas réuni dans ce feui
Point ! Qui a Vu par la Voie de la Diffieéticn , la Structure des gros
Efcârgot de Terre , fait le mieux de combien de parties externes & internes
cette Créature eft compofée. Et il n’y-a qu’à confulter la Bible de la
Nature de Scbwammerdam, & en parcourir les Eftampes IV. V. VI. VU.
VÜI. IX. & X, avec leurs Explications, pour fe faire une Idée de ce qu"
il-y-a d’incomprebenfible dans ces petites Cornes d'Ammon. Car tout ce
qui eft contenu dans un grand, toutes les Parties, qui fe trouvent dans
un Efcârgot de Terre , font réunies dans ce petit Point qui eft à Peine du
Volume d’un Grain de Millet . Leurs Couleurs même font auffi fuper-
bcs & auffi variées, que dans les grands *, peut-être même pourroit-on
dioifir & ramaffer un petit Cabinet microfcopique des Cornes &Ammon #
: _ des
TABLE LXX 1 V. ou uns Corne d’Ammon. 6 ï
des Coquilles & des Efcargots , qui Te trouvent dans les Herbes de nos
/ Marais, RaiJJeaux , Etangs & autres Eaux, avec leurs Couleurs les plus dé¬
licates.
Regardés dans PEau marécageufe, la plupart de ces Efcargots pa¬
rodient bruns ou Verd jaunâtre ; mais étant bien purifiés, avec un Pin¬
ceau, du Limon & de la Moufle qui y tient ; la Véritable Couleur de
leurs Coquilles fe fait voir, & alors elles font aufli tranfparentes que du
Verre. Pourquoi ne trouveroit-on pas celles-ci auflî dignes d’être dé¬
peintes, que celles d’Arimini ? Ceroit- ce parceque ce font des Produ¬
irions allemandes, de notre propre Fais & de nos Eaux ? Je fuis per-
fuadé, que quand on en aura vu les Beautés on leur accordera la même
Attention, qu’aux Etrangères. Ceft dans cette Vue, que je defîine ici
un des Efcargots , que j’ai découverts dans la Moufle , réprêfentée dans la
7 «me Efiampe.
L 5 Efcargot lui-même étoît Couleur de Cendre, mais fa Corne à^Ammon^
ou fa Coquille avait le Fond Verd d’acier, mêlé de Violet & d’Argent,
Quatre Cordons de Perles parcouraient dans une égale Dirtance la Co¬
quille des deux Cotés depuis l’Ouverture , jusqu’à l’Extrémité du Cen¬
tre, & l’on pouvoit reconnaître fort clairement ces S. Cordons par de¬
dans lorsqu’ on y regardoit par l’Ouverture.
je répréfente a) fa véritable GrofTeur naturelle; dans b) une Corne
d’Ammon vuide dans laquelle l'Efcargot étoit deffêché ; & dans
c) une autre, dont VEfcargot s’étoit confervé 8. jours, en Vie
dans une Glace à Montre avec de l’Eau marécageufe , de k
Moufle & d’autres petits Infeétes, toujours plus frais & plus
agile, que les Efcargots de Terre*
Les Amateurs trouveront Quantité de ces Cornes tfAmmon dans tou¬
tes les Eaux dormantes ; mais-fortout dans celles, que l’on prend dans
les Etangs & dans les RuifTeaux limoneux y & ils conviendront Eux-
H 5 mêmes
>
<®z TABLE LXXIV, Petit Efcargot de Limon;
mêmes, qu’il y en a de bien des Sortes & des Structures, qui méritent
dêtre peintes.
Remarque.
J’ai reçu ces Jours paffés une Lettre du Voifinage. Un doCte
Àmi, qui n’en eft pas moins malicieux, s’y plaint de ce que 1 ’ Ufage
,, de la Phifique eft à la Vérité palpable pour les Gens de nôtre Efpèce,
„ puis qu’il s’étend jusqu’aux Damoifeaux, que nous Appelions Petit-
,, maîtres & à leurs Bourfes à Cheveux > mais qu’on n’en remarquait
, 5 encore aucun Effet dans le Beau Sexce &c t ,,
Le votant donc dans 1 Erreur, j'ai tâché de l’en tirer par la Réponfe
qui fuit :
Monfieur !
hfc volt bien que Fous continués Votre Genre de Fie , Confiné dans Votre Cabinet g
comme le Blaireau dans fon Terrier , toujours le nés Jur les Livres , ou la Plume à la
Alain ; Vous vous plaignes le Tems de regarder quelque fois par la Pénétre de
voir ce qui fie pajfe vis-à-vis de cbés Vous. N'avés , Vous pas Honte d'avoir fi peu
de Monde. Fy ! Vous aurïés dû manger la Plume à belles Dens plutôt , que Décrire
inconfiderément , que la Phifique ne produit encore aucun Effet dans le Beau-
Sexe. Que n'avés Vous vfl Mademoifelle Votre Foifine , comme je l’ai Vue, il y-a-
quinze Jours , c'eft à dire la dernière fois que j’ai eu le Plaifir de Vous aller voir ! Si
Vous l’aviés , dis-je , confiderèe , comme moi ; Fous n'auriés jamais tenu un Langage
fi bazardé contre la Phifique, & contre des Seftatrices fi confidérables , qu'elle a .
Dés demain , Monfieur , je Fous le confeille en Ami , chajfês de bonne heure le
Sommeil de Vos Veux platoniques ; mettés Vous à la Fenêtre , & de là Voiés d'un Re¬
gard Vif & Spéculatif Mademoifelle Votre coufine, fortir de chès elle , pour aller à
ÏEglife. Faites furtoat Attention à fa Coiffe & à un certain ... qui fiote par
dejfus . Je ne veux pas pour le Coup Vous en faire le Détail , ni Vous dire le Nom
qu'on lui donne à l'Ecole de la Toilette ♦ Cependant , Monfieur, fi Vous veniés à ne
pouvoir
TABLE LXXIV. ou une Corne d’Ammon*
*3
pouvoir deviner ce que c’efi (ce qui décéleroit étrangement Votre propre ignorance
dans la Phifique ) Vous n’avés quà demander à la petite Sophie , quelle Parure fio-
tante avait fa Maîtreffe fur les Cheveux ? Je me divertis d’avance du Ris mo¬
queur dont elle va regaler Votre Queftion , au Lieu d’y répondre. Et quoi , dira So¬
phie, un Homme fi beau, fi grand , fi doute, ne fait pas que ma Maîtreffe efi coilfée
en Papillon dans le Goût le plus nouveau ! . . . Grâces à mon Etoile , fai appris
par un bûreux Hazard le vrai Nom de cette Parure fuivant toute l'Energie , que lui
donne le Monde galant. Voici comment, J’étais il y-a quelques jours pour affaires
dans une bonne Maifon . La Soubrette entra dans la Chambre, demandant a fa jeune
Maîtreffe , comment elle voulait être coiffée ce Jour là. Sotte que tues es, lui
répondit la Demoifelle, comment me coifFerois-je qu’en Papillon ?
En Papillon ! difois-je en moi même, c’efi en Allemand un petit Ôifeau d’Etéï
En Papillon cela va être quelque chofe de drôle à voir ! Par Bonheur la Soubrette
apporta le Papillon avant que je quittajfe la Chambre, Elle n’eut pas plutôt at¬
taché ce Papillon au fommet de la Tête de cette Demoifelle, que je vis la Méta-
morphofe la plus promte, qui fepuffe imaginer. Car àésque Mademoifelle fut
parée de ce Papillage, elle fie mit à voltiger d’un bout de la Chambre à l’autre avec
toute l’Agilité d’un Papillon*
Vous n’avés qu’ à Vous mordre les Doigts, Monfuur, de ce que Vous biffés paf-
fer journellement tant de Belles devant Vos Fenêtres, fans avoir fait encore Attention
au Papillon, leur Parure favorite, PJ outre cela prife de la Phifique ; & de ce qu'
en même tems Vous m’avis fait voir une Ignorance fi marquée de la Pratique du bel
Air.
L’Affe’tlion quon a chès nous pour les Papillons va fi loin, que la Soeur ca¬
dette de ma Tante, qui efi une lillete de 72* Ans, manqua Dimanche dernier l’Egli-
fe, parce que fa Sorcière de Coffeufe ne lui apporta pas fan Papillon. Quel Zele l
Aujji efi on redevabe de cette belle Inclination à un jeune Savant, qui a pré¬
tendu prouvera fa Maîtreffe.. par les Langues originales, que fa Coiffure , qui répre-
fentoït effectivement un Papillon, renfermoit le ne fais quoi de mifiermx, de beau
& ^ gentil, il je mit enfuit e, à lui expliquer le Alot grec Pfyché, en lui difant
qu’il
✓
V
TAB. LXXV. Fig, i. L**Arlequin, ïnfe£fce d’Eau marécageufe,&e.
quil [ignîfioit également Papillon, Çÿ Ame. Il lui prouva par Montfaucon, par
les Recherches de l’Antiquité de Sanàrat de Spon, que les Anciens mettaient
des Papillons fur les Tombeaux de leurs Morts , pour Marque de leur Incorruptibi¬
lité. U lui démontra , que le Mot Compofé <ptXo-fv%otr fignifie moins Amateur des
Papillons , qu’Aœie des Ames , & tant d'autres belles Chofes. Sapient. II. v. t6.
Voila , Mon beau Monfieur , pour Vous Matière à Reflexions & à des Raifort ~
nemens plus jufles. Car fi Pfyché flgnfle en Grec aujji bien l'Ame , que le Papil¬
lon, fi nos Belles aiment ces Pfycké , jusqu'à en faire L’Ornement de leurs Che¬
veux ; ton peut bien dire qu'elles font des <pt\c\pv%o<r, qui font connaître, par ces
Marques , prifes du Régné de la Nature, les Bons Fffets qu'a produit la Phifique dans
fEJprit du Beau Sexe * l'attends Votre Réponfe avec Impatience & fuis
TABLE LXXW
Fig. i.
L’Arlequin,* Infède d’Eau marécageufe, ou le Mou¬
cheron dit le Coufio*
P armi les Infeétes d’Eau marécageufe, il-y-a une Créature, qui ref-
femble à bien des Egards la Figure grotesque d un Arlequin. Sa
Tête noire, fon Corps de diverfes Couleurs, fes Sauts, fes Bonds, les
Elans, fes Tours ridicules, ont bien du Rapport avec ceux de ce Bouf¬
fon du Théâtre Italien* Car tantôt il fe met fur la Tête, ou plutôt fur
cette Langue ou Soupape rouge, que l’on voit paroître au delfous ;
tantôt il fe drelfe parfaitement fur fa Queue garnie de deux larges Na¬
geoires ; tantôt il s’étend tranquillement tout de fon Long, puis fe ra~
malfant tout d’un Coup,.il s’élance en avant par un Saut de Serpent.
Quelque fois il fe met en Peloton, regardant malicieufement comme
Scapin de deHous fon Manteau, & fait enfuite un Saut en l’Air ; enfin il
fe courbe comme un Arc bandé , & nage en cette Pofture fur l’Eau à pas
de Chenille ; fachant ( auffi bien conferver l'Equilibre qu’un Poiffon, tant
fur
* Ainfl nommé à caufe de fa Tête noire, de fon Corps bigarré & des mrieufe's Cabrio¬
les qu’il fait.
TAB. LXXV.
i
TABLE LXXV. Fig. a. Le Puceron'Verd ou leMonocîe. 6 ?
fur la Surface de l’Eau que dans la Profondeur. Tout cela m’a engagé
à le comparer à un Arlequin & à lui en donner le Nom.
Au refie a) dans cette Fig. t. marque la Grandeur naturelle de llri-
feéle 5 & ce qui eft marqué par de petites Etoiles , marque fes diverfes
Attitudes avec quelque Groffilfement, & fes differens Mouvemens. Par-
contre b) eft un Dejjèin , qui a été tiré par la Lentille Nro 4. fous le Mi-
crofcope compofé de Marfchal ; fuivant lequel ce Moucheron a la Tête
ovale, garnie de deux Antênes pointues comme des Aiguilles, d’une Mâ¬
choire à Pinces , & de deux Teux bruns. Il a outre cela le Corps long &
délie' avec Douze Jointures , & un Conduit Perd, qui paife depuis la Tête,
jusqu’ou Bout de la Queue. La dernière jointure a aux deux Côtes
deux Nageoires longues & quatre plus courtes, avec quelques Bouts de
Poil 3 ainfi qu’on peut voir dans d) groffi par Nro 3) javec la Tête c)
au Deffous de laquelle fe voit une longue Soupape rouge, femblable à
une Langue, qui lui fert de Pies , pour fe tenir en Equilibre dans tous
fes Mouvemens. Sa Couleur qui eft de Cinabre hors du Microfcope, eft
mêlée dans le Microfcope, donnant fur le Jaune, le Rouge & la Couleur
de Rofe ; ce qui, avec le Conduit Ferd , fait un très bel Effet pour la Vue.
Enfin il fe métamorphofe en Chryfalide, de laquelle naît une Efpècç de
Moucheron ou Coufin.
La Figure 2,
répréfente le Puceron, que Mr. le Chevalier Linnaeus appelle Monocle »
Mr. le Doêteur Schaefer de Ratisbonne, de même que Schwammerdam,
Puce d'Eau rameuje , Mr. Roefel Puce d'Eau cornue , & Hoedaert Pou d'Eau, a)
En fait voir laGroffeur naturelle ; bien qu’il s’en trouve quelque fois de
plus gros ; b) eft le même grofîi, dont la Figure eft ovale. Cet Animal¬
cule paraît n’avoir qu’un Oeil, quoi qu’ en Effet il en ait deux, comme
les autres Infeétes lesquels, félon Schwammerdam, font en forme de
Retine & fi près l’un de l’autre, qu’ils femblent n’en faire qu’un ; en quoi
& iurtout par la Dilfeétion en général, il eft contredit, par Mr, le Doét.
Schaefer, Ces Yeux font au Front au Deffus du Bec ; & par deifus font
I les
TABLE LXXV, Fig, 2. Le Puceron Verd ouïe Monocle,
les deux Cornes rameufes. Chacune de ces deux Cornes ou Bras fort d’un
Tronc, qui fe partage en deux Branches , chacune desquelles a cinq Ra¬
meaux particuliers. L’on verra dans e) une de ces Branches groffie par
Nro 2. du Mierofcope manuel. Avec cette Quantité de Bras ou de
Nageoires, il fend les Eaux en tous fens avec la Rapidité d’une Flèche,
& il eft aufïi habile à faire le Moulinet, qu à fauter & à nager. Son
Corps eft enveloppé d’une Coque transparente d’un blanc qui luit com¬
me Argent, & très artiftement treffée ; ainfi qu’on peut voir c) d).
Mais la Conftruélion de ces Coques n’eft pas uniforme ; car il-y en a qui
paroiiFent couvertes de Mailles , d’autres d'Ecailles, d’autres de Lofanges
& enfin d’autres à' Hexagones & d’Oïïogones. Pour la Tête, elle eft com¬
me envelopée dans une Cape, & la Bouche approche fort du Bec d’un
Oifeau. La Coque du Corps eft ouverte deifous le Ventre & divifée en
deux Parties égales, que l’infecte peut dilater & comprimer. Son Ex¬
trémité fe termine en Pointe fur le Derrière ; mais fur le Devant s elle
préfente fouvent une Queue garnie de Quantité de Rameaux & de Poils
fort déliés, dont il fe fert encore pour ramer. Toute la Coque depuis
l’Oeil jusqu’ à l’Extrémité eft traverfée d’un Conduit ou Eoïau rouge , qui
fait tout le Corps de l’Animal. Sur le Devant de ce Corps font les Pies,
qui font pareillement garnis de Pointes de Nageoire, & qui font d a us-
un Mouvement continuél, qui femble trembler, attirer, ou ramer. Le
Mouvement periftaltique de l’Inteftin fe diftingue fans Peine , de même
que l’Ovaire où l’on compte 30. à 40. Oeufs. Cette Puce d'Eau vient fou-
vent en Mue, & l’on trouve autant de fes Dépouilles, nager fur PEau,
qu’on en trouve du Puceron en forme de Roignon .
Comme parmi les Puces d’Eau , il s’en trouve une Efpèce particulière
dont le Corps eft rouge, qui refiemblent à celles de la 73™ Eftampe, &
qui couvrent ailes fouvent la Surface d’un Marais ou d’un FolTé ; ces
innocentes Créatures peuvent fans Peine avoir caufé l’Erreur , où a été
l’Antiquité, qu'il avoit plu du Sang en certains Endroits, C’eft une Ré-
*
flexion qu’a fait Schwammerdam dans la 40, Page de fa Bible de la Na¬
ture, Ç’eft la que je renvoie le Leèfeur, de meme qu’à Derham, à
Back,
TAB.LXXVT
TABLE LXXVL Une Antène de Papillon de Ver à Soïe&c. 6 y
Back, à Tremblai & au Traité de Mr, le DoéL Sehaefer, des Polypes
Verds, des Puces d’Eau &c.
La Continuation des Polypes ne tardera pas»
TABLE LXXVI.
Une Antène de Papillon de Ver à Soïe & les Ani¬
maux Spermatiques de ce Papillon.
S i ce petit Papillon blanc, qui a fi peu d’Apparence, nous répréfente es
entier tant de Beautés remarquables fous le Microfcope ; Sa Barbe
feule & fes deux Antènes en particulier ne font pas moins dignes d’Ad»
miration. Ce fuperbe Ornement de Tête confide en deux magnifiques
Panaches, dont les deux Côtés de la Face font ornés, & dont celui du
Coté droit eft répréfenté a) d’après nature , & b) grofiî par la Lentille
Nrof. tel que je i’ai obfervé & defiiné fous le Microfcope compofé de
Marfcbal, Les deux Antènes font tout contre les Yeux & confident eu
un Tuïau d’une Matière qui approche de la Corne, allant toujours en
Pointe & garni de Plumes. Des deux Côtés de ce Tuïau, il en fort 30,
autres qui font bruns & creux, & lesquels font garnis de leur Duvet
comme les Plumes d’une Aile d’Ole ; ce que le Leébeur verra clairement
dans b). Mais les Obfervations que j’ai faites, fur mes Papillons & leurs
Métamorphofes, m’aïant préfenté une Circondance très fingulière, &
que j’ai trouvé digne de toute mon Attention, je ne faurois m’empêcher
de la communiquer de bonne Foi & de la foumettre au Jugement du
Public.
Il-y-a environ fix Semaines, qu’il m’ed éclos de mes Cocons de Soïé,
quoiqu’en difierens Tems, deux Papillons Femelles & trois Mâles. Je
n’exprimerai pas ici l’Ardeur qu’ont ces Papillons à fe multiplier, Scbwam•
merdam , Malpighi & Leewenhoeck en aïant déjà tant parlé.
H me fuffira d’afiïirer, que le Mâle, éclos le 4, Août, étoitàpeîne hors
de fa Coque depuis un Quart d’Heure', & s’étoit purgé de l’Humidité
I 2 • jfouge
f
6 $ T AB, LXXVX, Une Antëne de Papillon de Ver àsWe &c.
rouge jaunâtre, avec laquelle il étoit né, qu’il courut avec la dernière
Chaleur après la Femelle, qui n’étoit aufii éclofe que depuis une Demi-
heure, pour s’apparier avec elle. Cela arriva à io, Heures du Matin.
Le Lendemain à 3. Heures après Midi naquit le fécond Mâle, pendant
que le premier étoit toujours attaché à la Femelle.
Je fus tout étonné de voir, que ce nouveau Mari prefque dans le
même Inilant, qu’il étoit forti de la Coque, fentit certainement par
TOdorat la Préfence d’une Femelle. Il fe mit à Voltiger fur le Papier
avec Agilité & EmpreiTement 3 & fe purgea auffi plus promtement, que
le prémier.
Mais de Peur qu’il ne devînt trop Chaud, je le feparai d’avec la
prémière Paire ; & puis aïant arraché le Mâle de defîus la Femelle , je
mis celle-ci à Part, & j’en fermai les deux Mâles dans une Boite. C’eft
ici que je vis une nouvelle Merveille de la Nature. A Peine le Mâle,
feparé de la Femelle, fut-il avec PA litre fur le Papier, que celui-ci fe
mit à batre des Aîles & à courir après l’Odeur. 11 fauta efFeélivement
fur fon Camarade, & après avoir près de Demi-heure tâché d’émouvoir
û prétendue Femelle par toutes fortes de Carefies ? je vis enfin les deux
Mâles fe feparer tout trilles & pendant les Ailes. Mais à la Place qu’ils
avoient quittée, je découvris une Liqueur blanche femblable à du Lait,
& qui ne donnoit point dans la Couleur de Sable, qu’ a celle que ce Pa¬
pillon dépofe apparemment en fe purgeant lors qu’il ecîot ; & aiiifi je
crus que c’étoit la Sperme virile. Je ne me trompai point ; car faififiant
mon Microfcope manuel & examinant avec Attention un peu de cette
Matière glutineufe* je vis très clairement une Armée d’animaux Sperma¬
tiques, qui couraient d’une Marche protnte, dégagé & variée d’un En¬
droit du Verre, qui fe defiechoit, à un autre, où il y avoit encore quel¬
que peu de cette Sperme fluide, pour y trouver leur Vie. J’avoue, que
je doutai d’abord de ce que je vojiois. Mais il mourut deux Jours
apres
TIAB. L XXV3I.
.
.
'
TABLE LXXVII. Les Etamines de la Rofe,
après une Femelle, fur laquelle, toute morte qu’elle êtoit, un Mâle ne
laifïa pas de Voltiger affés long-tems, & de perdre copieufement de
Semence ; ce qui me donna occafion de reïtérer mon Obfervation & d’y
appeller encore un Couple de Perfonnes. Sûr de mon Fait ; j’ai fidèle¬
ment defîiné Fig. c) ces Animaux Spermatiques des Papiilons Mâles des
Vers à Soïe de la même GrofTeur, que me les a répréfentés Nro oo. dans
le Microfcope manuel & avec des Queues très courtes, lesquelles j’ai
trouvé immobiles.
Comme il-y~a affés d’Amateurs, qui élevent de Vers à Soie, rien ne
leur eft plus aifê que d’imiter journellement cette Obfervation & de ju¬
ger de fa Jufteffe.
TABLE LXXVII.
#
Les Etamines de la Rofe.
vant que d’entrer dans l’Explication de cette 77ms Fftampe, je dois
X 11 avertir, que je m’étendrai davantage dans la 8o me , dans laquelle
je répréfenterai les Epines & toutes les autres Parties de cette Fleur.
Pour le Coup a) répréfente une Rofe commune avec fes Etamines & fes
Anthères b) ; desquels on en voit c) un par Delîiis & d) par Deffous,
comme il flotte, pour ainû dire, au Bout du Filet délié de fa Queue.
Les Grains de Semence, qui font fur la Surface e), & qui tiennent au01
à des Queues très minces, font dédlnés dans f) par Nro 3. & dans h)
par Nro o. L’on peut même voir par Nroo. très diftinélement les Fef-
fies ou Globules pleins jde Liqueur, que contient chaque Grain de Poujfière
fécondante ou anthèrique.
Voulant faire l’Experiment, fi cette Pouffiere créveroit comme celle
des autres Fleurs ; je vis avec Surprife, qu’elle ne faifoit que changer
de Figure, fans crever fi fubitement, & que désque j’eus mis un Peu
d’Eau dans le Porte-Objet les Grains qui avoient la Figure du Grain de
Fro-
7o
TABLE LXXVHL L’Eau du Sang ou le SerunL
Froment, devenoient ronds comme des Grains dé Poivre 3 ainfî que
je les ai deflinés dans e) par Mro 3, & dans g) par Nro o, du Microfco-
pe Anglois, dont les Particules de Liqueur du Dedans fortoient lentement
& petit à petit hors de leur Peau ©u Enveloppe, Je remets le Relie à
la Feuille Suivante.
TABLE LXXVHL
L’Eau du Sang ou le Sérum*
U n de mes Amis infiniment recommandable par bien des Endroits^ m’a
envolé cette Obfervation dans la Lettre fuivante,
Monfieur !
5 ,Je me fis faigner le Mois de Mai paffié, Lorsque fur le Soir je voulus
„ vifiter le Sang, que j’avois fait couler dans une Taife, j’en trouvai les
3 , parties rouges & épaiiTes entièrement feparëes d’avec les Aqueufes»
„ Je mis bien fubtilement dans un autre Vafe bien propre le Sérum fans
,, aucun Mélange de Parties rouges, mais aïant cependant fa Couleur
5 , jaunâtre* quoique très claire. J’en mis d’abord une Goûte dans le
33 Porte-Objet , que je mis fous le Microfoope manuel avec le Miroir de
„ Réflexion. Je la regardai par le Nro 3. & je n’y aperçus pas la moin-
„ dre Marque de Corps etranger. La Goûte demeura claire & trans-
„ parente, comme une autre Matière fluide, même fous Nro 1. & 0
„ Mais au Bout d’une Heure, que l’humeur fluide fe fut diiïipêe, je vis
„ une très belle Configuration du Selquiétoit dans le Sérum c'eftlaFig. /,
„ Là deffius je laiffiai encore le Sérum 4- Jours dans le Vafe, jus-qu à ce
„ qu’il commençât à fentir mauvais. Alors une Goûte que je mis de
„ nouveau fur le Porte-Objet, préfenta, après que le Fluide fe fut éva-
„ pore, les Criflaux variés & Deffinés dans la Fig. 2. En confrontant
, les Criflaux de Y Ammoniac de la XXI ! L Table avec Ceux ci, Ion y
trouve bien de la Reffiemblance, eivce que les Pointes qui paitent en
3, biaifant d’une Longue Lance font plus de Reüangles avec la Ligne droite
TABJLXXVIII.
TABLE LXXVIII. L’Eau Sang ou le Sérum,
S
î5 & qu’elles ont des Dens 4 Audi eft-il confiant par l’Analogie des deux
jj Figures, que ce n’efl pas fans Raifon que l’on foutient que, furtout
„ après quelque Changement, les Sels qui font dans le Sang tiennent
,, du Volatil, de XAlkali y de celui de XUrine & de V Ammoniac»
,, Il feroit donc Qtieflion de fa voir, fi nous voudrions détermi-
j, ner l’Operation des Sels par leur Figure* Mais fon n’en découvre la
, Figure, que quand ils fontfecs, ou que le Fluide dans lequel ils font, en
„ eft furchargé, & non pas dans le Fluide même. Et les Sels eux même,
3, fuiront les Principes- de la Chimie, nopèrent, que lorsqu’ils font
3, diffous. L’on découvre au-ffi ça & là dans cette Figure, furtout vers
3 , les Bords de la Circonférence, des Criflaux difperfés , lesquels dans
un haut Point de Groffiffement reffemblent fort à ceux du Sel à cuire.
„ L’Exiflenee duquel nous y doit d’autant moins furpendre, que nous
y, en prenons tout tous les Jours* Le Refie du Fluide fe deffêcha en-
5, fin dans le Vafe, comme aulu au Bord du Verre du Porte-Objet, il prit
des Fentes comme fait la Colle defiechée, & répréfenta un véritable
„ Gluten animale . D’où il refulte clairement, que ce Sérum eft encore en
„ grande Liaifon avec les Partks lymphatiques. Il y-a cependant toute
„ Apparénce, que ks divers Mélanges, qui fe trouvent dans le Sang &
„ fon Sérum & qui procèdent de la Diverfitéde Tempexemment,. de Re-
,, gime & de MaladieS30ccafi0nentauffi.de différentes Configurations.
Je fuis &e. D,
Quelques Semaines après que feus reçu cette Lettre, avec les Ob-
fervations de ci deffus ; je me fis moi même Saignerau Bras & aïantfait
les mêmes Experimens fur le Sérum , j’y vis les mêmes Configurations &les
mêmes Criflaux, qui m’avoient été envolés. Mais étant bien-aife devoir
les Criflaux de Sel bien groffis, & qu’il faifoit un très beau Jour , je paffai
le Porte-Objet dans mon Microfcope folaire, & j’eus Lieu d’être très fa-
tisfait* Voilà atiffi pourquoi j’ai voulu les répréfenter dans la Fig. d)
tek
TAB.LXXIX. Le Moucheron, le Coufin, Infecte d’Eau iimonneufô*
tels que je les ai deilinés contre la Muraille, à l’Aide de Nro 4. avec quel¬
ques Branches c) c) des deux Configurations, J’ai eu du depuis Occa-
cafion de réitérer plufieurs fois les mêmes Emperimens fur le Sérum , &
je les ai trouvés prefque tous uniformes. Si quelcun de mes Leïïeurs
voulait imiter cette Obfervation, je lui confeille de laiffer la Goûte
s’évaporer & fe defiecher d’elle même fur le Porte Objet , fans le Mini-
flère du Feu ou de quelque Chaleur étrangère ; les Configurations en
feront & plus belles & plus régulières ; & alors elle pourra palier par
toutes les Clalfes du Groflifiement, Dans cette 78 me Eftampe , la Figu¬
re i) & b) b) a été tirée d’après Mro 3, du Microfcope manuel ; la Fi¬
gure c) & d) d’après Nro 4. du Microfcope folaire, & a) ne fait que
répréfenter la Goûte delfêchée.
TABLE LXXIX,
Le Moucheron, le Coufin, Infede d’Eau limonneufe.
S chwammerdam appelle cette petite Créature Moucheron ; il 1 ’ a très
bien décrite pag, 144. & très finement tirée dans la 3i me Eftampe.
Il la met dans la troifième Ciaffe, quoique , dit- il, on devrait croire, qu elle
appartient à la Seconde, parce que fa Chryftdide fe meitt d’un Lieu à Vautre , qu'elle
nage dam l’Eau & quelle ne demeure pas immobile dans une Place , comme font
celles de la Fourmi, de l’Abeille &c. Car .bienque cette Chrjfalide (que j’ai
deffinée dans cette Eftampe c) au Naturel, & d) grofîie) nage dans l’Eau;
elle meut cependant auffz peu fes Membres , que celles de la fécondé Clajje. Pour
moi fans entrer dans la Validité de ces Raifons 5 je me contenterai
d’alfûrer, que j’ai vu une Infinité de Fois toute la Partie de derrière de
cette Chryfalide fe mouvoir très diftinélement dans l’Eau.
Ce Moucheron naît d’un Oeuf, que la Femelle pond dans lEau, du¬
quel fort au Bout de quelques Jours un Fermijfeau , répréfenté Fig. a)
dans cette 7? me Eftampe ♦ Dés qu’il fe peut mouvoir, il cherche îa Sur-
' „ face
/
/
TAB.LXXIX, Le Moucheron,le Coufin, ïnfe&e d’Eauîîmonneufe. 7$
face del’Eau, où ü refie fort long-tems pendu par une Partie fingulière
de fa Queue, qui eft marquée d’une Etoile . L'on en Voit quelquefois
des Centaines ainfi enfemble ; mais ce n’efl pas leur feul Mouvement;
car ils font, comme les PoilTons, les Sauts & les Elans les plus curieux
dans l’Eau. 11 a tout le Corps tranfparent comme du Verre jaune, &
dix Jointures, dont chacune a de chaque Côté quatre à fix Soies ou Poils
fort durs. Sa Tête confifle en deux Yeux qui relTemblent à ceux du
Moucheron, deux Antènes fourchues ; le Mufeau efl garni de Poil,
aufli bien que l’Extrémité de la Queue, laquelle a encore deux Efpèces
de Soupapes . Il a un Boïau long , qui traverfe tout le Milieu du Corps 9
lequel a à chaque côté deux Trachées très menues ; & l’on y peut voir
très clairement le Mouvement de la Digéftion des Alimens, de même
que dans le Refie de l’Inteflin,
Cet Infeéle parvenu à fon entière GrofTeur, quitte fa Vieille Peau s
Scfe change en la Chryfalide e) dans laquelle on peut déjà voir toutes les
Parties du futur Moucheron , Cette Chryfalide efl répréfentée groflie
dans d). Elle a au Sommet de la Tête deux petites Cornes ou Trachées
pour tirer la Refpiration ; & au Lieu que le Ver avoit d’ordinaire la Queue
en haut la Chryfalide y a la Tête & la Queue en bas. A F Extrémité
de la Queue elle a une Nageoire pour ramer, avec laquelle elle avance,,
mais d'une autre Façon & bien plus lentement, que ne faifoit le Ver»
Le Moucheron aïant pris les Forces néceffaires ; à quoi il ne lui faut que
quelques Jours, il Ouvre la Chryfalide entre les deux Petites Cornes , ou
Trachées , par lesquelles elle fe tient à la Surface de l’Eau ; après quoi la
Peau fe dépouille & le Moucheron , qui en fort, demeure par fa légéreté
fur l’Eau, jusqu’ à ce que fes Ailes étant entièrement fêchées par l’Air,
il les puiffe déplorer & prendre l’Effor. L’on voit Fig. e) e) deux de ces
Créatures au Naturel , petites à la Vérité ; mais redoutables pour leur
Aiguillon, Je donnerai dans la ST me Efiampe un Moucheron groffi avec
K- tout
74 T AB. LXXîX, Le Moucherons, le Coufin, ïnfe&e d’Eau lîmonneufe,
tout ce qu’il a de remarquable» Pour l’Heure, je men vai inférer ici
une Obfervation fingulière, tirée de la Bible de la Nature , par laquelle
Schwammerdam prétend expliquer la Raifon pourquoi ce Ver fe peut
auffi bien tenir par fa Queue fufpendu à la Surface de l’Eau, que l’on y
voit pendre ces petits Marmoufets de Verre par l’Ampoule, qu’ils ont fous
v. t
les Pies. „ C’efl, dit-il, que la Queue a au Bout une Ouverture, qui
„ tire l’Air.$ ce qui fait qu’on Voit quelques Veffies fur la Surface de
3 , l’Eau, où efl l’Extrémité de la Queue. Cette Partie 4 e la Queue
„ étant toujours fêche, désque le Fer la porte à Fleur d ’Eau , l’Eau en
9> découle de toutes parts , & l’on, voit diflinélement qu’il fe fait un
„ petit Creux dans l’Eau ; puisque lorsque le Ver s’ y enfonce, l’Eau ne
pouvant trouver entrée dans la Queue fêcbe, elle demeure tout à
„ l’Entour, & qu’ainfi le Ver nage très dégagément, par l’Extrémité de
3 , fa Queue à Fleur d’Eau, comme un Vaiifeau vuide, le Fond en haut,
„ ou comme une Aiguille d’Acier, qu’on pâlie dans un Morceau de Liè-
s , ge , laquelle fait auffi fur la Surface de l’Eau un Creux alfés percep-
3, tible.
„ Je lui ai auffi vu quelque fois porter la Tête hors de l’Eau. Mais
,, c’étoit que la Queue ne fe pouvant plus conferver fêche, ne pouvoit
„ plus fe tenir fur l’Eau ; ce qui arrive lors qu’on tourmente trop le
„ Ver & qu’on fecoue trop le Verre où il efl. Auffi lui ai je vu pren-
S 3 dre fa Queue à la Bouche, & la réparer de même que fon Poil. Ce
,, petit animal imite en cela les Oifeaux aquatiques, qui palfent leurs
„ Plumes dans le Bec pour les frotter d’une Liqueur huileufe qu’ils por-
,, tent au Croupion , & cette Matière huileufe préferve le Fer de la
,3 Rouille &c.
Enfin j’ai encore à noter, que cet Infeéle, examiné & deffiné d 5
après le Verre Anglois Nr0 4. e’efl à dire par une Lentille de quatre Lig¬
nes répréfente *
a) .la
TAB. LXXX. Les Epines, Piquans, les Piftilè avec l'Ovaire &c. jf
a) la Grofieur naturelle, b) la Figure grcffie de ce VeY, avec cette
Extrémité de la Queue marquée d’une Etoile, par laquelle il fe
pend à la furface de l’Eau, c) Montre la Ckryfalide au Natu¬
rel, d) Groffie, d’où fort le Moucheron e) deffiné ici d’après
Nature,
TABLE LXXX.
Les Epines, Piquans, le Piftile avec l'Ovaire &c.
de la Rofe«
P our acquitter la Promefie, que j’ai faite dernièrement, je donne dans
cette Table le Refte des Curiofités de la Rofe , lesquelles m’a
fourni le Microfcope à ma plus grande Satisfaction. Car remarquant
que le Noeud de Rofe a) ne piquoit pas auffi fort, que plus bas au Com¬
mencement de la Queue ; je tâchai d’en découvrir la Caufe, & aïant
faffi le Microfcope Nro4. j e ne f us P as P eu furpris de voir ce Bouton
de Rofe, ou plutôt cet Ovaire , garni d’une infinité de petits Cones^ qui
avoient à leurs Pointes des Globules transparens & Couleur de Rubis.
Speétacle certainement auffi magnifique, qü’intereffant ! J’ai examiné
un de ces Cônes par Nro z. & je le donne deffiné b). J’ai remarqué, que
plus les Cônes fe terminaient en Pointe, & plus les Globules étoient pe¬
tits, Foi c) & que lors même que les Globules fe perdoient entièrement,
la Pointe du Cône demeuroit encore rouge. Céda m’a fait conclure, qa
il fallait que ces Globules rouges continrent le Suc nourriffier, qui for»
moit & qui faifoit croître les Epines. Car tant qu’on apperçoit le Glo¬
bule à la Pointe du Cône , l’on trouve qu’il ne pique point, Mais desqu’
il fe termine abfolument en Pointe comme d) l’on commence à fentir la
Piqûure. Cependant ce n’eft pas la la feule Efpèce d’Epines ou de Pi«
quans , dont cette Reine des Fleurs foit armée. L’on en trouve une
autre plus fine dans l’Interieur du Noeud, laquelle j’ai marquée dans fon
K z Affiétte
16 /TA BLE LXXX, de la Rofe.
Afïiétte naturelle dans i) & n) & groflie dans e) & en Détail groffic par
$ro dans 1 ) & par Nro oo, dans m) m. Ces Piquans femblent être
dellinés à conferver les Grains de Semence o). Il eft même fondé en
Expérience, que quand on coupe, ou qu’on ouvre une Goujje de Rofe
k) pour en tirer la Graine, comme dans n) & i) les Doigts en Tentent
un Chatouillement affés fort ou uneEfpèce de Picotement, caufé par les
petits Poils ou Filets luifans, qui s’y trouvent. Or ces Poils font les
piquans , que je trouve valoir la Peine de Deiïiner ici avec Soin, Ils
font éiaftiques & tranfparens ; ils brillent comme du Verre de Venife
filé & reflemblent à des cheveux de Tête blancs. Je ne veux pas fou-
tenir, qu'ils foient creux, quoique je le préfume, lailfant au Leéïeur à
l’examiner de plus près.
Explicatio de la LXXX. Table
a) eft un Noeud de Rofe frais, auquel on a ôté les Feuilles & la
partie d’enhaut, pour pouvoir voir plus diftinélement les Pi -
quans intérieurs e). Ce Noeud ou Ovaire a des Epines, qui ne
font pas encore mûres, marquées groffies b) c) & d) & dont
la Structure intérieure confifte en une Infinité de Globules de
Sève,
s) font les Poils ou les Piquans par lesquels la Graine ou le Fruit de
la Rofe font environnés & gardés.
f) eft le Conduit ou le Style par lequel la Sève fécondante pénétre
dans l’Ovaire & qui eft compofé d’uri grand Nombre de Tuïaux
capilaires , Au deifus de celui-ci l’on voit
g) les petites Verrues fur lesquelles eft la Pouftiere fécondante, qui
y crève & fait palier par f ) la Sève qui en fort, dans
h) i) pour meurir ou féconder les Oeufs, les Embrions ou les Grains
de Semence, qui font dans LOvaire*,
k) eft
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TABLE LXXXI. Miroir d’une Aîle de Papillon* 77
k) eft un Fruit de Rofe mûr ou une CouJJe de Groffeur naturelle, le»
quel eft dans 1) coupé horifontalement & dans n) perpendicu¬
lairement, pour en faire Voir les Grains de Semence, qui y
font environnés de leurs Piquans capiiaires ;
l ) répréfente dix de ces Piquans capiiaires grolïis par Nro 3, &
enfin
m) m) en répréfente deux dans le plus grand Grofiffement par
Nro 00. Les parties antheriques ou fécondantes de la Rofe f
ont été données Tab, 77*
TABLE LXXXI.
Miroir d’une Aile de Papillon»
n Vénérable Ecclefiaftique d’Eycbftaedt , qui m'honore de fon Amitié*
VJ m’aïant fait Préfent, il y a quel Tems de deux Papillons très rares*
dont les beaux Miroirs des Ailes font fous le Microfcope un Effet à en¬
chanter la Vue ; j’ai cru ne pas défobliger le Lecteur en lui en préfentant
ici Un , pour lui fournir une nouvelle Preuve, que peut-être Salomon
dans fa plus grande Gloire, n’ a pas été vêtu auffi magnifiquement &
d’une beauté auffi naturelle , que l’eff un de ces Papillons. Je ne ferai
ici aucune Mention du Plumage & du Poil, ni de leur Forme & Figure 3
ni même de la variété de Couleurs, qu’ étale tout cet Infeéte, Un feu!
de fes Miroirs me fuffira pour le Coup, pour montrer & faire admirer
l’Infinité de la Sageffe du Créateur dans fes Ouvrages, *
Je ne fais pas Difficulté de dire, que nul Peintre, quelque habile
qu’il foit, ne parviendra jamais à rendre avec fon Pinceau, l’Eclat & le
K 3
Feu
Cê Papillon, auffi commun en Italie, que rare chés nous a été peint dans les Amu~
femms fur les Infeiïes de Roeffel, premier Suplemcnt Tab, XLV, oîi il éft ap¬
pelle î le Papillon blanc aux beaux Miroirs rouges, appartenant à la fécondé
Cîaffe des Oifaux de Jour, Il ejl cependant plutôt Couleur de Paille qu» blanc .
r
78 - TABLE LXXXL Miroir d’une AÎIe de Papillon.
Feu du rouge, qu’étale ce Miroir. Quelle Nuance de Jaune, de Noir,
de Rouge & de Blanc ! Quelle régularité dans leurs Couches ! La pré-
mière Figure fait voir cette lâche avec bien d’autres fur toute i’Aîle du
Papillon de GrolTeur naturelle a), laquelle j’ai répréfentée dans b) grof-
fie par le Microfcope de Marfchal Nro 4. Les Plumes Couleur de Paille
du Bord font encore une Partie de l’Aîle ; puis vient un Cercle de Plu¬
mes Noires, enfuite un autre de rouges, qui renferment le Miroir qui
luit dans le Centre .
La fécondé Figure fait voir dans a) la Particule de la Peau de ce
Miroir d’après Nature ; laquelle fe trouve groflic dans b) avec les Nerfs,
qui la parcourent (Sehwammerdam les appelle Trachées) &: avec quel¬
ques Plumes qui y font reftées j où l’on peut voir les Trous des Plu¬
mes, qu’on en a arrachées. Je ne faurois finir cette Obfervation, fans
inférer ici les Penfées excellentes, dont m’a dernièrement honoré dans
une de fes Lettres, un Seigneur aufii Savant, qu’habile Miniftre împe.
rial, Roïal & Electoral»
„ Je trouve toujours, écrit ce Grand Politique & Pbilofophe chrétien ,
„ que l’Homme ne tient pas à beaucoup près le Milieu entre les Etres
,, infiniment grands & les infiniment petits, & que parconféquent il né
,, doit pas être plus glorieux, que d’autres Objets microfcopiques, quj
,, ont certainement leur Prix aux Yeux du Créateur, qui peut-être ne
„ regarde le Globe de la Terre, que comme une Goûte d’Eau, qui di-
„ ftile d’un Seau, & dans laquelle nous autres Hommes fommes, fans
doute, des Créatures encore bien plus petites, que celles que Mr. le
Doéteur Hill, a apperçues par Millions dans une Goûte d’Eau &
„ dont les Grandes mangeaient les Petites. ■
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TABLE LXXXII. Continuation des Polypes.
TABLE LXXXII.
Continuation des Polypes.
J ’ ai dit dans l’Explication de la 7i me Eftampe , que le Polype a des Yeux
& qu’ainfi il peut voir. Pour en faire l’Expérience, il n’ y-a qu’à
fuivre l’Avis de Mr. Tremblai ; c’eft qu’il n’y* a qu’ à attacher du Papier
tout au tour du Verre à Conferve où l’on tient ces Créatures, en îaif-
fant un Trou rond d’un Côté, que l’on tourne enfuite vers la Lumière,
foit de la Fenêtre pendant le Jour, ou de la Chandèîe, fi c’eff de Nuit;
& l’on verra tous les Polypes fe tourner infenfiblement vers !e Trou s
en laiffant PObfcurité derrière eux, Mais cela ne va pas fi vite, qu’on
en puiffe attendre la Fin ; parce qu’il faut quelques Heures aux Poly¬
pes pour faire un Demi - pie de Chemin, D’ailleurs l’on n’a qu’ à leur
jetter dans l’Eau des Pucerons ou des Serpenteaux à Pointes Sz on les ver«
ra tout aufii-tôt, furtout s’ils font affamés, étendre leurs bras pour faifir
cette Proïe, dont ils font fi Gourmans.
Mais ce dernier Experiment n’eft pas aufii fur, que le Prémîer avec
le Papier autour du Verre, cet Effet pouvant facilement s’attribuer à
l’extrême Délicateffe de leur TaCt. Cependant j’ai vû à chaque Côté
de la Tête du Polype une Tache obfcure, que je ne me puis empêcher de
prendre pour fes Teux , quoique je pourrois bien me tromper dans ma
Conjecture.
Si les Polypes entendent, c’efi: ce que je ne faurois décider, puisque
tous les Effais, qu’on pourroit faire là defius, ne feroient pas à Couvert
de l’ObjeCtion de la Subtilité du TaCt, Car ce fens eft fi fort en eux,
qu’ils apperçoivent & Tentent le moindre Mouvement. Par contre l’on
ne fauroit leur difputer le Goût & l’Odorat ; du moins je me trouve
autorité à le croire tant par leur grand Appétit, que par la Structure
fimple de leur Corps, dont les Globules leur tiennent Lieu de toutes Ici
autres
TABLE LXXXIÏ» Continuation des Polypes*
autres Parties organifées , qu’a le Refte des Animaux, Les Polypes ont
encore une Propriété remarquable qui les diftingue de toutes les autres
Créatures, c’efl: leur Génération par eux même, leur Multiplication & leur
Æfivifion volontaire*
Cette Multiplication, furtout des Polypes bruns , fe fait de trois
Manières, c’eft à dire ;
par des Jets qui Portent de leurs Corps, à la Façon des plantes ;
parla Divifion, lorsqu’un Polype fe partage de lui-même en Deux 9
& ainfi forme deux Individuss
il enfin par une DiJJeftion fubtile, par le Moïen de laquelle, s’il étoit
poffible de couper en cent Morceaux un fi petit Corps, Ton
en ferait tout autant de Polypes»
Voici comment arrive la première Façon ; D’abod il fe forme une
petite Verrue ou Point au Côté du Polype. Ce Point va de Jour en Jour en
grandiffant, comme un Bourgeon ou un Rameau, jusqu’ à ce qu’au Bout
de if, à 20, Jours, il devienne un Polype parfait, lequel enfuite fe fé-
pare de fa Mère» Cela fe fait ainfi : Lorfque la Mère s’efl accrochée
quelque part par fa Partie de derrière ; le jeune Polype s’accroche aufii
à quelque Lentille de Marais ou à quelqu’autre Herbe, & puis la Mère
venant à rétirer fon Corps ou fa Tète, le Jeune refte pendu enfonLieu.
Foi Pig. X. & Z. de cette Ejiampe s & alors il fe nourrit tout feul fans
rAffiftance de fa Mère»
Que bien des Pères & des Mères n'imitent-ils en cela les Polypes
& d’autres Animaux plus grands, qui gardent auprès d’eux leurs En-
fans, jusqu’à ce qu’ils puiffent gagner leur Vie, & puis les abandonnent
à leur propre Soin pour chercher leur Entretien ! Il n’y-a qu’une Efpèce
de Singes qu’on fait qu’ils aiment fi tendrement leur chère Race, que
par Fois ils les étouffent contre leur Sein ; de là vient qu’on appelle
v ' N Amour
TABLE LXXXII, Continuation des Polypes. Si
Amour de Singe une AfïeCtion deYordonnée des Parens pour leurs En-
fans# Aufti voit-on tous les Jours que les Enfans, qui ont été trop
long-terns mignardés dans la Maifon paternelle, ne fe diftinguent guè-
res dans le Monde; tandisque d’autres, qui ont été obligés de bonne
Heure à avoir foin d’Eux mêmes & de leur Fortune, parviennent avec
l’Affiflance du Ciel aux prémières Dignités.
Je reviens de cette Digreffion, pour faire encore remarquer, qu’il*
y-a de Jeunes Polypes, qui portent d’autres Petits i tandis qu’ils pendent
eux-mêmes à leurs Mères. Je n’en ai vu dans l’Efpace de 6 . Ans que i@
à n. qui aient eu Fils & Petit-fils pendant enfemble à leur Corps.
Au Refte les Petits grandiflent bien plus vite en Eté, qu’en Hiver*,
où il leur faut 6. à 8. Semaines ; tandis qu’en Eté, ils fe perfectionnent
en if. Jours, quelque fois même en 8. & en 4. Lorfque le jeune Poly¬
pe a 6. Jours, l’on voit déjà, qu’il eft en Etat d’en produire de Petits;
& de là on peut calculer, à quel Point une Demi-douzaine de Polypes
fe peut multiplier dans i’Eipace de trois Mois.
J’ai vu pendre au Corps d’un feul Polype 6. à 8. Petits. Ceux-ci,
furtout en Eté, en mettent dans 15* Jours, eux même pour le moin s
40. bas ; lesquels dans 3. Semaines , à bien peu dire, en peuvent pro¬
duire 120. &: ainfi une Demi-douzaine de Polypes en produiroit dans 6 .
Semaines 710. Mr. Tremblai a fait là defiùs toute une Table dans fes
Mémoires.
J’ai dit ci-deflus comment fe fait la fécondé Multiplication. Le Po¬
lype fe partage juflementpar le Milieu ; mais rarement en efl on Témoin
oculaire. La partie poftérieure prend au Bout de quelques Jours une
Tête & des Bras, & devient un Polype complet ; de même que la Par¬
tie de devant s’allonge infenfiblement & prend une Queue.
La troifième Façon eft bien plus merveilleufe que les deux autres.
Car quelqu’ inconcevable qu’il paroiife, qu’un Polype fe puifife dilfequer*
L
COll-
gz TABLE LXXXIL Continuation des Polypes.
couper, déchirer en tant de Lambeaux, fans périr entièrement ; le Fait
ne laiffè pas d’être certain. Il n’efl pas même particulier au Polype;
car l’on a découvert d’autres Créatures & principalement des Infeéles
aquatiques, p» e. le Serpenteau que Mr. de Reaumur appelle à Ipngue Piq e,
& Mrs. Tremblai & Roeffel, à la longue Ant'ene qui rejfemble à une Langues
plus le Serpenteau en forme de Ruban , ou Mercuriale le Serpenteau rejfemblant
à un Ver & muni £Antènes furcbues le Ver de Pluie & tant d’autres, que Mrs*
Bonnet, * Reaumur, Roeffel, Schaefer &c. ont fait connoître 3 lefquels fe
multiplient auffi par la Diffeétion.
Des Amateurs qui voudront s’exercer à la Diffe&ion des Polypes,
peuvent prendre un Canif, une Lancette , ou des Cifeaux bien fins &
bien affilés , & couper à leur Fantaifie des Morceaux de la Tête, du
Corps, de la Queue, des Bras, pour-vû qu’ils le faffent avec Promtitude&
avec la Précaution de jetter tout de Suite les Parties feparées dans
l’Eau, ou les Polypes ètoient auparavant & d’où on les avoit tirés. Il
faut auffi avoir foin de leur donner d’autre Eau un Jour & l’autre non $
autrement ils prennent des Pous & puis c’en eft fait. En-quoi il faut
éviter de leur donner de l’Eau de Fontaine ou d’autre Eau coulante ou
froide ; autrement ils meurent dans 24. Heures. Ils ne prennent pas
non plus tout d’un Coup leur Crû & leurs nouveaux Membres , il faut
pour cela du Tems & de la Patience. L’on trouve dans Tremblai &
Roeffel la Méthode très circonftanciée d’obferver d’un Jour à l’autre la
Progreffion du Crû de ces Parties diffequées* Je ne ferai ici qu’ajouter
quelques Concluions que Mr, Tremblai a tirées de l’Examen des Polypes;
c’eft à dire que
3) les Polypes ont leur Principe de Fécondité , lors même qu’ils pen¬
dent encore à leurs Mères, que de là
2) il n’en faut point d’autre à un jeune Polype pour produire f®s
lemblables, après avoir quitté fa Mère ; mais que
3) il fe féconde lui même d’une Manière incomprehenfible ;
4 )
* Tîraiîé d’Infeâologie 8cc. p.M, Charles Bonnet, 2 . Part, Paris 174?.
TABLE LXXXIÏ. Continuation des Polypes» g§
4) que tous les Polypes font des Mères, qui fe fécondent d 4 elles
mêmes ; ainfi qu’il s’efb trouvé dans les Pucerons, que j’ai re¬
présentés Tab.XXV. De Sorte que
f) ces Créatures Portent de la Réglé, qui dit, que nulle Féconda¬
tion ne peut fe faire fans la Coopération & l’Appariement
d’un Mâle.
J
Mais, quoiqu’il foit très vrai, que j’ai vu de mes propres Yeux des
Parties difformes dans tout le Corps du Polype, s’en feparer volontaire¬
ment, lefquelies s’enlaçolent les unes dans les autres ; & que j’ai plus
d’une fois admiré la même Merveille dans des Parties qui en avoient
été coupées ; tant qu’il ne fera pas fuffifamment prouvé, que les Poly¬
pes ne peuvent pas être fécondés par quelque autre Efpèce de Créatures
aquatiques ; les Remarques de ci-deffus ne pourront paffer pour Prin¬
cipes inconteflables, & l’Hiftoire des Polypes & la parfaite Connoiffance
de leurs propriétés incomprehenlibles aura Befoin d’être mife dans un
plus grand Jour.
Or quelques Amateurs m’aïant fait demander, n’a guères, que je
marquaffe plus exaéfement, où l’on doit chercher & comment il faut
examiner les Polypes ; j’ai l’honneur d’avertir, qu’il faut chercher la plu¬
part de ces Créatures dans les Eaux dormantes des Folles, des Ruiffeaux
Sc des Etangs*
On les trouve en Juin, Juillet, Août & Septembre ; l’on en trouve
meme de Bruns en Hiver. Lorfqu’on a une Fois un Verre blanc à Con-
ferve, qui contienne du moins une ou deux Pintes, rempli de cette Eau
dormante, il faut fe patienter pGur le moins un Jour, jufqu’ à ce que
les Polypes montent du Fond & paroilfent contre les Parois du Verre.
Enduite on les cherche avec une bonne Loupe de deux à trois Pouces
& on les arrache avec un Pinceau, ou un Bec de Plume de la Paroi in¬
térieure du Verre ou de l’Endroit où ils fe font pofés, fans craindre de
les bleffer ; puis on les met dans un Verre en Forme de Plat, telque
L 5
ceux
48 TABLE LXXXII. Continuation des Polypes,
ceux des Montres, & on les examine premièrement par le Microfcope
Oeconomique, enfuite par le Compofé de Marfchal ou de Haertel, pour
en diflinguer plus clairement toutes les Parties.
Pour tirer les Polypes hors des grands Verres à Conferve, je me
fers utilement d’un Cylindre ou Sarbatane de Verre de la Grandeur d’un
Pie ou d’un Pie & demi. Je tiens le Pouce bien ferré fur l’Ouverture
d’enhaut, comme fur un Siphon, puis j’enfonce tout doucement le Cy~
lindre dans l’Eau à l’Endroit où efl le Polype ; enfuite avec l’Ouverture
d’enbas, au Bord aigu, je détâche peu à peu le Polype, enfin je drdfe tou¬
te l’Ouverture fur lui, j’ôte promtement le Poûce, de forte que le Polype
entre tou't de Suite dans le Tuïau, puis rebouchant l’Ouverture d’en-
haut avec le Poûce, je fors mon Prifonnier hors du Verre avec l’Eau,
qui étoit entrée avec lui dans le Cylindre, que je verfe dans la Glace à
Montre, que j’ai toute prête. Voilà, fi je ne me trompe, un Moïen
bien facile.
Aïant encore deflinê une Table à la Concîufion de cette Matière,
pour y répréfenter les Polypes zBouqueP, ou à Fleur & les autres Sortes de
Polypes de Société. ; c’efl là que je me referve de donner le Refie des Ma-
nimens & des Secrets qui y ont Rapport ; ne pouvant pas m’étendre
ici davantage.
Explication de la LXXXlh Eftampe ♦
aj eft un Polype brun tenant entre fes Bras un Serpenteau à Pointes ,
d’après Nature; b) le même groifi fous le Microfcope de Mar¬
fchal par la Lentille Nro 3. dont la Bouche eft répréfentée c);
les deux Taches brun-foncé aux deux Cotés de la '1 ête & que je
prens pour les Veux d) &les Bras au Nombre de Sept e). f)h)
répréfentent dans le Grolîiffement de ci-devant &g de Gran*
deur naturelle, le dit Serpenteau dont les Polypes font fi friands,
i) k) î) m) font des Puces d'Eau vertes, rouges, cornues ou
rameu-
TABLE LXXXÎI. Continuation des Polypes. gf
rameufes & des Porte-Grapes^ que les Polypes engloutirent
auffi en Quantité, de forte quon en voitfouvent io. à 12. dans
le Boïau d’un feul Polype.
n) eft un Polype qui ouvre extrêmement la Gueule pour engloutir
une Proie de beaucoup plus grande que lui, lequel dans cette
Aélion reffemble à un Gobelet ou à un Entonnoir , dans o) & p)
l’on voit des Polypes tout roides d’avoir trop mangé , reffem-
blant à des Sacs plein de Choux ou à des Trognons de Raifort ;
Ils ne font defïinés ici que d’après la Loupe .
q) r) s) t) & u) montrent la Marche de ces Créatures ; car lors¬
que Fig, t) ils font fur leur Partie de derrière, ils pofent leur
Tète aulli loin qu’ils peuvent faifant laFigure d’un Arc Foi q);
puis foulevant le Derrière, ils l’approchent autant qu’ils peu¬
vent de la Tête Foi r)« Enfuite, ils relèvent la Tête Fois ) &
continuent ainfi leur Marche Foi t) jufqua ce qu’ils arrivent là
où ils veulent aller. On les voit auffi quelque-fois faifant la
Figure d’un Corde Pojïe roiu);-fansparlerdetant d’autres Chan-
gemens, qu’il feroit trop long de rapporter. Ils pofent leurs
Petits prcfque de la même Manière. Le vieux Polype s’attache
par la Tête & par la Queue en Demi-Cercle, a quelque chofe
qui lui convient, & Icrfque le jeune Polype s qpi lui pend vers
le Milieu du Corps , s’eft pareillement accroché avec fes Bras
au même Lieu ; la Mère lève ou la Queue, comme dans x),
avec force, ou elle retire promtement la Tête, comme dans z)
& fe défait ainfi de fon Petit, qu’elle îaiffie là feul. A) B) C)
font trois Répréfentations de diverfes Têtes de Polypes , D) un
petit Morceau de Beau de Polype , telle qu’elle fe préfente par
dedans, ici fort groffie. Et E) félon Mr» RoeiTeî, eft une Ex-
srefcenfe qui Vient au Ventre ou au Co$p$ du Polype^ laquelle
L 3' anflon»
86 TÀB. LXXXÎII. Trois Efpèces d’Anim aïeule s d’Eaulimonneufe.
annoncefa Mort prochaine, étant une Maladie de cette Créa¬
ture.
TABLE LXXXIII.
Trois Efpèces d’Animalcules d’Eau limonneufe.
L es Créatures gravées fur cette 83 mc Eftampe fe trouvent prefque
dans toutes les Eaux dormantes & marêcageufes, a) eft la Figure
naturelle d’une Araignée d'Eau brune, qui fe diftingue de toutes les autres
par la Longueur de fes Jambes 3 elle n’efi: pas de la Groffeur d'un Grain
de Cbenevi. ]La Figure b) la répréfertte groffie par Nro 3. fous le Mi-
crofcope de Marfchal, avec fes fix Taches fur le Dos, qui ne font en Ef¬
fet , que des Parties tranfparentes de fes Inteftins. Elle a une Paire
d’Yeux blancs, deux Antènes & huitPiés auffi tranfparens, que le Verre 3
& garnis de Poils très fins à chaque Jointure. Elle eft très agile dans fes
Mouvemens & elle peut ramer avec la Viteffe d’une Flèche auffi bien
fur la Furface, que dans la Profondeur & au Fond de l’Eau.
C) Montre une autre petite Araignée d’un rouge parfaitement beau,
& qui porte un Y fur le Dos. Elle a pareillement deux Antènes, huit
Fiés garnis d’un Poil fin, & une Paire d’Yeux reluifans. Elle paroît in¬
comparablement plus belle dans l’Eau que dehors, & fa Marche ne dif¬
fère en rien de celle de la Brune de ci-delfus* Elle fe voit dansfon Grof-
fixement d). Mais e) eft /’Animalcule à pétits Tuïaux , que d’autres appel¬
lent auffi Animalcule à Trompette. Il eft à certains Egards digne de Com-
paffion & d’Admiration. De compaffion en-ce qu’il faut quil traîne fa
Prifon, jufqu’ à ce qu’il fe métamorphofe» D’Admiration, à Caufe de'
ia Struélure fubtile qui forme V Enveloppe de cette petite Créature.
Car comme j’ai vu moi-même diverfes Efpèces de ces Animalcules, j’ai
auffi remarqué différentes Struétures & Façons de leurs pétits Tuïaux ou
Loges. 11 y-a de ces Créatures qui ont des Pies ; d’autres qui n’en ont
point &c. Les GouJJes ou Trompettes, où elles retiennent fontjiffes ou
rabotteufes, tantôt en Cylindre, tantôt en Cône, tantôt en Peloton,
tantôt
TA-B. LXXXUI.
TABLE LXXXIV, Deux Efpëces de Sangfues Microfcopîques, §7
tantôt en Piramide, tantôt tachettées & tantôt d’une feule Couleur. Il
y-en a qui font faites, avec la dernière dextérité, de Mortier, d’Argile,
de Sable, de Terre & de Limon 5 il y en au d’autres, qui le fout de fine
Moufle de Limon, d’Herbe pourrie & de petits Morceaux de Bois. Je
tiens la Préfente marquée f) dans fon Groffiffement, compofée de Mouffe
de Limon & d’Herbe pourrie.
11 feroit alfés difficile de décider, pourquoi la Nature a deftiné cet
Infeéle à trainer ainfi fa Maifon ou fa Prifon dans l’Eau, jusqu’ à ce que
la Métamorphofe lui donnant des Aîles, elle puiffe s’en délivrer & s’en¬
voler. Cependant il n’y*a point de Doute, que ce petit Infeéte ne puiffe
donner à un Amateur de la Phifique Matière à des Reflexions édifiantes*
Car qu’eft ce dans le Fond que nôtre Corps, qu’une Goufje , ounôtre Ame
languit comme dans une Prifon, en attendant fa Délivrance?
TABLE LXXXIV*
Deux Efpèces de Sangfues Microfcopîques.
es Gens de la Campagne, les Fermiers, les Bergers , les Pêcheurs,,
J | J les Chaffeurs & les autres Oeconomifles, peuvent dire des Nouvel¬
les du Ravage que font les Sangfues , qui fe tiennent dans les Eaux crou-
piffantes des Marais, des Etang, des Viviers, & des Refervoirs. Mou-
fieur le Doéleur Scbaefer de Ratisbonne, fi célébré par fes Recherches
naturelles, a décrit avec foin dans un Traité particulier publié en 1752,,
jes Sangfues qui fe trouvent dans îe Foïe des Brebis , & la Maladie, que
cette termine leur caufe. Il a dépeint très exa&ement ces Créatures
pernicieufes , Sz les a trouvé Hermaphrodites, qui ont les deux Sexes*
Si les Sangfues font le Fléau des Brebis, elles ne le font pas moins des
Etangs 8? des Viviers. Car dès qu’elles fe mêlent parmi les Poiffons, il
n’y-a pas Moïen de s’en défaire, qu’en netoïant & en creufant même de
nouveau l’Etang ou le Vivier ; encore faut-il quelque fois lui donner
un nouveau Fonds. Eiles s ctabliffent dans le Foïe des Bêtes d quatre Piés 3
& elles y parviennent par les Conduits du Fiel; leur Propriété àfe rendre
aufll
SS TABLE LXXXIV, DeuxEfpècesdeSangfuesMicrofcopiques.
auffi effilées & minces qu’il en eflbefoin, leur facilitant le Moïen de pafler
par les VailTeaux les plus étroits. L’on en a trouvé dans des Boeufs,
des Vaches, des Cochons St de gros & menu Gibier, Mais pour les
PoiiTons , elles s’attachent derrière leurs Ouïes , autour de leur Gueule ,
comme auffi dans leurs Parties intérieures. Elles ôtent aux Créatures
dont elles fe font emparées, toute leur Subfiance & les fuccent tant
qu’enfin elles meurent de Foiblefie & d’Epuifément. Ce qu’eft cette En¬
geance entre la Vermine, les Ecornifleurs, les Flateurs & lés Flagor¬
neurs le font entre les Hommes» * Les uns font autant de Mal que les
autres. Ce font des Ennemis fecrets, qui trouvent de la Satisfaélion à
la Ruine des autres Créatures ; & un Homme faux ne fauroit être
mieux comparé, qu’à uns Sangfue . Je m’en vai prouver ce que j’ai
avancé par un fait qui m’efl parfaitement connu.
Il-y-a quelques Années qu’une pauvre Fille gardoit un Troupeau de
Cochons à quelques Lieues d’ici. Ces Animaux aïant été par Hazard
chafies dans un Etang voilîn, par un Chien, qui les alfaiilit en aboïant;
l’Enfant, qui pouvoit avoir io, à n. Ans, en Peine pour fes Cochons,
entra dans l’Etang, pleine d’Angoifie & en fit fortir fon Trupeau ; mais
en même tems fes deux Piésfe trouvèrent tout couverts deSangfues qui
s’y étoient attachées. Sortie de l’Eau, elle reffentit des Douleurs fi
violentes, qu’elle en perdit incontinent l’Efprit, Pour comble de Mal¬
heur, il fallut qu’elle refiât plus de trois Heures dans cet Etat, jusqu’à
ce qu’il vînt un Baigneur qui la Saigna au Bras, & qui après lui avoir ar¬
raché les Sangfues , fit de fon mieux, pour la foulager par des Remedes
lenitifs & confortans. Elle fut cependant prés d’un An à revenir à fon
bon Sens, qu’elle reprit enfin peu à peu à Force de Soins, que lui don¬
nèrent des Voifins charitables.
Mais pour ne pas lafier la Patience du Leïïeur en lui faifant trop
attendre l’Explication de cette g4 me Eftampe , je lui dirai tont de Suite,
qu’un
* Scire volunt fecreta donsus, atque Inde timeri, Juven-Sat, 3»
TABLE LXXX 1 V, Deux Ëipëces de Sangfiies Microfcopiques. ’gj
qu’un de mes Amis, que j’uonore & confidère infiniment a eu la Bonté,
il y-a quelques Semaines, de m’envoïer deux de ces Vers a) & de m'aver¬
tir, qu’en vuidant une petite Carpe, l’on y en avoit trouvé Six-h c. J'ai
d’autant plus d’Ohligation à moniiluftre Ami de cet Envoi, que j’avoue,
que bienque je connoiffe plus de 20. Efpèces de Savgfues , je ne pus d’a¬
bord me refondre à mettre çes Vers dans cette Clalfe. L’Oeil nud fùffît,
pour les voir comme des Vers tachettes ; mais cette Peau glutineufe , à la Fa¬
çon de celle du Limaçon, & qui caraclérife la Sangfue, ne peut fe remar¬
quer qu’ à l’Aide du Microfeope, Aïant donc mis mes Hôtes dans une
Glace à Montre fous le Microfcope de Marfchal, je remarquai bien-tôt,
que c’était une Efpéce toute particulière de Sangfue, qui fe diftinguoit
de beaucoup des autres Genres, Car les 2. Plaques glutineufes pleines
de Glandes, que l’on voit à leur Tête & à leur Queue, je ne les ai remar¬
quées à aucune autre Efpèce, a) Eft donc une Sangfue, qtiiparoît en vou¬
loir le plus aux Poiffons, puisqu’ elle a été trouvée dans la Carpe, b) c)
La montre dans deux autres Attitudes, les unes & les autres d’après Na¬
ture. d)En montre une autre extrêmement allongée, confiderée par
Nro ç» & e) la même groffie par Nro 3. Les 4. Taches noires qu’on
voit fur la Tête ne peuvent palier pour des Yeux ; car j’en ai compté
16. fur la Plaque pliffée de la Queue. Mais j’ai vû une autre petite Ta¬
che à chaque Côté de la Plaque de la Tête, fur le devant, lesquelles f ai¬
merais mieux prendre pour les Yeux de ce Fer. Je les ai marqués de
2. Etoiles, g) Eft la Plaque de la Queue emForme de Coquille ; fur la¬
quelle la Sangfue -peut fe tenir toute droite. Elle s’étire jufqu’àla Grof-
feur d’un Bout de Fil, & le peut aulTi concentrer comme une Boule,
Qualité commune à toutes les Sangfues . h) Eft le Délions de la Tête,
& i) la Plaque de la Queue, un peu retr.eflie, parce qu’elle a été exa¬
minée, feparée du Corps. Elle eft toute compofée de Glanduks , alnlî
que je le fais voir par un petit Morceau grofii dans r) & qui au Natu¬
rel avoit la Groffeur d’un Grain de Chenevi .
M k) eft
90 TABLE LXXXV. Le Moucheron dit le Coufin,
k) eft encore une Efpèee de Sangfues la plus petite de toutes &
très peu & même point du tout perceptible à l'Oeil xtid, Quand elles
font bien étirées, elles reflète bien t à des Fils d’Araignée bien Fins, l)m)n)
jes répréfentent examinées parle Verre Oeconomique, o)p) par le Mi-
crofcope compofé, & q' par Nro o. de mon Microfcope manuel avec le
Miroir-de Réflexion. Tout leur Corps eft blanc & transparent, & Ton
remarque en dedans un Intefîin particulier, qui eft brun jaunâtre, au
Milieu duquel l’on voit de longs Tüïaux s’étendre, en neuf Branches de
chaque Côté, qui refiemblent à des Bois de Cerf, ou a des Rameaux gar¬
nis de Feuilles, Elles fe concentrent fi bien, qu’elles ne font qu’un pe¬
tit point, & qu’a in fi il n’y-a pas Moïen de les découper,
!
TABLE LXXXV.
Le Moucheron dit le Coufin.
A ïant promis dans une de mes dernières Feuilles de donner groiîi le
Moucheron, que j’ai répîêfente d’après Nature dans la 79 me Eftam-
pe Fig. e, je livre ici cet Infeéle, qui a tant de Parties qui méritent l'At¬
tention des Amateurs du Microfcope, La Tête a) a chaque Côté un
gros Oeil verd b) à Facettes Hexagones, comme ceux de la DemoifePe,
Tout contre fortent de deux petites BoiTes les Antènes c) dont chacune
a fix Jointures h qui font garnies d’un Poil très fin furtout vers la
Pointe. Entre celles-ci il-y.a encore deux Branches plus grofies, garnies
de Plumes violettes d) qui ont l’Aiguillon entre deux, & qui n’ont que
trois Jointures. U Aiguillon e) qui eft, comme je viens de dire, entre
deux, eft pareillement couvert de Plumes en Guife d’Ecaille de Poif-
fon ; mais je n’y ai point remarqué de Jointures. Aufti n’eft ce à pro¬
prement dire , que la Gaine du Véritable Aiguillon f ) qui fe fait fi bien
fentir & à Gens & à Bêtes. Il eft fi rond, fi uni & fi pointé, qu’on n’y
voit pas la moindre Inégalité même à l’Aide des meilleurs Verres.
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TABLE LXXXV. Le Moucheron Bit .le Coüfifo.
Schvvammerdam l’a anatomifé & fait graver à Cinq Angles *. J'en mets
ici la Copie g) car je n ai pas encore pu parvenir à en faire PExperi-
ment. Schwammerdam a cru, que ces cinq Angles fervoient, comme
autant d’Antènes pointues, à élargir les Pores & parleur Mouvement
répété à rendre le Sang, qui eft dans laplaïe, plus propre à monter dans
le Tuïau. \J Aiguillon n a pas la même Grandeur dans tous les Mouche•
rons. Il y en a qui l’ont aufîi court, que le Pou ; & les Amateurs des
Recherches naturelles, n’ignorent pas qu’il y-a une infinité de differen¬
tes Efpèces de ces Infeéles. Au delfous de la Tête eft le Cou h) qui
joint le Dos i) lequel eft garni de Poils les plus dns» Aux deux Côtés
du Dos font les Ailes k) & au delfous les deux petits Marteaux 1 ) avec les¬
quels ils forment leur Bourdonnement **. Ils font blanchâtres & fem-
blent être gonflés & tendus. Le Ventre n) a huit Anneaux & n’eft pas
couvert de Elûmes, mais de Poil o)* Les fix Fiés m) font pareillement
ornés de Poil brun, dont les Extrémités font armées de deux Ongles
crochus fort aigus. Quelque dangereux que l’Aiguillon rende cet In*
feêfe, il ne laiife pas d’être très divertiifant au Naturaîifte, le Microfco-
pe à la Main. Il n’en faut qu’une Aile pour l’attacher bien long-teins*
Il n’y-a pas Plume qui doit capable de décrire toutes les Beautés que la
Sagelfe infinie répand ici. La Membrane de Pâlie entrelacée des Nerfs &
des Pores les plus fins, l’Infinité de petites Verrues, dont elle eft parfe-
mee & qui font ici marquées par des Points, les magnifiques Plumes qui
décorent P Aile, Veulent être plûtôt Vues, que lues, lorfqu’on veut fe
former une Idée de la Pompe qui y régné. La Planche anatomique, com¬
mis aufti le Microjcope en Forme de Compas , font ici d’un très grand Ufage,
pour pouvoir y mettre tout le Moucheron, ou feulement la Tête &
P Aile & les examiner à fon Aife.
M s TABLE
* Bible de la Nature Tab. XXXII, Fig, III,
** L’on en verra davantage dans la 3, Part, à l’Explication de la 4îme Tab. Fig. A,
B. C. D»
>3- TAB, LXXXVI. Singularité du Sable de Mer au de Coquillage,
TABLE LXXXVI.
Singularité du Sable du Mèr au de Coquillage*
\ /IJ 5 étant mis iî-y-a quelque Tems à trier, pour un certain Uïage,
JL t j, de ces Globules , qui fe trouvent à Foifon clans le Table de Mèr
cFArimini, & les aïant jettes dans une Glace à Montre, pour les netoïer
de la PoUfhire avec de l’Eau, où je n’avois mêlé que trois Goûtes d’Eau
forte ; j’apperçus tout d’un Coup un certain Mouvement, qui fixa mon
Attention, je vis même, l’Oeil nud, qu’ à Me fur e que je verfois de
l’Eau-forte dans la fraîche , qui êtoit dans la Glace, les petis Globules
qui y étaient fe mettaient en Mouvement. Mais ne pouvant rien di-
{lin suer à Caufe de leur Pètiteffe, je le mis fur la petite Table fous mon
f erre Otcanomique, ou, fi l’on veut, ma Loupe , defignée ici Fig»d) & dans
la 7û me fable Fig. a). Ceff par-là que je découvris un véritable Feuà'AY-'
tifice fur l’Eau ; c’eil à dire que mes Globules firent fur l’Eau le même Effet
qu’y font les Grenades allumées, avec la feule Différence, qu’au Lieu d’
Etincelles de Feu, ce n’ étoit que des Vapeurs & des Particules d’Eau qu
elles vomiffoient» Si ce Speétacle me divertit, je ne fus pas moins fur-
pris des violera Fntrechocs de ces Globules & de la Motion , par la¬
quelle l’Air du Dedans les p or toit avec Impetuofité, à caufe de leur Fi¬
gure ronde & de leur Subfiance Alcalique, tantôt en haut & fur la Sur¬
face de l’Eau, tantôt dans le Fond de la Glace à Montre, tantôt du Long
tantôt du Large &c. Comme l’Qn voit un Ballon ou une Boule de Fer,
qui étant jettes de Force contre un Fond folide, rebondit en l’Air, c’ efl
ainfi que faifoient mes Globules ; & cette Comédie dura près de Demi.
heur ;, de forte qu’enfin je pus les deffiner à mon Aife fous le Microfco-
pe compofé. Cette g6 ,îie Eitampe répréfente dans a) & b) ces'Globules
d’après Nature ; mais c) en montre un, tel que le préfente le Verre
O economique d). Sous celui de Marfchal par contre un de ces Globu¬
les non lavé fe préfente comme dans e) & un autre purifié dans l’Eau
avec les Particules d r Air & d’Eau qu’il vomit, comme dans f) grolfispar
la Lentille Nro 3, Pour la Glace de Montre groffie, je l’ai répréfemtée
par
/
TAB .X.XXXVI.
TABLE LXXXVT Singularité du Sable de Mer ou de Coquillage, pf
par g) avec tous les Globules ou Eckmtes > autant que la place Y a pu
permettre.
Mais avant que de paffer à l’Explication dé la 8?'” e Efhmpc, je
m’en vai communiquer au Lecteur une Lettre que m’a fait l’Honneurde
m’ecrire Monde tïr Wagner Confeiller intime & Premier Médecin du
Serenilfime Marggrave de Bsyrcuth St laquelle fer vira beaucoup à PE-
elairdiiément de la préfente Eftampe .
, 5 Je ne faureis prendre pour des Herifîbns (Ecbhius) les Globules
de la Mer Adriatique d’Àrimini dont Mr. Janus P jcm eu s , mon intime
„ Ami, fait Mention dans fon Traité de Corschis minus notis 0 dont j’ai l’hon-
,, neur de Vous envoïer un Exemplaire pour Vos Etrennes. Et bienque
„ cette Opinion parodié très vrai femblable à cet illufhe Savant , je ne
, 3 puis y entrer, 1) pareequ’ils font ronds & unis, & qu’ils iront point
„ de Piquans (caraétère diilinélif des Rendons (Echinus) d’avec les au-
„ très- Ojlra-codermates ) ni de Soies ;■ même avec les meilleurs Microfco-
,, pes, l’on ne peut découvrir les Stigmes ou BoJJes fur lesquelles ils au-
,, roient repofé. 2) Parceque plufieurs n’ont point du tout d’Ouvertu-
5 , rc, & que la plûpârt n’en ont qu’une, au Lieu que les Héritions en
3 , ont deux, dont l’une répréfente la Bouche &: l’autre P En droit de P
„ Evacuation. Je ne trouve donc à quoi mieux les comparer qu’aux
„ Oeufs d’Efcargot. Car non feulement nos gros Efcargots ni an duc a-
„ blés, mais encore ceux de la plus petite forte, ontdepetits Oeufs ronds,
1* unis & quelque peu oblongs, dont les uns font de là Grodeur d’un
„ petit Pois, d’un Grain de Moutarde & même de Pavot blanc; ainfa
„ que j’en ai ramalTé de differentes fortes dans la Terre & delfus la
„ Moudé ; parmi lefquels j’en ai trouvé qui avoient de petits Trous.
„ En 173g. J’en écrivis mon Sentiment à Mr. Jan. Plane. Mais
„ il croit toujours, qu’il n’y^a que la Volaille, qui ait des Oeufs à Coque , &
„ que le PoiiTon, lEcrevide, la Moule, l’Efargot & qu’en un Mot tous
les:
93
94 TABLE LXXXVTI Deux Sortes de Polypes a Bouquet.
s, les Reptiles n ont que des Oeufs mois ou tout au plus cartilagineux ,
J, L’on pourroit cependant lui prouver le contraire par ceux du Croco-
s , dite , du Lézard , de la Tortue & de nos Efcargots. SI cft vrai, que les
3 , Oeufs de 4 Efe argot & du Lézard , dés qu’ils font pondus, paroiifent
,, n’avoir qu’une Pellicule à Demi tranfparente. Mais aufîitôt qu’ils font
3 , fecs, ils prénent une Coque opaque & fragile, qui eft d’une épaiffeur
„ ailes confidérabie dans les Oeufs du Crocodile. Or puifqu’on trouve
3 , dans le Sable du Rivage d’Arimini Quantité" de très petits Efcargots , &
3, qu’en plusieurs autres Endroits fur les Bords de la Mèr Adriatique,
entre autres aux Lacunes de Fenije & à Comacbio il s’en trouve des
s , Quantités exhorbitantes, je n’ai pas de Peine à concevoir, d’où vient
3 , cette Multitude innombrable de Corpufcules ronds. Je fuis &c.
Il me femble, qu’il n’y-a gueres rien de raifonnable à oppofer à des
Venfées fi juftes & fi naturelles.
T A B L E L XXX VI L
Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
M on Deffein n’aïant pas été de m’étendre fur une Matière, qui a été
fi amplement traitée par tant d’autres Naturalises ; je ne puis
cependant refufer à quelques Amateurs, qui fouhaitent que je touche
tout ce que j’ai vû & remarqué fur les Polypes , de conclure mes Obfer-
vâtions par une Defcription & une Répréfentation des prétendus Poly¬
pes à Bouquet & à Colonies, ce qui va faire l’Objet de cette Eftampe & de
la fuivante. . . #
L’on voit donc dans cette 87 me Table deux Sortes de ce qu’on ap¬
pelle Polypes à Bouquet , Mr.Backer les nomme les Bêtes à Campanelle, d’au*
très les Polypes d Manchettes & encore d’autres les Polypes à Fleurs. Or
pour montrer la Manière la plus facile de tirer ces Créatures de l’Eau;
j’ai mis a) un Urinai , dont j’aime mieux me fervir que de tout autre,
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TABLE LXXXVIÏ, Deux Sortes de Polypes à Bouquet. 9^
parce que îorfqu’ il eft plein d’Eau, fa Figure en Boule accafione un
Efpèce de Grcftiiïement, qui aide à reconnoître les Animalcules qui s'y
trouvent. L’on y enfonce le petit Tuiicu de Verre blanc c) & l’on Pro¬
cède comme il a été dit dans P Explication de la LXXXH île Efiampe , &
comme on a coutume de faire avec chaque Si; bon. Car dés qtren levant
le Pouce b) Ton attire l’Eau, le Polype d) qui fe tient au Fond du Verre
ou à l'Herbage f) entre auffi dans le Tuïau ; après quoi on le peut ver-
y
ier dans un Verre plus petit mais propre.
Dans cet Urinai a) j’ai répréfenté d) PEfpèce la plus commune de
Polypes à Bouquet, Pour la fécondé Efpèce. qui eft plus rare, & qui fe
/
diftingue principalement de la première,jpar fa Demeure ou par fon Corps,
elle eft defmée e) & f).
Les premiers confiftent en deux Parties principales, 1) le Corps &
2) les Créatures vivantes qui y font. Je ne prétends pas décider, filon
peut leur donner à jufte Titre le Nom de Polypes ? Si l’on prend l’Etui h)
g) pour les Polypes & les Animalcules 1 ) n) x) w) pour leurs Bras ou
leurs Fiés ; cela peut s’entendre. Mais comme je fuis perfuadé que
chacune de ces Créatures, ainfi qu’il fe voit dans n) & w) peut vivre,
marcher & nager en fon particulier, fans qu’on y remarque la moindre
Trace de Bras ou de Piê ; il relie ^ favoir, fi ces Etres vivans font des
Créatures indépendantes, ou fi elles ne font que des Parties d’un autre
Tout ? &fi ces Tiïiaux bruns g) h) H) font en Effet des Corps vivans,
ou feulement des Etuis ou des Celules, que ces Créatures n) x) à l’Imita¬
tion de tant d’autres Animaux fociables , ont ramalfées & confiruites
pour leur Demeure ? Pour moi, je crois le dernier, bienque Mr. Trem¬
blai * & d’autres foutiennent avoir vu dans ces Celules des Intefiins, qui
montroient un Mouvement périliakique.
ïl eft vrai qu’on y voit certaines Parties, que peuvent fe prendre
pour
* Tremblai Mémoire III. PI. 10. fig. 9. pag. 212.
. \ .. ; " ', , .y ' ■ • • *
ç6 TABLE LXXXVTL Deux Sortes de Polypes à Bouquet»
pour des Inteftins. Mais feu Mr» Roeffel & moi avons très fouvent ex»
aminé ces Parties, fans y avoir jamais pu trouver les Qualités, qui de^
lignent p. e. un Eftomac eu un Boiau. Car non obftant la Voracité des
Polypes à Fleurs , je n’ai dans toutes mes Obfervations, pu appercevoif ie
moindre Aliment dans ces fortes de Parties. J’ai donc marqué q) & r)
les prétendus Inteftins & par p) les Alimens bruns & verds, qui de Ren¬
dent ordinairement dans le Tuimi principal de P Etui, h) H) lequel pour-
roit bien être le Magazin, ou les Polypes ramalfent leurs Provifions.
C’étoit aulllle fentimcnt de feu Mi\ de Roeffel, que ce Tronc en For¬
me de Rameau de Corail, n’étoit que la Demeure ou l’Etui des Animal¬
cules à Fleurs , divifé en pluffieurs Celules, Suivant cette Opinion,
que je ne veux obliger perfonne d’admettre, ma Divifion de ci-deffus
pourra ayoir Lieu*
Quant aux Animalcules mêmes, ils font diftribués en differentes
Colonies dans ce Tronc, comme on peut voir dans i).& ils ont la Fa¬
culté, de pouvoir fe défaire & fe feparer du Tronc principal, pour for¬
mer leur Bouquet ou leur Colonie particulière*
Par Exemple g) marque un Tronc de trois Colonies, pris d’après
Nature *, au contraire h) en a neuf, examiné par Nro fous le Micro-
Coope compofé,
La Matière dont le Tronc lui même eft compofé, eft très Iiifion-
neufe, gluante ou aqueufe & fe fond bientôt, û on la met dans un
Verre fec. SI parolt n’être fait que de Limon, de Racines pourries &
d’autres femblables Matières, comme l’Etui de l’Animalcule à Tuïaux,
ou à Trompette. Cependant il eft tranfparent, & l’on y peut voir fort
diftinftement defeendre les Alimens & s’y pofer, tout fon Canal étant
fouvent rempli de Matière brune. & Verte, qui n’eft que la Graine des
Lentilles de Marais, qu’on trouve fous la Feuille , & qui eft brune, ou
lja Fleur des mêmes Lentilles, qui eft verte, & qui pend au Bout des’
» Queues,
\
)
TABLE LXXXVIÎ. Deux Soi tes de Polypes à Bouquet. 97
Queues. Avec le Secours d’un bon Microfcope, Von peut voir claire¬
ment, que ce Canal en renferme un autre ; que celui de dehors eft plus
délié &plus tranfparent, & celui de dedans d’un brun-clair.
Il cônfifte encore en plufieurs Rameaux particuliers, dont chacun
a fon Elfaim de Polypes. J’ai delfiné H) un pareil Tronc à quatre Ra~
meaux autant grofti, quon le peut obier ver par Nro 2. Ces quatre Ra¬
meaux ü préfentent avec leurs Colonies en autant de Variations. Cha¬
que Rameau termine fon Extrémité par un Anneau ou Collier Voi A) A)
A) A), qui eft bordé par en haut & par en bas d'un Orle qui relfemblc
à un Poignet de Manchette ♦ L’on voit d’abord au-deCus de ce Collier les
Parties q) r) qu’on prétend être les Inteftins. Mr. Roelfel a crû que c
étoit le Refervoir aux Excremens. C’eft dans cette Efpèce Collier, que
demeure toute la Colonie enfembîe ; & il y-a telle Celule, où j’ai com¬
pté 40. sa. jusqu’ à 60. de ces Créatures. Quand toute une Celule
fort à la Fois, & fait une Eipêce de Roue de Paon, elle relfemble à la
Figure I) mais quand elle s’eft retirée comme dans k) l’on voit, comme il
eft montré dans L) en haut î Ouverture du Collier & au • deifous ces
Créatures, qui s’y font enfoncées, Sc qui prifes feules, reifemblent aifés
à des Anguilles de Colle ou a des S. S. fe préfentant toute fois aulîi fous
d’autres Poftures tortues & ferpentines. Quand elles fe pavanent com¬
me dans I) elles font fouvent un fort Tourbillon dans l’Eau ♦ & c’eft
ainfi qu’elles attirent, comme par un Entonnoir 9 les Particules les plus
déliées des Plantes & des Grains de Semence»
Pour les chercher il faut fe tenir extrêmement coi & tranquille 8e
ne fe pas impatienter ; car au moindre Mouvement, ils fe retirent dans
leurs Celules, & puis il faut allés long-tems attendre, juiqu’ à ce qu’ils
reparoilfent.
Il eft aulîi bon de pofer le Verre à Conferve ou la Glace de Montre,
dans une certaine Elévation, que îon puilfe examiner par deifous les
N Lentil-
i
I
98 TABLE LXXXVIII. Deux Sortes de Polypes à Bouquet,
Lentilles de Marais avec la Loupe* Car ceux ci comme les autres Ani¬
malcules de Marais, fe pendent pour la plûpart au Fonds ou au deffous
des Lentilles, parceque c’efl: là qu’eft la Graine, dont ils fe nourriffent;
mais fourtout il faut prendre garde de ne pas mettre le Verre fur une
Table ou autre Lieu qui branle ; car ils ont tant de Sentiment, qu’ils
s’àpperçoivent de tous les Pas que l’on fait dans la Chambre,
/
Le Tems le plus fur d’en trouver, c’efl: Juin, Juillet & Août. Quel¬
que fois ils fe pofent contre les Parois du Verre, quand il commence à
v
devenir craffeux. ils ne foufrrent pas la Diiieétion, mais ils fe parta¬
gent bien eux mêmes, & ils mettent aüffi de jeunes Troncs bas.
Leur Couleur eft Blanche, comme du Fil fin blanchi. Ils nagent
dans l’Eau tant feul à feul, que par Colonies ; mais au moindre Mouve¬
ment, ils fe retirent enfemble dans leurs Celules, par le Tuïau qui eft
dans l’Anneau ou Collier, & s’y cachent avec toute la Promtitude qu’
ils peuvent.
La fécondé forte eft bien plus difficile à trouver, que la Première;
car le Tronc brun ou le Rameau de Corail, qui fait connoître les Pre¬
miers, ne fe voit pas dans ceux^ci ; mais à fa Place l’on ne voit qu’un
petis Monceau de Limon presque rond, d’un brun très pâle et même
fou vent d’un blanc jaunâtre. Voilà ce qui conflitue le Corps ou la
Structure de l’Habitation des Polypes à Fleur de la Seconde Êfpèce.
L’on n’y voit ni Bras, ni Bracelets, mais feulement de petits Boutons
laillans, hors defquels ils montrent leurs Bouquets, ou Pannaches. 11
ny.a que Mr. Hoeffel, que je Sache, qui ait décrit cette Efpèce ; c’efl;
aüffi chés lui que je la vis pour la première Fois & que j’appris à la
connoître ; j'en ai depuis trouvé tous les Ans dans le Nonnen Garien (Jar¬
din des Religieiifes) d'.ns P Etang du Couvent de Ste Catherine „ Leur
GrolTeur eft marquée dans cette 87 ™'- hfiampe Fig, S) S) quoi qu’un peu
au de là du Naturel, Us fe tiennent la plûpart du Tems ou Fonds du
Verre
f
TABLE LXXXVIL Deux Sortes de Polypes â Bouquet; 95
Verre dans le Limon, & fi l’on n’a pas bien de la Patience pour attendre
/
qu’ils fe montrent, on rifque de les manquer* Leur Corps eft plus opa¬
que au Milieu, que dans la Circonférence, & il a diverfes Taches comme
on Voit dans V) mais ce n’efi: pas dans tous. J’ai pris ces Taches pour
des Ecofies fuccees de leurs A lime ns. Leurs Pannaches ont auffi tout
autre Façon, que ceux de la première Efpèce, & forment d’ordinaire
une Paire d'Ailes, parfois auffi un Paquet de Rubans ou de Feuilles blan¬
ches, des Fois même une Manchette ou un Plumet . J’en ai deffiné diver¬
fes Figures, telles que je les ai exactement obfervées 5 comme Ton ver¬
ra t) tt) U) & V).
J’ai marqué feparément d’un W) leur Combinaifon en Forme cTAÉL
les & d’un X, leur Mouvement & leur Figure individuelle. Une Aile
a une double Rangée de Tiiîaux, où l’on trouve 30 à 40» de ces Créa¬
tures*
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Il-y-a de ces Boules qui ont io« à n t Boutons ou Celules , j’en ai quel¬
quefois trouvé, qui n’avoient que trois à quatre de ces Habitations.
Ils fouffrent auffi peu la Diffieétion que les Premiers. Quand les Ailes
ou les Bouquets font retires en dedans, la Boule elle-même paroit brun-
obfcur ; mais quand ils font étendus, celle-ci eft très claire & tranfpa-
rente , & alors on peut diftinguer, que ce n’eft qu’un Compofé de pe®
tits Crains, que j’ai marqués ici par des Points.
Ils ne mangent point d’Infeétes ; mais ils vivent uniquement des
plus fines Semences, qui font cachées dans le Limon. Il efi: fort difficile
de les foumetîre à de longues Obfervations & Recherches ; car fi on
les met dans l’Eau claire ’ ils y meurent bientôt, & s’y fondent pour
ainfi dire tellement, qu’on n’en trouve plus rien. Que fi Vous les Iaif-
fés plus de huit jours dans l’Eau de Limon, ils font détruits par les
plus petits Fous d'Eau,
N a
TABLE
ïoo TABLS LXXXVIII, Encore quelques autres Animalcules
TABLE LXXXVIII.
Encore quelques autres Animalcules de Limon,
connus fous le Nom de Polypes Sociables*
C ’ eft, à mon Avais-, avec aulïi peu de Raifon qu’on appelle Polypes
les Créatures, que contient cette S8 me Eftampe, que l’on a donné
ce Nom aux Animalcules a Bouquet. Ce font tous des Animalcules de Limon,
dont pas un n’a un feul Pié , bien loin d’en avoir plufieurs. 11 y en a
fort peu qui aient des Queues , les autres fe tiennent pour la plupart, furies
Queues déliées de Rofeaux, dont iis peuvent fe féparer & s’y rejoindre,
ainfi que je m’en vai le montrer clairement.
Ces Animalcules fociables ou Colonises de Limon fe voient ordinaire¬
ment comme de petites MalTes de Limon ou de Moifi, qui pendent aux
Lentilles de Marais, à l’Herbage & à la Mouife d’Eau , comme l’on peut
voir dans a)&b) de Figure & de GrofTeur naturelle. Il fe pendent aufïî
à des Créatures vivantes ; aux plus petits Limaçons d’Eau c. i) aux Puces
d’Eau c. 1.) aux Hannetons d’Eau c. 3.) & il les exterminent à force de les
fuccer.
Je m’en vai commencer par VAnimalcule à Trompette ou zChalumau^qul
a coutume de fe tenir entre les Lentilles de Marais ; d) le montre au Natu¬
rel, & e) groffi par la Loupe. 11 me faudroit faire tout un Volume, li
je voulois décrire les Propriétés d’un chacun en Détail. 11 me fuffira
donc de les deiliner au plus jufte, pour les faire difeerner au Leéleur.
f) & g) Répréfentent les Animalcules de Limon en Forme de Mafliie;
ce fl à dire qu’ f) en montre les jeunes, & g) les Vieux, &: la Manière
dont ils tirent leurs Alimens par le Tourbillon, Ils habitent auflienfem-
b!e par Colonies, & l’on en voit fouvent des centaines en un Monceau,
h) En répréfente un dans fon pins haut Point de GroffifTement, avec
quelques Graines de Lentille de Marais, qu’il a avalées & trois Points rou¬
ge?, dont je n’ofe déterminer l’Ufage, L’on prend fouvent les Jeunes f )
pour
TAB.LXXXVHL
T A B, LXXXVIIL de Limon connus fous fe No m de Polipes &c. ioi
pour les Animalcules à Chalumeau , que j’ai deiïinés ici bien groflis i) & k)
& dont l’Ouverture de la bouche effc tout au Tour garnie de Pointes de
Poil Ces Animalcules à Chalumeau , ont auiîi la Faculté' de fe concentrer
& de prendre tout une autre Forme ; de forte qu’il faut bien faire At¬
tention de ne s’y pas méprendre ; pareeque
l’Animalcule 1 ) qui reffemble à une Cloche ou à un Gobelet , qui a auf~
fi des Pointes de Poil, reffemble beaucoup à Celui à Chalumeau, avec cette
Différence, qu’il tient à une Queue particulière, de laquelle, de même
que l'Animalcule à Cornet , ou a Pié de Biche m) il fe peut de'tacher & con¬
tinuer fans cette Queue fa Marche Spirale V, n).
Tous ces Animaux Colonises & les autres habitent par troupes
enfemble, comme font deffme's o) les Animalcules de la Figure des Baies
de Neprun, & dont j’en ai marqué un Couple p) p) avec leur Façon de
nager.
Ceux que Mr. de Roeffet nomme de la Figure à’Epïnevinette q) ceux
qui reffemblenî à des Neffles t) & les Animalcules à Couvercle vv) habitent
enfemble d’une autre Manière dans des Demeures compofées de petits
Tuïaux, dont ils fe peuvent fcpsrer r) & abandonner les Queues, f) f)
lefquelles ils peuvent auffi trainer après eux 1) m) & v).
Celui qui reffemble à la Neffle change fouvent, comme on peut
voir t) u) v) & il a aufli des Pointes de Poil au Tour de la Bouche, de
même que Celui à Couvercle, lequel a la Figure d’un Citron, tant qu’il
eftferméy). Mais quand il eft ouvert, il en fort une Efpèce de Piftilk s
lequel eft couronné d’une petite Affîette, ou d ? une Plaque ovale - laquelle
eft pareillement garnie tout au Tour de Pointes de Poil w). Lorfque
i 3 Animalcule rétire un peu cette Afjiette en dedans, l’on n'en voit que les
Pointes de Poil & l’Embouchure ronde reffemble alors, à une Couronne cam¬
pante x). Mais quand il la retire entièrement , l’on peut regarder de»
dans, comme dans un Gobelet z),
N 3
II
loi TAB. LXXXIXi . Les Parties Microfcopiques les plus &e.
Il peut de même que les autres Animalcuîes-Colonides, s’ôter de
fa Queue en Forme de Tuïau & s’y remettre, & même la traîner après
lui, de forte qu’on la prendroit pour une Partie de cet Animal. Pour
les Pointes de Poil, qu’il a au Tour de la Bouche, il les remue avec
tant d’Agilité & de Vibration, que les Yeux en font éblouis.
Les Amateurs qui veulent facilement trouver de ces Créatures,
n’ont d’abord qu’ à tirer hors du Verre à Conferve des Infeéles plus gros,
tels que de petits Efcargots, des Pucerons , des Porie-Grapes &c. & à vifiter
ceux qui ont ou fur le Dos 3 ou fous le Ventre , ou au x Cotés, quelque peu
de Limon ou de Moifi gris attaché , ainfi que le montrent les Fig. a)
b) & c i) 2 ) 3). de cette 88 me Eftampe . S’ils prenent donc de fembla-
bles Infeéles aquatiques, ils peuvent tenir pour certain, que ce Point gm,
suffi bien qu’aux Lentilles de Marais, n ed autre Chofe qu’une Colonie
de ces Animalcules fociables. Mais il faut de la Patience, furtout avec
«
les Polypes à Bouquet , ou à Fleurs ♦ Vous avès beau rire. Moqueurs ! de
cette Indruélion. Je fuis toujours perfuadé, que qui fait connoître une
Créature inconnue., pour donner Occafion à P Homme de glorifier le
Créateur, dans cette Structure auffi merveilleufe que la fienne, & d’ad¬
mirer cette Toute puidfancé infinie, emploie mieux fon Tems,que celui
qui s’edtué à décider l’incomparable Que dion ' Dequdle Etoffe était fait k
Bonnet de Nuit de Mathufalem .
TABLE LXXXIX*
Les Parties Microfcopiques les plus remarquables
du Chardon.
uelque tride Figure que fade le Chardon dans les Terres incultes.
101 les Tertres, les Chemins & les Haïes &c. il n’en mérite pas moins
l’Examen & les Obfervations des Amateurs de la Phifique. Il a Nombre
de Parties très dignes d’Attention, &ii ed du moins d’audï belle Appa-
rance
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TAB.LXXXJX
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•
TABLE XC. Continuation dés Particules du Chardon, 10
rance, furtout fous le Microfcope, qu’il eft en lui même utile à l’Homme.
Cette gp me Efiampe préfénte la Copie d’un Chardon commun, qui fe trou¬
ve deftiné & décrit dans Tournefort. Ijift. rei verb. Tom . /. Chf ,; XIL Secï.
s.GeV' l. & Tom, 3. tah 3* & dont Mr. le Chevalier Linneus a fait Men¬
tion dans fon Mort. Clif, Sons le Nom Spécifique : Carduus foiiis jinuatis de»
currentihus margine fpinofis fioribus folitarih nutanims,
Il confifte dans le Bouton de Fleur , a} les Piquans qui l’environnent
b), la Queue & la Laine, d) qui fe trouve tant fur les Feuilles qu’au Tour
de la Queue, & les Feuilles avec leurs Piquans b). Je donnerai encore une
ou deux Tables fur cette Matière» Ici je me contente de dire, que c)
répréfente un Piquant ou une Epine de l’Extrémité d’une Feuille, groili
par Nro. 1. dont la Groffeur naturelle fe trouve marquée par b) à la
Feuille, Par contre l’on voit dans e) quelques Brins groftis de la Laine,
qui tient aux Feuilles &àk Queue & qui eft; marquée au Naturel pard)
L’on trouve auili ici une Particule de la Queue coupée en Rond 5 dont la
Moille eft fort Spongieufe, comme celle du Sureau & du Jonc fort gfrof-
iie & à laquelle la Laine tient, Cette Laine y quand elle eft fraîche, parôît-
toute gonfle dans le Microfcope ; Mais quand on la confidére deffêchée,
fes Brins reffemblent à la Moille des Tuïaux de Plume d’Oïe, & ne pré-
fentent jufqif à la Pointe, que des Divifions, qui reffemblent à des
refîtes .
TABLE XC.
Continuation des Particules du Chardon.
Toici une feule Plume de ce qu’on nomme le Pappus ou Pappo, qui orne
f FEmprion comme un Pannache, & qui fert d’Ai'lés à la Graine pour
la transporter partout. Le plus habile Pinceau ne fauroit exprimer la
Beauté des Nuances d’Arc-en-Ciel, qui y brillent, outre le magnifique
Changement en Or & en Argent, Chaque Grain de Semence eft décoré
d'un Pannache, compofé de pareilles & qui forment enfemble une
:■ ; x Queue
/
I
104 T AB f XCL La Moelle de la Tige & de la Queue du Chardon.
Queue de Paon, Mais chaque Plume prife individuellement, paroît être
formes d une Quantité de Filets, Filamens, ou Tuïaux creux, fembla-
bîes aux Tuïaux Capilaires de Verre, Sc reffemble à un Bouquet de Plu*
mes de Verre de Venife.
La Figure a defigne de GrofFeur naturelle, & c) dans le plus haut
point de Grolîidement par Nro o. une feule Plume de tout le
Pappus du Grain de Semence b). Cette Obfervation fe fait avec
le plus d’Agrément le Soir à la Lueur d’un Couple de Chaa-
deles»
»
TABLE XCL
La Moille de la Tige .& de la Queue du Chardon.
L e Phificien h furtout le Botanifle ne trouvera pas ce petit Rondeau
de Moitié de Chardon ^ dont la GrolTeur naturelle fe voit a) un Objet
*
indigne de fon Examen. Cette Moille à beaucoup de Rapport avec
celle du Sureau & du Jonc, & elle refFemble i une Grille^ Rezeau, ou
TiÆu artüTem-ent enlacé, conapofé d’ Hexagones , dont les Parties appro¬
chent de Petites Feffics. Il y-a au Milieu du Rondeau le Trou, b) parceque
la Tige eft toute creufe. La Bordure efl garnie de Conduits à Seve & à
Aïr, marqués par des Figures en Forme de Globules. Mais au dehors l’on
voit au Tour de l’Ecorfe pendre une Laine blanche très fine, dont j’ai
marqué dans la 89 me Ejtampe un feul Poil. ou Brin e) bien groffi.
Or comme ces Poils de Laine, quand ils font frais fur la Tige, font
un autre Effet dans le Microfcope, que quand ils ont perdu leur Suc,
j’en tépréfenté Fig. c) quelques uns dans le premier Cas, c’eft à dire
frais, où leur Suc interne les gonfle & les arrondit comme des Botaux ,
fans qu’on y apperçoive ni Jointures ni Divifions. Mais dés que le Suc
commence à s’évaporer & à fe delfêcher, l’on apperçoit dans le Micro¬
fcope, qu’ils prennent des Jointures ou des Noeuds d) , lefquels fe préfen-
tenî
I
TAB XCIl, Les Etamines & autres Parties anthérîques du Chardon, io ç
tent très diftinélement à l’Oeil, quand ils font tout à fait Secs. Alors
ils relfemblent, ainli qu‘il a été dit ailleurs, à la Mollit fêche d’un Tuïati
de Plume ; ce que la Figure e) de la préfente Eflampe montre le plu®
diilin£fcement.
TABLE XCIL
Les Etamines & autres Parties anthériques du
Chardon*
Q uoi encore des Chardons ! quel Dégoût ! Oui, Leéleurs 3 vous avés Raî-
fon d’y trouver à dire. Mais pouvés vous me répondre, qu’il
n’y aît point de Cas dans le Monde, où il faille faire quelque chofe mal»
gré foi, pour ne pas palfer pour groilier ou impoli ? Voilà jugement le
Cas où je me trouve. Je fuis cependant pleinement convaincu, que
cette dernière Répréfentation, que je donne du Chardon, ne fera pas
abfolument fuperfLue. Outre que ce font les Parties elfencielles de
cette Fleur, il me femble, qu’il fera affés indifférent à un Amateur du
Microfcope, d’y confidérer telle ou telle Curiofité de la Nature : D’ail¬
leurs il y-a toujours plus d’avantage à examiner autant de Parties d’une
feule Fleur, qu’on en peut découvrir, qu’à fe faire un Amufement d’En-
fant à les paffer fimplement en Revûe dans le Microfcope.
C’efl dans cette Vue que la Figure a) préfente encore une Fois la
Tête du Chardon? qu’on voit entière dans la 89’ ne Eïtampe, mais ce n’en efl
ici que la Moitié coupée par le Milieu de haut en bas, pour répréfenter
comment les Parties anthériques fe joignent à P Ovaire ou aux Embuons .
Je crois inutile d’avertir, que la Fleur du Chardon appartient à la
C!afTe de celles qu’on nomme Flores Flofculi , c’eft à dire compofées de
piufieurs petites Fleurs particulières , ou qu’on defigne aulîi par Fleurs
portant Fleurs . Ainfi la Tété du Chardon porte Quantité de petites Fleurs^
répréfentées par f) g) h) i).
O
Chacune
30(5 TAB.XCII, Les Etamines & antres Parties anthériques Chardon,
Chacune de ces dernières eft encore compofés de plpfieurs Parties,
tout comme les grandes Fleurs ; c’eft à dire d’un Calice? à'Antblr es , d’un
PifiUle^ de Filament y de Fmjfière anthe'rique o wfmmèante k de Fruit.
11 -y-a fur VEnSrton otr îe Fruit Quantité de Poils fins & iuifans, qui
environnent le Piftille & forment le Fappus , dont la Tab, XC. répréfente
un feul filet, Je m’en vai donc rendre tout cela plus clair par l’Explica¬
tion de cette su lîe Fftmpe.
a) eft une leur flofculeufe de Chardon coupée en long par le Milieu,
pour montrer les Fiofeules qui tiennent enfemble a), fe joig¬
nent à l’Ovaire b);
e) & d) font deux des Epines qui environent Y Ovaire par dehors,
defïinêes un peu au de là du Naturel, dont l’une c) fe préfente
par dehors & l’autre d) par dedans ; tandifque e) la fait voir
un peu plus grofïie par Nro 6. La vue de ces Epines me fit
dire en moi même : Il faut bien que ces pauvres Chardons foient
les Favoris de la Nature, puifqu’elîe en préferve & garantit îe
Fruit avec tant de Soin &par des Paliftades fi piquantes. J’ai
répréfenté dans f) g) h) i) quelques unes des petites Fleurs
qui compofent la Tête du Chardon, telles que la Loupe ou le
Verre oeconomique les font voir par dedans & par dehors &
félon toutes leurs Parties. Le Calice eft entrecoupé cinq fois
en forme de Couronne, dont les coupures defeendent, jufques
vers le Tiers . Ceft là qu’eft le Piftille , lequel eft encore envi¬
ronné de 4. Anthères jointes enfemble h). Il pénètre jufqu’
au Fruit Y) & eft.entouré du Pappus k) Tout cela fe préfente
encore plus diftinéîement dans, le haut Point de Grofîiflement
par le Nro 1. du Verre Anglois contenu dans cette Ellampe.
Volés m) n) o).
Dans ce Calice découpé en forme de Couronne m) l’on voit des
Millions de Globes à Sève^ qui reffemblent aux Globules de Sang. Les An-
TABLE XCIïL Ecaille <f Anguille. -iof
thères n) font pareillement pleines de ces Globules à Sêve^ h Fan y voit
fort diflinélement les Grains de Pouflière anthérique, de même qu’au
Piftilîe o) ainfi que je les ai très clairement copies d’après le plus haut
Point de GroffifFement p) & que j’ai trouvé être des Boules rondes gar«
nies en tout & par tout d’une infinité d’autres Globules plus petits &
armés de Pointes très fines» je n'ai jamais pu voir Poujfière anthérique
ou fécondante aufli bien & suffi clairement que celle-ci. Et je fuis per-
fuadé que ees Globes p) contiennent des fubflances huileufes & d’autres
fluides, lefquelles crévant lorfque les Globes p') fe font joints au Pijlille o )
qui efl l’Organe de la Fécondation , la Sève pénètre par les Pores du Pi»
âille o) & k) pour procurer à VEmbïion ï) fon entière GroiTeur, fa Ma¬
turité & fa Perfeéliom
TABLE XCIIl
Ecaille d’ÀnguillCs
ueîle Bénédiélion pour nous autres Chrétiens ! que le Juifs ne man¬
gent point d’Anguilles comme nous en mangeons ! L’on devroit
fe faire Confcierice d’apprendre à ce Peuple reprouvé, que /’ Anguille a des
Ecailles & qu’elle ne fauroit être mife au Nombre des Poiffons dont Moïfe
a deffendu PUfage aux Enfans dlfraël dans leChap. u.v» io^ du Leviti-
que & dans le Chap. 14. v. 10. du Deuteronome.
Car fl les Hebreux fe mettoient à manger des-Anguilles, ils les fe*
rodent certainement enchérir de la Moitié.
Mais efi-il bien fiïr que ï Anguille ait des' Ecailles ? me demanda, il - y - a
quelques Années, tin de mes Amis 5 à qui je répondis qu’ Oui, fondé
V
fur les Ecrits de Lewenhoeck *. Mais un Jour qu’il m’invita à manger
un Pâté d’Anguilles, il me prouva le contraire* Je demeurai du de¬
puis dans une Incertitude léthargique là deflus, n’aïant ni le Teins ni
' O 2 l’Gcca-
Ontlcdingen en Gntdekkingen van de onfigtbare verborgenthende tôt Leyden
pag.4P»
s
*o8 TABLE XCIÏL Ecaille d’Anguille.
rOccafibn d’en faire des Recherches exactes* En un Mot je n’ypen*
fai plus*
Mais le Hazard m’aïant mis iï -y - a quelques femaines, entre les
Mains une Vieille Peau d’une Anguille de deux Livres ; ce Rencontre
\
m’a rappelle' la Difpute que j’avois eiie avec mon Ami en mangeant fon
Pâté,
J’entrepris donc d’examiner curieufement cette Peau, pour voir fi
elle avoit des Ecailles ou non. D’abord en l’Examinant en Bloc, je ne
pus rien appercevoir, qui eût du Rapport avec S Ecaille*
Il me vint dans la Penfée, que V Anguille pourroit bien n’avoir pas
été ailes grolfe ; puis je pris la Loupe ; mais avec aufii peu de Succès;
jtffqu* à ce qu’enfin j en mis un Morceau de la Largeur d’un Pouce fous
le Microfcope compofé de Mulchenbrock, quoique ce ne fût que par le
Nro 6, qui elt bien le moindre Grodilfement, pour examiner tout à la
Fois une fi grolfe Pièce, J’y vis cependant plufieurs Raies, qui alloient
de Tort & de Travers, Fig. b) & ce là me fit conjecturer, qu’il pourroit
y-avoir une Peau qui couvrît toute la Couche d’Ecailles *.
Mon Idée ne me trompa point. Car aïant laide un peu de Peau une
Heure dans l’Eau, Valant enfuite raclée avec un Canif, &puis aïant expofé
ce peu de Peau avec la Loupe à la Lumière, je le vis couvert de Taches
brunes & de petits Points c). Pour la Couleur, elle êtoït Paille. Quel¬
que peu que je fuite fatisfaic de ce Speétale, je ne lailfai pas de pouffer
ma Pointe. Je Je retrempai dans l’Eau, & l’en aïant reforti au Bout
d’une Heure, & l’aïant purgé du nouveau Limon, qu’on y voïoit ; je
découvris enfin les petites Ecailles, qui faifoient relfembler ce peu de
Peau à un Morceau â’Tvoire blanche d). Que fi on laide un peu fêcher
cette
* Lewenhoeck a prisces Raies qui vont à Tort & à Travers, pour des Vaiïïeaux nés
4
fins, qui font tout Je Volume de la Peau visqueufe. extérieure. C’en font aulïï,
Se tout Amateur peut le découvrir par le GrolMement,
'
T. XCIV, Obfèrvationsmîcrofcopiques,faites fur dés Langues &e. 109
cette Peau , les Ecailles s’en lèvent d’elles-mémes en l’Air, fans que
pourtant; on les en puifle tout à fait détâcher, fans les rompre
on déchirer ; il faut plutôt les mettre encore humides ou mouillées
entre les 2. Verres du Porte-Objet , afin de les y pouvoir étendre ; car
autrement elles fe recourbent comme de la Corne. Le Leéleur verra
a) une de ces,Ecailles d’Anguille de Grofieur naturelle, & e) telle que
mon Nro 2. me 1 * a fait connoître,. couverte d’une Infinité de gros &
petits Edifions de Figure ovale» Voilà donc Lewenhoek juftifié, mon
Ami vaincu & avec lui tous les autres Adverfaires, & Preuve fuffifiante,
que l’Anguille n’efl: pas du Nombre des Poifions défendus dans le 3. &
' 5. Livres de Moïfe. Si l’Anguille efi: un Manger fain, ou non ? C’eft ce
que je iaifie à difeuter à ceux, qui font obligés par Etat à décider de
pareilles Queftions*
Pour moi à qui elle n’a jamais fait mal, fi l’on venoit aujourd’hui à
me faire Préfent d’une, je m’embarrafierois fort peu de la Superftition
judaïque, & encore moins renverrois - je un Morceau aufii chèr k aufil
friand.
TABLE XCIV.
Obfervations microfcopiques, faites fur des Langues
de Veau & de Boeuf
M alpjghius ** m’ a fourni TOccafion d examiner par le Microfcope
la Langue cet Organe du Goût, k j’y ai trouvé tant de Parties re¬
marquables, que je ne faurois les placer toutes dans cette Partie de mes
Amufemens, mais que je referverai pour un Temps plus commode &
pour une autre Occafion
Je ferois charmé de pouvoir fuivre l’Avis amical, qui m’a été donné
dans la 3. Partie dts gefefljcbaff'tlicben Erzaehlungen Contes familiers) lequel
je reçois avec bien des Remercimens, k ne faire aucune Mention des
O 3 Ecrits
* Marcel Malpîg. Exercit. Epiftolica de Ling. 1664. in Oper P MalpighjL
* * Volés Tab, VIII. de la 3. Partie»
i io TAB. XCIV. Obfer valions microfcopiques, faîtes fur desLangues
Ecrits des Sçavans, pour me renfermer uniquement dans les Operations
micrQfcopiques.
Mais me voïant à la Fin de ma 2 me Partie ; je ne fuis pas bien aife
de changer de Méthode ; & dans la Suite je ne donnerai plus à quelques
Lecteurs dequoi fe plaindre de moi. Car j’ai Quantité d’Amateurs de
Confidécation, qui étant fans Etudes, ne font pas fâchés de trouver dans
ces Feuilles quelque chofe du Régné de l'Erudition, qui fut à leur Por¬
tée & leur fît connoltre les Caufes de certains Effets, pour en avoir
d’autant plus de Sujet d’en louer & admirer la Sageffe & la Toute-puif-
fance de Dieu e Cependant pour faire voir efficacement le Cas, que je
fais de ce bon Avis, j’ai déjà commencé dans cette Pièce, d’examiner
autant qu’il m'a été poffible les Obfervations de Lewenhoeck, & de Mal-
pighius, ,en laiffant au Public impartial à juger, qui des Anciens ou des
Modernes, méritent la Préfé,rance, ,&.à prendre la Peine, de confronter
& de comparer les Ecaillés à*Anguille de Lewenhoeck, & les DeJJeîns des Lan¬
gues de Malpighius avec mes Eftampes P3.94, & la fuivante.
Ainfi pour tâcher de fatisfaire tout le Monde, je m’en vai dire deux
Mots des Caufes du Goût avant que d’entrer dans l’Explication de la
Eftampe,
La Langue confiffe en differentes Pièces*, & Il-y-a deux manières de
l’examiner ; i 1T, ° par fes Parties externes ; par les internes ; l’une &
l’autre font d’excellens & dignes Objets pour le Microfcope, & donnent
affiés d’Occupation aux Amateurs de la Phiîique,
Suivant la première Obfervation, l’on voit fur la Surface de la
Langue Q je parle de Langues de Veau & de Boeuf) trois fortes de petites
Eminences , reiîemblant à des Crochets, à des Verrues, & à des Champi¬
gnons* On les appelle Papitles ♦
Celles à Crochets couvrent pour la plupart le Bout & la plus grande
Partie de la Langue , & l’on en fent /’ Elasticité & le Gr alignement,, en
paffant feulement la Main depuis la Racine de h Langue , jus¬
qu’
TABLE XCHL de Veau & de Pc eu f. ni
qu’ au Bout J'en donnerai la Caufe avec plus de Détail, quand j’en dé¬
crirai la Figure,
Les Papilles ronds ont leur Siège, au Milieu, aux Côtés & même à la
Peau du deffous du Bout de la Langue ; de forte que parle Microfcope,
ils reffemblent à des Champignons ; & il ont' totite la Surface couverte
de petits Pores . Sur le Derrière, vers la patine de la Langue , eft la troifiè-
me Efpèce , affés differente des deux premières, & enfoncée dans un
Anneâu, qui forme comme uneTaffe tout au Tour, Elles femblent être
formées de Cinq Feuilles ou Parties, comme une Rofe fermée, & elles
ont une petite Enfonçure au Milieu,
Voilà ce que reffemble la P*au fuperiéure ou le Seran de la Langue,
Dés que Ton ôte celle-là, on trouve la Peau gluante dans laquelle l’on
peut voir les Conduits vers les Pointes en Forme de Cornes. Au deffous
de celle ci, il y en a encore une autre, en Forme de Réfeau & tranlpa-
rente, aïant beaucoup de Rapport à la Subftance pelliqueufe du Citron
& de l’Orange» Après celle ci vient une Pellicule mince & délicate entre¬
lacée de très petites Vénes ; & enfin vient la Cbair compofée de Fibres 9
de Nerfs & de Mufcles ; laquelle eff autre au Bout, autre au Milieu, &
autre au Derrière de la Langue*
s
Tous ces Organes fervent pour la plupart à procurer le Coût , quoi-
quil y en ait qui caufent les differerïs Moüvemens, Plis & Tournemens
de la Langue. Car que nous goûtons, & éprouvons tant de Diverfité
dans les Goûts , cela vient des Papilles & du Suc, qui eR caché' en elles Sp
qui délie les Corps, que nous portons fur la Langue,
Or comme le Goût ne vient que du Taél ; de même que tous nos
autres Sens, qui femblent fe redviire tous à un, qui eff le Sentiment suffi
eff ce par le Taft, que les Sels opèrent le Goût fur la Langue ,
Tout Corps, qui n’a point de Sel, lorsqu’il eff diffous, ne fait pas
plus d’Effet fur la Langue 3 qu’il en fait fur la Main & furies autres Parties
• de
ïiz TAB.XCXV. Gbfervations tmicfofcopiques,faites fur desLangues
de la Peau. Nous difcernons à la Vérité le Poids, la Preffioif, la Dou¬
leur, laFineffe, la Dureté & la Rudeffe, le Froid, le Chaud &c- Mais
dcfque les Corps faleux touchent nôtre Langue , il en naît ce Senti¬
ment, que nous nommons Goût & qui efl different de tous les autres
Tacts,
Mais cela ne vient pas du Sel feul ; car l’Humidité qui efl: dans les
Papilles de nô.tre Langue, & que nous appelions Salive y a auffi Part.
Car qu’on mette fur la Langue un Morceau fec de Sel, d’Alun, de
Salpêtre &c„ Ion n’en fentira le Goût, que lorfqif il fera forti de la Lan -
gue autant de Salive , qu’il en faut pour le diffoudre, pour pénétrer
enfuite les Pores de la Papille.
Que les Sels aient des Particules fi extraordinairement petites, qu’
elles puiffent s’infinuer dans les moindres Ouvertures, c’eft ce que nous
ont appris les Obfervations microfcopiques, que nous avons faites juf-
qu’ ici fur la Diffolution de differens Sels.
Plus il s’en diffout de tout le Corps, plus il en peut entrer dans les
Papilles , & plus le Goût efl fort.
Il y en a qui croient, que ce font les differentes Formes & Figures
des Sels, qui caufent les Changemens & la Diverfié des Goûts ; mais les
Sels n’operant, que quand ils font diffous, & dans la Diffolution ne con-
fervant d’autre Figure, que des Particules entièrement Ovales, tant que
la Diffolution efl fluide ; d’ailleurs le Sel mort & infipide confervant fa
Figure ; il y-a Lieu de douter de la Vérité de cette Opinion *»
Les Sels opèrent différemment fur la Langue dans les Papilles, c’efl
à dire, ou fur une feule Partie , ou ils prennent toute la Papille ; & ainfi
ou ils pénétrent oi,ftrc en outre jufqu’ aux Nerfs , ou ils ne font que re¬
tirer la Surface. S’ils pénétrent jufqu’ à la Racine des Nerfs , l’on fent
une
» Prin. lin, Phyfiolog. Cap. XV, de Mr. de Haller»
■ ! TABLE XCIV. de Veau&■ de Boeuf. ïï$
une Douleur jointe au Goûr. En Revange le Goût eft beaucoup plus
doux, quand il n’y-a que la Surface de la Papille de pénétrée.
Or il eft palpable que tout Goût ne pénétre point jusqu’aux Nerfs ,
en ce que fouvent il palTe bien-tôt ; mais &; s’il alloit jusqu’ à la Peau
des Nerfs ; il feroit bien de plus longue Durée. ;
„ Ou, pour m’exprimer d’après d’excellent Hamberge\\ P Operation
„ s’en fait ou extérieurement, ou intérieurement,* Extérieurement
3 , par Adhéfion , lorsque les Particules de Sel ne s’attachent qu s à la Peau
„ de la Langue , & intérieurement, lorsque s’êtant mêlées avec la Salive,
„ elles retirent les Foffettes en Forme d’Anneau des Papilles nerveu -
,, fes t Car alors la Papille devient plus courte & plus petite & le Nerf
„ fe rétire & fe bande, ce qui doit naturellement caufer plus de Senti-
„ ment.
Mais les Goûts ne font pas les mêmes dans tous les Hommes 5 car
il eft autre dans les Enfans & autre dans les Adultes & les Gens avanc¬
ées en Age, C’eft ainfi que les Prenneurs de Tabac, les Buveurs deVin,
de Bierre & d’Eau, ne reffentent pas non plus le même Effet de ce Sens*
L’on dit en Proverbe: De guftibus non efi dijputmdum . A l’un on
peut facilement tout trop faler , & à l’autre jamais affés. Ainfi ce qui
ragoute l’un, dégoûte fouvent l’autre*
t
Il eft encore Queftion de favoir, quelle Partie de la Langue eft 1 $
plus affeélée par le Goût, Je n’ai Garde de rapporter ici toutes les dif¬
ferentes Opinions, qu’on a là deifus. Je me contente de dire en peu de
Mots, quaprès bien des Experimens il s’eft trouvé 3 que PAffeélion eft
plus forte au Bout de la Langue & de plus de Durée au Milieu ; c“ eft
ce que Hamberger a fouvent exprimenté avec des Tu'iaux Capilaires fur di»
tr
verfes Perfonnes,, auxquelles il mettoit une petite Goûte à" Ejfence de
Pinpinslle ou d’Arcanum Tartari, fur la Racine, le Milieu & le Bout de la
P Langue ,
* D.< 3 eo, Erh, Hamberg, Phyfîol, medic, Jen* 1751. C, XI, Se&, Ils
ï 14 TAB.XCIV, Obfervationsrmcrofcopiques, faites fur des Langues
Langue , lesquelles font toutes demeurées d’Accord, que le Goût avoit
été plus fort au Bout & de plus longue Durée au Milieu, Différences
qui ne peut s’attribuer, qu’ à la differente Struéfure des Papilles.
Enfin il eft certain que le Goût varie extrêmement ; je ne ferai Men¬
tion que des plus ordinaires, qui font
i) l’aigre, 2) l’alkalique, 3) le falé, 4) le doux, 5) i’amèr,
6) Turineux, 7) l’Epicé, 8) l’âpre, 9) le rude, 10) le cor-
rompu, 11) le mort, 12) le fpiritueux & tant d’autres.
La charitable Nature en a fait une fage Diftribution, principalement a-
finque le Bétail eût le Moïen de difcerner les Alimens, qui lui font pro~
près d’avec ceux, qui lui font nuifibîes. Et voilà auffi pourquoi, il a
des Papilles beaucoup plus grofies & plus fortes, que nous autres
Hommes, D’où il refulte que le Goût des Animaux eft beaucoup plus
fort que le nôtre. Et de là vient, qu’ils ont des Langues fi dignes d’Ad-
miration, puis qu’ils mangent des Herbes , & des Racines, dont les Par¬
ticules de Sel font les plus mordantes. Quelle Toute-puiffance ! quelle
Profondeur de la Sageîfe divine 5 ne nous eclaire-t-elle pas dans cette
feule Confidération!
Quel mifterieux Laboratoire de Chimie, quelle furprenante FabrL
que d’Elemens, s’ouvre-t-elle ici à nos Yeux ! Helas \ nous n’en pou¬
vons voir que l’Hombre ; car du Refte comment il eft pofiible, que U
* ' . . . • • ; ■ - / . 1 ■ •
Salive ou l’Humidité qui fort des Papilles, délie fi promtement & en
moins de rien les Parties faîeufes, pour les faire opérer fur toute la
Langue ? c’eft ce qui fera toujours un Miftère caché à nos Yeux, & qui
nous fait écrier.
O quantum eft quoà nefçlmus !
Aveu, qui ne doit faire Honte à aucun Mortel.
.ï * -=
Expi î-
TABLE XCIV. de Veau & de Boeuf, iï§
Explication de la XCIV, Table
Fig. A) répréfente une petite Langue de Veau bouillie s fur laquelle on
voit a) les Papilles qui font à la Racme de la Langue , vers les deux Cô¬
tés du Foramen coecum , & qui font comme entourées d’un Foffié ; Elles
ont ç. Parties en Forme de Feuilles comme une Rofe fermée & au Milieu
une Enfonçure marquée, telle qu’on montrera grolïie dans la 98 me Eflam»
pe, qui fuit Fig. I. Elles s’étendent fur la plus grande Partie de la Lan -
gue jufqu’ à. e); puis fuivent les Papilles à Crochets , ou relfemblant à un
Seran b) que fig. a) répréfente au Naturel & B) groffies. c) Répréfente
la féconde Peau avec les Trous, ou tenoient les Crochets. Pour d) c’efl
la troifième ou la Subftance réticulée , dont on voit Fig. C) un petit Bout
fort groffi. Et e) fait connoître la quatrième Peau & la plus fine , mais
qui efl très difficile à feparer de la Chair. Elle efl entrelacée des Fines
les plus délicates & les plus déliées ; & c’efl fur le Bout de la Langue, qu 5
on apperçoit la troifième Efpèce de Papilles en Forme de Champignon,
Je la répréfenterai auffi dans I’Eflampe prochaine dans fon Groffif»
fement.
Fig. B) efl le Groffiffiement d’un petit Morceau a) du Seran d’une
Langue de Boeuf fraîche, lequel on a coupé perpendiculairement avec
un bon Rafoir, auffi mince qu’on a pu, en prenant cependant un peu
de Chair'-, b) marque les prémières Papilles à Crochet, qui grattent quand
on pafTe la Main deffus Elles reflemblent à des Dens de Cochon, &
elles font fort élafliques, de là vient qu’elles ne fe caffent point, quand
même on les frotte à Rebours avec la Main ; mais qu’elles fe redreffen£
tout auffitôt que la Main a paffé.
C) Defigne le Milieu de ces Papilles à Crochet ou leurs Tuïaux, qui
enfoncent plus de trois fois autant dans la Peau , qu’elles fortent fur la
Surface. Ces Tuïaux font très tranfparens & clairs; mais en bas vers
v
leurs Racines, l’on voit de petites Fénes d) y monter de dedans la Chair.
Peut-être efl-ce ces petites Fines qui font que l’Extrémité de ces Papilles
Fi a Cro~
ii$ TAB,XCIV»Obfervations mîcrofcopiques,faîtes fur des Langues.
à Chrocbet paroît fouvent rouge comme du Sang, & peut-être font elles
les Organes qui préparent, & qui conduifent jufqu’ aux dernières Poin*
tes des Papilles cette Seve, qui opère le Goût & produit la Difîolution
des Particules de Sel. Enfin elles tiennent en bas à la Racine par Nombre
de Filamens, de Nerfs & de Fibres très déliées e) & f) que l’on peut
fort bien voir & diftinguer ça & là dans la Chair & à de petits Mufclesj
en Partie par des Enlacemens & des Arcs ferpentens, qui fe furmontent
les uns les autres, en Partie s’entortillant à TortSt à Travers très confu-
fément les unes dans les autres.
Fig. C) fait voir un petit Morceau fort groffi de la Peau en Tome de
Rézeau , dont la GrofTeur naturelle eft e) & que j’ai examiné par Nro a,
du Verre Anglois. C'eft la Peau à laquelle tiennent les Racines des Pa¬
pilles c) de la Fig. B. J’y ai vu deux fortes d J Enfonçures i grandes & peti¬
tes, les Grandes a) font les Cavités qu’y ont laifsë les Papilles , quand on
les en a arrachées ; les Petits b) je les tiens pour les Pores. J’ai encore
remarqué très dillinélement quelques Papilles à Chrocbet , dont l’Ecorce
brillante de dehors, s’étoit levée avec la première Peau de Langue» c)
Elles reffetnbloient à des Cornes de Boeuf, dont on auroit auffi ôté la
première Ecaille. L’on pourra me demander encore, Ji les Papilles en
Champignon n’ont point iaijfé de Trous apres elles ? J’avoue, que je n’oferois
affirmer pohtivement cette Quefliôn. Puisque, au Lieu de Trous , j'ai
vû plutôt des Eminences , caufées par la Peau de leurs Têtes, qu’elles y
avoient laiiTée. Cela me fait conjecturer, que les Papilles en Champignons
tiennent par leurs Verrues ou Têtes charnues ferme aux Nerfs, auxquels
elles font attachées, & qu’elles n’en abandonnent que la première Peau,
comme l’on peut clairement apperçevoir par les deux Peaux de Papille d)
d). Si le Lecleur vent fe donner la Peine d’examiner de plus près ces
Morceaux par le Microfcope folaire, je lui en promets d’avance des
Fruits très agréables. Les Papilles d Crochet fe préfentent tout autres à
la Paroi Manche & l’on reconnok beaucoup mieux leur Structure , qui
paroît compofée de Millions de Globules , Je les ai moi même le mieux
- u > 8c
lVUi.A’C'W
1
T. XCV. Continuation des Obfervatîons, faîtes fur la Langue Szc. nj
& ie plus diftin&ement examinés par Nro f. du Verre Anglois, dans
un Eloignement de ç, à 6. Pas, de la longueur de 4* Piès & d’un de Lar¬
geur, Ceft là qu’on peut découvrir bien des ehofes, qu’on ne fauroit
rendre ni par la Plume ni par le Burin.
TABLE XCV,
Continuation des Obfervations, faites fur la Langue
de Boeuf.
P our pouvoir mieux montrer le Siège des Papilles en Champignon , voi¬
ci un Bout de Langue fraîche préfcnté par deffus & par delïous,
La Figure D) fera connoître comme ces Papilles ou Venues font plantées
en trois Files prèfque tout au Tour delà Langue, tant par dedus, que.,
fuivant Fig. E) par dedans. J’ai bien auffi marqué les Taches noires
parfertiées ça & là ; mais je ne puis déterminer d’où elles proviennent.
Pour reconnoître tout cela plus clairement, l’on voit Fig. D) dans a} les
Papilles d Nerfs, dans b) les Taches noires, dont je ne fais ni 1 Origine ni
le But, c) font les Fibres & les Nerfs , qui font d’abord au dedous de la
première Peau, & qui forment comme tin large Ligament de Nerfs , au
dedus de la Chair de la Langue d). Fig. E) préfente la Partie toute unie
du Deffous du Bout de la Langue e) avec les Venues ou les Papilles en
Champignons f ) tout à l’entour*
Fig. F) répréfente le Ligament de Nerfs groffî par la Lentille de
Streicher Nro 6 . avec les Fibres de Chair & les petits Mufcles, qui font
entre deux ; comme audî les Papilles en Champignon g) & les Nerfs h) ; le
tout examiné par le Microfcope compofé.
Nro. I.) eft une Papille de la Partie du Derrière & de celle du Mi»
lieu de la Langue, pareillement examinée fous le Microfcope de Mar*,
fehah dont la Groiïeur & Figure naturelle fe voit a) & fon Groilidement
par Nro 3. b), j’ai déjà remarqué, que cette première Efpèce de Papil-
le
n8 T.XCV, Continuation des ObfervatioKs, faites fur la Langue &c.
les reflemble aux cinq Feuilles qui renferment le Bouton d’une Rofe, les¬
quelles font au Milieu une petite Ouverture & qui ont une petite Foffe
tout au tout, dans laquelle, les Papilles s’enfoncent. Voila ce qui doit
faire, que le Sentiment des Particules de Sel dilfoutes, qu’ elles attirent
par leur Mouvement attraélif, ou le Goût , dure plus long tems que dans
les autres Verrues, qui font au Bout de la Langue, tant delfus qeie def-
fous.
Nro IL) font au contraire les Verrues en Champignons ou les Papilles
à Nerfs , qui fe trouvent mêlées au Bout de la Langue parmi les Papilles à
Crochets. Dans b) elles fe préfentent de Groffeur naturelle, avec leurs
Nerfs e) lefquels d) & e) font voir Groflis. Chacune a fa Tête de
Verrue f) f ) f) laquelle efl comme criblée de Pores, & elle a fon Nerf
particulier. Toutes les trois & même quelque fois 4. & f. fortent de
la même Tige principale, qui fe perd dans la Clair de la Langue, & qui
a, comme Pon vient de dire, les T'êtes de Verrue fur fes Rameaux. Ces Ver¬
rues & leurs Nerfs cachés fous la Peau ne s’obfervent, qu’avec bien de
la Peine & de la Patience. Ceft ici qu’il faut ufer d’Induftrie, Souvent
tous les Microfcopes naboutilfent à rien. Le Microfcope en Forme de
Compas et le Compofé rendent de bons Services, dès qu’on a eu le Bon¬
heur de féparer de la Chair ces Verrues avec leurs Nerfs. Mais pour les
voir dans la Chair au travers de la Peau, il ne faut que la Main & un
Verre Médiocre, tel que N10 4. Avec cela l’on fe tourne en plein Jour
vers la Fenêtre ou de Nuit vers la Lumière ; l’on coupe un bon Mor¬
ceau de Chair de la Langue, de la Pefanteur de quelques Onces , & après
en avoir tiré la Peau, on l’examine d’aulîî près qu’on y peutq>arvenir par
la Lentille & par la Main. Je donnerai d’autres Eclaircilfemens dans
quelque autre Endroit. *
TABLE
* Dans la 3. Part, Tab, VIII. & XX,
Ï’AB. XCVT.
TABLE XCV. Conclufion des Obfervations fur la Langue. ir$
TABLE XC VL
Conclufion des Obfervations fur la Langue*
près avoir fait voir par dehors la Peau aux Papilles delà Langue, au«
X jL tant que l’Elpace l’a pû permettre ; qu’il me loit permis de la
montrer par dedans, en quoi elle ne donnera pas un Speélale moins
agréable à voir* Il faut pareillement de l’AddrelTe, pour y trouver les
Couleurs, que j y ai répréfentées. La Peau une Fois feparée de la Chair,
ce qui eft bientôt fait dans une Langue de Boeuf cuite , l’on peut exa¬
miner un peu la Langue écorchée. Et combien d’Qbjets dignes d’Atten»
tion n’y trouvera pas un Phificien diligent ? Il y verra des Centaines de
Ttiiaux ou de Verrues Couleur d’Argent, plantées à la Ligne ; cela fait, il
pourra palfer plus avant dans la Chair & confidérer cette admirable
Structure de Fibres, de Nerfs & de Mufcles. Cependant la Peau aux
Papilles , fe deftechera un peu & deviendra propre aux Obfervations»
Quand elle paroït brun-noirâtre, on la met pareillement contre le Jour ;
d’abord on regarde le Dedans de cette Peau avec une bonne Loupe
Nro 5. & 4. laquelle on tient un peu élévée afin qu'on puiiTe, par le
Moïen du Verre, confidérer les Trous par delfous. Voilà pourquoi j’ai
deftiné & répréfenté ici cette Peau tournée par en haut & par en bas,
ainfi qu’elle préfente fon Dedans des deux Façons à travers le Micro-
Fig, G) la montrera donc la Pointe en bas, de îa Façon qu'elle fe
préfente à l’Oeil nud avec fes Papilles, fes Pores, & fes Taches noires.,
avec une Rangée de Papilles à Crochets a) îa Pointe en l’Air.
H) en eft un petit Morceau , qui fe préfente L groffi par Nro. 4. avec
quelques Papilles à Crochets a). Aïant apperçu ces Verrues à Crochets
en Partie cafiees, j’ai crû, qu’il ne feroitpas hors de Propos, d’en répré-
fenter les Bouts & de les faire connoître fous tout une autre Figure 5
qu’elles ne paroilfent dans PEftampe 94, Fig. B» J'en vis donc ici coml
sio TABLE XCVH. Parties microfc'opïqués du CafFée,
me une Haie ou Bande blanche & large, dont la Peau n’êtoit point tran*
iparente, parce qu elle étoit bouillie, voi b). Les unes étaient entières, c)
d’autres n’avoient perdu que la Pointe d) le Refie étoit tout mutilé, &
il y manquoit plus de la Moitié e). Cefl en celles-ci que je remarquai,
qu’elles etoient creufes, à moins que l’Ombre ne m’eût trompé, & qu’il
ne s’y fût mêlé quelque Fallaee Optique. Car dan) le Milieu je ne vis
point de Tuïau qui allât d’outre en outre y mais je vis feulement en
haut une Tache noire ronde, qui s’enfonçoit dans l’Ombre & qui ref-
fembloît parfaitement à un Trou. Dans f) la Peau eft deffinée par de¬
dans avec fes Pores $ fur laquelle font g) les gros Trous des Racines des
Papilles en Champignons ; dont les Prémières m’ont paru fous leMicrofcopç
de Figure Ovale, & de Couleur moitié Or, moitié Orange', &les fécondés
rondes & brun-jaunâtre. Que l’on tourne cette Peau de forte quon en
tienne la Pointe en haut, ainfi que montre Fig. L. Les Trous des Pa¬
pilles fe préfentent auffi à rebours & la Couleur d’orange & de Feu , qui
fe vo'ioit en bas fe voit ici en haut, tandisque la Jaune fe préfente à la
Moitié inférieure de c zs Trous I), Les Trous des Verrues rondes en Cham¬
pignon K) demeurent brun-jaunâtre. Ces Couleurs peuvent s’attri¬
buer avec certitude aux Ruions delà Lumière, & de là on peut inférer,
que fi les Papilles à Crochets ne font pas creufes, elles font du moins bien 1
tranfparentes, puisque le Jour les peut tellement pénétrer. Si le Bout
de la Langue K)' a été répréfenté par dehors, ce n’a été que pour le faire
voir auffi de ce Côlé là ; mais fi l’on en veut voir les Trous , comme ceux
de la Fig. L. il eft naturel, qu’il faut auffi le faire par le Dedans, & ert
tenir la Pointe élevée, ainfi qu’il a été dit*
TABLE XCXVÏI. & XCVIIL
Parties microfcopiques du Caffée,
L e Leéleur pourroit-il trouver mauvais, qu’avant que de finir entiè¬
rement cette fécondé Partie, j’aïe l’Honneur de lui fervir le Caffée ?
Et
tab.xcw .
m&m
WÊS&k
mmâl
mm*
i^teg
ISË*
Mlï
Wém
Ife
T À B L E X G y IL Parties nncrofcopiques du Caffée. i tï
Et n’obliger ai-je abfolument qui que ce fait» en lui faiTant voir commenx
efV conditionné le Fndt, dont on lui prépare une Boilfon fi agréable ? Je
ne veux pas cependant croire, que ceci donne à Perfonne Sujet de me-
prifer ce Neétar ; ainfi que vouloit faire dernièrement une jolie Dévoté,
lorsque je lui racontai où le Caifée croiffoit* Helas, cher Coufin , me di-
foit elle toute cffraiée, chés des Cens noirs ; eh ce font des Turcs qui mangent
les Blancs ! Dieu me préferve de boire â f avenir du Caffée ! Je brûlerai de l'Orge
& des Amandes enjemble t & ainfi je /aurai que je prends du Caffée chrétien . Mais,
entre nous, elle fit comme cette Femme, qui étant pour la première
Fois en Travail, vouloit abfolument, que l’on fortît de la Chambre les
Chauffes de fon Mari; mais qui, heureufement délivrée d’un joli petit
Garçon, changea à l’Inflant de Sentiment, & fe mit à crier à fa Servante,
qui etoit occupée à executer fes Ordres : Pour le Coup vous les peuvéslaif-
fer là. Quanta nôtre Caffée, nous lui faifons une Efpèce d’injure de le
qualifier de Fève, Il n’en a que quelque petite reffemblance ; car
même faConftitution intrinféque eft fort differente de celle de laFo^ainfi
que je ferai voir plus bas.
Il-y-a dans phifieurs Jardins confidérables de l’Allemagne Quantité
d’Arbres ou plutôt d’Arbrilfeaux de Caffée. Dans le magnifique Jardin
de Monfeigneur la Marggrave de Bayreuth feul, il y en a je fai combien
de très belle Apparence ; c’efl aufli de là que j’ai eu le Rameau , que j’ai
ddliné ici d’après Nature ; mais il étoit fans Fleur. Ce Deffein montre
tout diftinétement la Z/ear, le Fruit & les Feuilles comme autant de Pro¬
priétés particulières au Caffée. L’Arbriffeau eft verd non feulement tout
l’Eté ; & tout l’Hiver (chés nous dans des Serres; mais en Arabie, enPerfe
h dans les Indes en pleine Campagne) mais il porte aufii fur fes Ra¬
meaux toujours Fleurs & Fruit enfemble. Autre fois cet Arbre n’étoit
connu que dans le Roïaume d’ Terne dans l’Arabie hûreufe, & furtout aux
Environs de la Æêque ; mais aujourd’hui l’on nous en apporte de Bata¬
via, de la Martinique, de S, Domingue, de Bourbon & d’autrres lies ou
CL ’ il
in TABLE XC VIL Parties microfcopîques du Caffeë.
il croît en pleine Campagne, & dont 1 Arbre y pouffe fa Tige jufqu’ à 40.
Pies de haut, tandis que parmi nous elle parvient à peine à 6 . Sa Grof-
leur peut avoir dans ces Pais là 5. Pouces de Diamètre ; mais dans nos
Jardins, elle n’en a que deux» Cette Tige efl: garnie jusqu’ à la Cime de
Hameaux, qui eroiffent vis à vis les uns des autres en Forme de Croix»
Les Feuilles ont aulli beaucoup de Rapport avec celles du Laurier, &
elles eroiffent aulli feule à feule. C’eft entre ces Feuilles que fe prêfen-
tela Fleur ; qui efl blanche & reffemble au Jafmin. Elle a cinq Etamines
avec leur publie & donne une Odeur très agréable. Le Fruit qui en
provient, reffemble à un Bigarreau & la Chair en efl d’un Goût déli¬
cieux. Quand on ouvre une telle Cerife de Caffée , l’on y trouve deux
iïoïaux, que nous appelions Fèves de Caffèe, En Arabie & dans tous les
pais etrangers, le Fruit pend à l’Arbre jufqu’ à ce qu’il s’ouvre de lui
même. Les Arabes de la Campagne ramaffent enfuité ces N diaux ou le-
mences de Caffée & les livrent fur des Chameaux dans les Villes. On k
nomme diverfementy les Arabes l’appellent Bon ou Ban , Bunna & Buncbos;
les Egiptiens Caova • les Anglois Coffetrêe ; ailleurs & chés nous on l'ap¬
pelle C<$f& r Coffy r Cfiffêe. Je laiffe au Ledit ur à fupputer combien ce
Fruit fait for tir d ? Argent comptant d’Allemagne ; le Gaffée y étant de
nos Jours fi commun/que le moindre Mendiant en fait cuire des Potées
en Place de Soupe, & que nos Païfannes du Marché aux Herbes le boi¬
vent auffi bien que les Bourgeois les plus notables. Encore paffe, fi
l’on n’alloit pas ju'qu à vendre Lit & Nipes pour en avoir ! Etrange Ef¬
fet, & cependant encore hier une pauvre Fileufe de Laine engagea à une
de mes Voifines une feule bonne chemife quelle avoit, pour avoir de-
quoi s’en faire. Envie d’Enragé, terrible Paillon ! Mais les Suites en
font trop connues, pour m’arrêter plus long-tems à en parler. Je paffe
donc à l’Explication de cette
XCVir Efiampe,
dans laquelle a) eil le Bois dur du Rameau; b) le Jet tendu > c) les Feuiiïes
avec
TABLE XCVIL Parties microfcopiqBes dti CafFee* 121
avec, leurs Cotes ; D) un nouveau Rameau qui fort d’entre les deux Feuilles ;
d) la Fleur & fes Boutons ; e) la Fleur deftinée un peu au delà du Naturel ;
£ ; la même ouverte, pour faire voir les 5. Filamens avec leurs Etamines
tenant aux y. Feuilles ; ff une des Feuilles , qui montre comment &
en quel Endroit eft attaché le Filament, c'eft à dire tout au Tçur du
Giron de la Fleur ; g) le Pifiille ou le Style? aïant à fa Cime deux Stygmes
ou Verrues faifant une Efpèce de Fourche aux Becs recourbés, & au pie
l'Ovaire h), Le Pifiille g) & l'Ovaire h) font envelopés par le long Tuiate.
cylindrique de la Corolle £ & celui-ci eft au bas dans- un petit Calice à
quatre Pointes en forme de Couronne Les Filamens en Forme dt Alêne
font plus courts que les Etamines qui flottent par deffus qui font
d’abord d’un Jaune pâle & puis gris. Les f. Feuilles font coupées jufqu*
au Tuï'au, elles fo plient par en bas, elles font blanches comme Nége, &
donnent une Odeur aufti douce Esc aufti agréable, que le Jafmin, Le
Germe ou l’Ovaire h) va toujours en grofîlffant avec fes deux k même
quelque fois, quoique très rarement, fe trois Embrions, qui deviennent
dans la Suite les Fèves de Caffée . D’abord la Couleur de ce Fruit eft verte*
& il eft applati par deffus & par deffous comme l'Orange ; mais à mefure
qu’il meurit, fa Couleur devient rouge-clair i) puis rouge-foncé k) & enfin
rouge prefque noir 1 ). Quand il efl trop mûr, il s’ouvre de lui même &
laide tomber fa Graine qui eft le Caffée. Plus cesCerifes mûriffent, plus
elles prennent de Rides, & l’on voit aux deux Côtés une Efpécede Sillon
enfoncé, allant perpendiculairement depuis la Queue jufqu’ à la Fleur*
lequel vient de l’Interftice, qui eft entre les deux Grains, qui font de»
dans. La Peau en eft très fine ; mais la chair du Dedans qui eft jaune,
molle & mince, eft d’une Douceur dégoûtante & entrelardée de beau¬
coup de Fibres. En ouvrant une de ces Cerifes, l’on y trouve les deux
Grains de Semence, enveloppés dans une Pellicule jaune très fine. Mr.
le Concilier Trew a lui même trouvé trois Fèves dans une Cerife , Leur
Pofition dans la Cerife fe montre ici de deux Façons dans 0 & ])
124 TAB. XCVIL & XCVIII. Germe duCaffee.
on les fort. Ton voit ces précieux Grains, que nous appelions Fèves de
Càfféey dont la Figure eft eliptique-bemifpberique , ainfi qu'on voit 1 ) & m).
Quoi qu’il y en ait deux dans chaque Cerife, chacun ne laiflfe pas d’avoir
Ton Germe, qui eft au Bas du Dos, d’abord à la Fente n) ainfi que le
marque la petite Etoile, Si l’on met une Fève quelques Heures dans de
l’Eau tiède ou même froide, le Germe fe produit de lui même o) & fi l’on
coupe un peu du Bas du Dos, on le voit diftinélement dans fon Afliet*
te p). La même Chofe fepeutobferveren coupant en travers laFéveq)
où l’on trouvera tant à la Partie de ddfus qu’à celle de defious le Germe *
coupé en deux. Par r) f) t) & v) il fe voit, que les F^ves de Caffée n’ont pas
deux tioïaux enfermés l’un dans l’autre, ainfiqueLeeuwenhoek Y a pré¬
tendu, mais qu’il n’y a au Milieu qu’une Efpèce de Moile dure, laquelle
èfl à la Vérité enveloppée dans une Peau brune, mais qui enfin s’unit au
No'ïau exrerieur par une Marche Spirale ou à Pis. Enfin x) eft le Germe
d’un Noïau de Caffée, pris au Naturel, lequel fe trouve dans
la XCVIII, Eftampe
Fig. b) deffiné dans fon Grofiîffement par Nro r. du Verre An-'
gîois, & dans a) d’après Nature Leeuwenhoek du Tems duquel le Caffée
étoit Une Produ&ion très inconnue, puisqu’il ne favoit pas même fi c’
étoit une Produïïion de la Terre , m’a donné Matière à cette Obfervation,
j’en avois trouvé une Défcription & un Deffein dans fes Lettres. Mais
mes Experimens ne rencontraient pas avec fes Dejjeins pour ce qui re¬
garde le Germe, Il le peigneit avec 3. Feuilles ; mais moi Je n’en voïois
jamais que deux & un Lien qui bordoit ces deux Feuilles. Leeuwen-
hoek a aufti trouvé à la Pointe des Feuilles les Figures des Fleurs ,, mar¬
quées ici par des Etoiles , dont je n’ai non plus rien apperçu. Quoiqu’il
ait remarqué, qu’il avoir vu quelquefois les mêmes Figures dans d’au¬
tre?
* Cèminuatio epifloîarum datarum ad longe celeberrimam Regram Socîctarem Lon-
dinenfem ab Ant. Leeuwenhoefc, Lugd. Ear, 1689. in Epifl. de 9. Maji 1687. de
febis didis Coffi,
TABLE XCVIII. Germe du Caffée* iif
très Objets . Peut être falloit il les attribuer à la Pouflière ou à de l’Eau
corrompue, puis qu’il infînue, qu’il avoit laifTé long-tcms la Caffée dans
FEau. Leewenhoeck n’a fait auffi aucune Mention des Globules de Sève,
qui remplirent par Millions tout le Germe , & que j’ai marqués ici au¬
tant que j’ai pu, avec quelques Cotes, qui traverfent Us Feuilles du Germe #
Je m’étonne qu il n’ait pas non plus examiné & rêpréfenté la Pellicule
brune, qui enveloppe la Partie interne du Germe. J’ai dit plus haut, que
le Caffée fe diflingue particulièrement de la Fève par fâ Subfiance inter»
ne. Voilà ce que Leewenhoeck a recherché, & qui m’a excité à imiter
fes Recherches. Elles ont été, autant que j’en puis juger, faites avec
clarté et JuflefTe, & je m’en vai laiiTer au Leéleur à décider, lî j’en ai
approché. J’ai aufïi découpé un Noïau de Caffée & j’en ai ôté avec
une Lancette bien aîguifée, la Particule c) prife en Travers, Au Lieu
que la Fève efl composée de Corpuscules farineux & glabuleux; la Stru-
élure du Noiau de Caffée efl en Forme de Rézeau d) & approche de I e
Eponge de Mèr , dont les Interflices font remplis, pour la plupart, de
Particules huileufes, Voi. Fig. ]). Leeuwenhoek affure, qu’il n’a trouvé
cette fubflance, que dans l'Os de Palme. J’ai aufîî aperçu plufieurs
filiaux qui traverfoient, marqués e) e-)e)e) mais je n’oferois dire,
qu’ils foient creux, n’aïant pû parvenir à cette Certitude. Pour VHuile %
on voit & l’on fent très diflinélement, qu’il y en a dans les Interflices
de ce Rézeau, & de là vient auffi, qu’on n’en peut faire de la Farine^
qu’on ne lui ôte prémiérement ces Parties huileufes par le Feu, qu’ea
fèchant & rotiffant ces Parties rameufes on ne le rende propre à être
broïé.
Mais comme les Noïaux de Caffée ont encore par dedans une Feïïicuh
brune f) qui garantit la Moille de la Fève (fi je puis la nommer ainfi)
& que Leewenhoeck n’a pas daigné en faire Mention, je l’ai trouvé
d’autant plus digne d’Attention, quelle a été jusqu’ici moins dépeinte
Q,J fui-
TABLE XCVIÎÏ. Germe du Caffée,
fuivant le Microfcope. Elle embrafle tout le Milieu du Noïau, h on la
voit même fe produire, en Filets bruns par la longue Fente ou la Coupu¬
re perpendiculaire, qui prend toute la Longueur du Noïau , ou de la
Fève de Caffée. Que fi l’on coupe un Rondeau bien mince d’un Noïau
4e CafFêe détrempé, l’on coupera toujours aufli une Particule de cette
Peau s laquelle paroît dans le Microfcope comme la Bandelette brune f).
J’en ai donc pris un petit Brin, dont la Groffeur efl: répréfentée g, &
l’aïant examiné par Nr. i. du Verre Angloîs, je l’ai trouvé couvert d*
une Infinité d’Ecailles h) lesquelles fe terminoient en Pointe par les
deux Bouts.» Voies en une feule i) 6 Les petits Points qui s’y trou¬
vent font ou des Globules à Sève ou des Pores à Evaporation , dont je cou-,
jeéhire plûtôt le dernier; la Pellicule étant trop défiechée pour pouvoir
examiner cela par le JMicrofcopc*
Je viens encore à une Obferyatîon de Leewenhoedc, qui a aufii
Befoin d’Eclaircififemcnt. II prétend, que le Noïau de CafFée confiée
«o deux parties bien diftinétes, comme p. e. les Amandes, les Noifettes
& autres femblables fruits. * Mais c’cftune Erreur, s’il entend parler d*
un Noïau de Gaffée proprement dit, & non point de tout le Fruit renfer¬
mé dans fon Enveloppe charnue; dans laquelle, aînfi qu’on a dit, il s s
eft trouvé jusqu’à trois Noïaux . L’on n’a qu s à ouvrir tout doucement
un tel Noïau au Milieu, où eft la Fente ou la Coupure, ce qui fe fait
[e plus facilement, quand le Noïàu a trempé quelques Heures dans P
Eau; l’on trouvera, il eft vrai, au Milieu une Partie plus ferme, en-
velopée d’une Peau brune, mais qui a une continuité Spirale .&■ en Pis,
qui Pattache abfolument à la Coquille extérieure du Noïau; & que par
eonféquent, elle n’en eft point du tout feparée, & qu'elle ne fait point
un Noïau à Part, comme la Noix ou Y Amande „
" Mais
® I. c. pa, 15. eft nux fiue cortex in quo ordinario dose Coffi fabar, fepimento quo-
danj feparatae, jacent, fed eam fabam nos fimplicem cffe fabam patamus ex dua-
bu$ diftindis confiftere fabis» ©ptime cotnperi âcc, prout inAœigdalo, nuce Avel-
lanâ. porno ariaenico gus*
TAB.XCIX.
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t
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T AB XCIX. Conêguration & Criftaux de la Solution de 1 Argent. 127
Mais pour avoir bien facilement le Germe , il n ? ya qu’à mettre trem-
per dans une Tafle à Thée avec de l’Eau fraîche, quelques Noïaux des
plus gros & des plus beaux (J’ai trouvé le CafFe'e de Bourbon le plus
propre à cet Ufage) jusqu’ à ce qu’au Bas du Dos de la Fève il fe montre
un petit Point blanc, ou, comme il arrive fbuvent, que le Germe forte
de lui même & qu’il nage dans la TaiTe. Que fi on veut le voir dans
fon Gite, l’on peut fe fervir avec Succès d’un bon Canif, avec lequel
on va toujours on découpant le Dos de la Féve^ jusqu’à ce que U Germe
fe montre.
L’on trouve un Mémoire plus étendu & plus détaillé du Fruit du
Caffèe dans le dernier Tome du Commerce Littéraire de 175-4. Tab. III, &
IV. pag. 417» écrit pat Mr. le Confeiller Trevv. Boerbave, JuJfieu dans le
Livre de Botanique de Blackvvel, & d’autres en parlent aufli c’efl là
que, poux abréger, je renvoie le Leéleur, qui voudra en favoir da¬
vantage. *
TABLE XCïX.
Fig. 1.
Configuration h Criftaux de la Solution de l’Argent*
T """ne Perfonne de Qualité avoit envoié dernièrément à Monfieur le
Confeilfer Délias d’Erlang, un très beau DeiTein d’argent dijjbus s
dont les Chimiftes préparent la Pierre infernale ; & cet illuftre Ami a eu
la Bor>:é non feulement de me communiquer ce Dejjèm , mais aufli de
m’envoïer deux Sortes de Solution A' Argent , dont la première étoit du
plus fin, & l’autre avoit quelque peu d’Alliage de Cuivre; afin que j*'
examinafie ces deux soluti ns auiîi exaélement que je pourrois par le
Microfcope. Celle de l’Argent bien fin m’a fait voir les plus belles
Répréfemations; parmi lesquelles, j’ai trouvé la préfente Configura¬
tions,
* L’on en verra encore quelque chofe Part, 3, Tab. IX, & X,
îi3 TAB.XCIX, Configuration & Criftaux de la Solution de l’Argent.
tion, la meilleure & la plus digne d’être deflinée & communiquée à
mes Letteurs, Les Solutions d” l’drgent allié avec du Cuivre , donnent dans
lo, Verd & font plus de Criftaux que celles d’Argent fin. J’ai éprouvé
dans cette Occafion qu’il faut ufer de Tours & d’une Induftrie par¬
ticulière, lorsqu’on veut tirer de beaux Criftaux de cette Solution . Ra¬
rement la prémière Goûte qu’on mettra dans le Verre en produira, mais
les Configurations nen font que plus belles &plus délicates. Si l’on met
par eontre encore une Goûte fraîche par deffus celle de la Configura¬
tion déjà deirèchée,c’eft alors que fe produiront les plus beaux Criftaux
tels, qu’on peut les voir ici f) g) & h) lesquels répréfentent par Fois
des Rameaux de Romarin, comme f) ou aufli de magnifiques Sapins &
d’autres Arbres de Forêts g) h) J’ai tiré les Criftaux , dont je viens de
parler du Dejfein qai m’a été communiqué; Mais pour ceux que j’ai
vus moi même, ils font répandus ça& là dans le Corps de la Configura¬
tion ; & l’on voit ici a) la Goûte dans le Verre de Groffeur naturelle.
b) Préfente les differens Criftaux fur les Bords, c) & e) quelques
belles Configurations en particulier, formées d’une Ligne perpendiculai¬
re, dont le Bout fe termine par une Efpèce de Fl^be, par differentes
autres lignes horifontales, qu’elle jette, au deffus & îu deffous des¬
quelles montent & descendent encore d’autres Piques en Ligne perpen¬
diculaire, de forte que le meilleur Géomettre, ne les fauroit mieux
defiiner à l’Aide d» Campas & de la Régie,
n Fig. 1 ,
Obfervation particulière faite fur des Pois où l’on
a trouve une Efpèce d’Efcarbot à Croix.
I l-y a environ un Mois, qu’un de mes Amis m’a envoie de Nuremberg
un Couple de Pois , en me marquant, „ qu’il en avoit reçu toute
,, une pleine Boite de Boheme; que ce qu’il - y - avoit de fingulier à
», remarquer, étoit, que chaque Pois renfermoit un petit Efcarbot en
,, Vie} que^tout le Champ en étoit empêtre, & que la Manducation
de
T AB. XCÎX. Pois, ou l’on a trouvé une Efpéce dTfcarbot ny
â , de ces Pois avoit été nuifible & même mortelle à Quantité de
„ Gens &c. t ,
Je ne les eus pas plutôt reçus que je les examinai par dehors,
je remarquai d’abord en chacun une petite Tache ronde de Couleur
grife, qui relévoit un peu comme un Couvercle. J'ouvris fubtiiement
cette Tache avec un Canif ; & je n'avois pas encore feparé ce petit Cou¬
vercle du Pois , que l’Hôte qui étoit caché defibus, pafia dehors fa Tête
brune & fes longues Antènes ; & enfin au Bout d’une Demi-minute,
il eut entièrement quitté fa Prifon, & tout de fuite dcploïant fes Ailes
fur ma Main, ii fe difpofa à prendre l’ihfor. Mais comme cet Etran¬
ger m’itoit trop agréable pour le laifier fitôt partir, je l’enfermai dans
«b petit Verre à Comfcrvc, pour l'examiner à Loifir.
I
Jenvolai l’autre Pois à mon Ami Mr, le Profefieur Arnold avec un
Billet, où je le priois de l’ouvrir, & il y trouva le même Hôte noirâtre.
Quelque confiant qu’il fût, qu’il y-avoit des Efcarbots dans ces
deux Poù, je ne laiiïbis pas de douter fi je devois compter fur cet Eve*
nement. Je favois bien que les Chenilles deviennent des Efcarbots , & que
l’on trouve par Fois de petites Chenilles dans les Confies de Pois veràs*
Mais je n’avois jamais vû ni lu leur Métamorphofe. Outre cela*
dans ces deux Pois il manquoit la Dépouille de la Chr y faille ou l 'Ecaille de
Vfiscarboty qui auroit dû fe trouver dans la Cavité de ces Pois , J’ecri
vis donc mes Idées au recommandable Ami, qui m’avoit envoié le
Pois, & lui découvris mes Doutes, en le priant de m’enenvoïer encor-
un feul. Et voici ce qu’il me répondit:
L’Hifloire des Pois, que je Vous ai communiquée, porte fur la
„ pure Vérité, De plus de Cent, je n’en ai trouvé que deux qui
9 , fufient Exemts de pareils Hôtes. Pour ce qui regarde les Extt -
» viae t dont Vous êtes en peine, il efi confiant^ que cette Chffts
130 T AB, XCÎX. Pois, où l’on a trouvé iraeEfpécë d’Efcarbot. 1
„ Injeftorum fe métamorphofe ex ovuîo in vemern plerumque monjîruo~
„ fum , pertenui putamine cinütim &c. dont la Peau de la Chryfalideeft
,, de beaucoup plus molle et plus délicate que celle du Papillon,
„ & par conféqueat ad quemvis leue attritum y elle fe change en Pous»
,, hère, telle qu’il-y-en avoit dans le Creux des Pois que j’ai trou^
„ vé vuides. Aurefte, je Vous envoie encore un Pois , * j’y en
„ joindrois davantage, fi je ne les avois déjà tous diûribués ici.
,, Je fuis &c.
Cette Penfée me parût fort plaufibîe , & dés que j’eus lu la Let¬
tre, j’envoiai le troifième Pois , à un autre de mes Amis pour qu’il 1 ’
ouvrit, lequel le trouva vuide & fans Efcarbot. Cela occafioima de nou¬
veaux doutes, et comme le Savant qui avoit eu la Bonté de nfenvoïer
les Pois vouloit qn’on tût fon Nom, j’avois pris la Refolution de met¬
tre toute cette Recherche, de Côté ; lorsque je ra’avifai de confulter
encore là délias mon incomparable Ami Mr. le Confeiller Trrov. Et j'
eus le Bonheur d’en recevoir le Reponfe fuivante, auffi fatisfaifante *
que détaillée.
f l m’efl tombé entre les Mains quelques uns de ces Pois de
Boheme, que j’étois fur le Point de Vous envoier, quand Mr.
„ Vôtre Entrepreneur m’a appris, que Vous en aviés reçu de
„ Mr. le Confeiller de Cour D. B. Des trois que j’en ai, il y en a
„ un, dontl’Infe&e s’eft déjà fait fait Jour 3 & un autre, où l’on
apperçoit diftin^ement la Tache bluâtre par laquelle il va per-
cer, Si Vous pouvés en faire Ufage, je Vous les enverrai.
Aïant trouvé dans le Voïage de l’Amérique Septentrionale de
Mr. Pierre Kahn une Relation circcnftantiée de cet Infeéle des
Pois, je fuppofe, qu’elle Vous fera Plaifir; c’ell pourquoi je 1 *
,, ai fait copier Mot à Mot, en y joignant quelques Paifages des
, Ecrits du Chevalier Linnéus , par où Vous pourrés voir que
Vous ne devés pas fair* Difficulté de mettre au Jour Vos Ob-
„ fer-
TAB.XCIX, Pois ou Pot» a trouvé une Efpéce d'Efcarbot ï?î
„ fervations, qui ne pourront qu'être bien reçues du Public, Je
„ n’ai pas pu encore regarder dans les Ecrits de Mrs. RodTel & de
,, Reaumur , s’ils ont eu Connoiflaace de cet Inftde. Il fe fait à
„ Leipzig une nouvelle Tradudion du Voïage de Kaim J’en ai la
première Partie ; mais je ne puis dire fi la Seconde paroîtra à
„ cette Foire &c,
Nuremberg ce f. Avril 1761. Chr, JaG. Tïew Dr.
Je crois que cet Extrait va faire autant de Plaifir ou Le£teur, qu’il
m’en fait à moi-même* & dans cette Confiance, je vai le mettre ici tout
du long.
Entrait de la Defcription du Voiage que Mr, Pierre Palm, Profef-
feur en Oeconomie à Aabo & Membre de l’Academie Roïale
des Sciences de Stockholm a fait dans l’Amerique feptentrio-
nale, par Ordre de la dite Academie & aux Dépens du Public,
Seconde Partie. Tradudion. A Goettingue aux Dépens de la
Veuve d’Abram de Sore 1758. 8vo.
Note :
C'ejl le Titre entier de la io me Partie du Recueil des Voiage s nouveaux & re«
marquables de Mer & de Terre , qui a été publié à Goettingue. U Original eft en
Langue Suedoijje , Ha été imprimé à Stockholm en 1758» en Svo ; mais Mr.
Kalm a fait fes ATemoires en 1748*
„ A prefent l’on féme peu de Pois en Penfilvanie, Autrefois cha-
„ que Païfan en avoit un petit Champ. C’eft ce que témoignent de
9 , Vieux Suédois. Il en eft de même de la Nouvelle-Jerfey & de la
3 , Nouvelîe-Jork dans fa Partie méridionale ; la Semaille des Pois y aïant
s , été autrefois de beaucoup plus forte, qu’elle ne l’eft aujourd’hui.
„ Mais au Septentrion de cette dernière , aux Environs d’Albany &
„ dans tout le Canada poffedé par les François, l’on s’y appliquoit ex-
R 3 w trôné*
*3 2 & AB. XCIX. Fois où Ton a trouve une Efpêce d’Efcàrbot
„ tremément, & k Recoîte en reüfiifloit très bien. Mais un petit vif
3 , Infecte a contraint ces Colonies d’abandonner une Culture fi profitable.
», 11 étoit anciennement prefqu’ inconu ; mais dans ces dernières Années»
„ il s’eft énormément multiplié & engrainé. Il s’apparie en Eté, vers le
„ Tems que les Fois fleurirent & qu’ils commencent à goufjer, alors il fait
„ un petit Oeuf prefque dans chaque tendre Pois vevd . Quand on les
a battus, l’on ny peut rien remarquer par dehors ; mais fi on les cou-
9 , pe par Le Milieu, on y trouve ordinairement un très petit Fermiffeaur
„ lequel, s’il n’eft pas inquiété, y demeure tout l’Hiver S: une Partie
„ du Printems, vivant de la Mode de fon Pois ; de Sorte qu’au Mois d’
5 , Avril, il n’en refte que la P*au. Enfin ce Fer fa change en un InfecLe
3 , écaillé, qui fort par le Trou qu’il fait dans cette Peau & s’en vole,.
9 , pour aller chercher quelque autre Poifière, où il pnifie s'apparier &
^ pourvoir fa Race d’une Nourriture convenable,
„ Ce pernicieux Infeéfe, en quittant la Penfilvanîe, a toujours plus
3, tiré vers le Nord* Car il - y-a douze à quinze Ans, que les Environs
3 , de la Nouvelle-Jork n’en avoient encore point ; & qu’on y femoit
», annuellement Quantité de Pois, qui y réüfTiltbient fort bien. Mais in-
„ fenfiblcment, cette Engeance y a tellement pris le deflus, quenfin les
„ Habitans fe font vu contraints d’abandonner cette Culture, Le Cam»
3 , pagnard des Environs d’Albani a encore àpréfent la Confolation de ne
3 , pas voir les Poifières mangées de cette Vermine ; mais il eft dans des
„ Craintes continuelles ; voïant que le Mal approche tous les Ans de
„ plus en plus de.leurs Quartiers.
Je ne fais , comment cet înfeéle pourroit fubfifler en Europe ;
j, du moins crois-je que les Hivers de Suede feroient mourir ce Ver,
quelqu’ enfeveli, qu’il fût dans la Terre. Mais dans la Nouvelle-Jork,
où il fe tient de nos Jours, il fait bien auffi froid, que chés nous, &
j, cela ne l’empêche pas de s’y multiplier & même de tirer toujours plus
,3. vers la Nord, j’ai failli moi même porter ce Fléau en Europe, fans
le
»
TA B, XCÎX. Pois où I’otv a trouvé une Efpèce d" Efcarbflt i-33
„ le favoir. Car à mon Départ d'Amérique, j’avois pris un petit Cor-
„ net de Papier plein de Pois goumans» Ils paroifibient bien verds &
„ bien frais ; eependantà mon Arrivée à Stockholm en iyço, le 1, Aoûts
„ aïant ouvert mon Cornet, je trouvai tous mes Pois ereufés ; de cha-
V, cun defquels un Infeéle fortoit la Tête j il-y en avoit même, qui en
„ fortirent tout à fait, pour éprouver le nouveau Climat, Je me hâtai
,, donc 4 e refermer mon Cornet, pour empêcher la Fuite de cette Err-
s , geance pernicieufe. J’ avoue, que la Vue de cet Infeéfe me ht plus
», frémir, que fi j’avois vu fortir une fipere de mon Papier ; fachant
„ tout le Mal, qu’en auroit eu ma chère Patrie , pour peu qu’une Paire
,, de ces Infe&es fe fût envolée, La Poftérité en plufieurs Générations
„ & en diverses Provinces auroient eu tout Lieu de me maudire, comme
„ l’Auteur de ce Défaârc. J’envoïai enfuite quelques uns de ces Infe-
„ êtes, bien gardés, à Monfieur le Comte de Dejffin & au Chevalier Linnéus 9 .
„ avec un Mémoire fur le Mal qu’ils font, Monfieur Linnéus en a déjà
„ donné une Defcriptioa dans une Diifertation Academique, du Mal
y, que font les Infeiïes, à laquelle il a préfidé., Il y nomme le mien Te Bru-
„ chus de l’Amérique Septentrionale* * Ce qu’il y.a de particulier, c’eflque
^-3 ,, dans
* Pag. 15. Cette Differtarfon de Infeïïomm noxa fe trouve dans le Recueil intitulé:.
Carol. Lin. ïïc. Amomit. Academicae feu Dijfeirtestimes varias p-hificae, medicae,
hotanicae anteliac feorfim editae &c. VoL HL Holmia* if56. en grand 8vo, Nro
XLV. p* 33 S* Suiv. Je n ai pas trouve le Morde Bruchus dans cette Diffbrta-
don 3 mais j y ai rrauve p, 147, celui de Curcutio helvuhis^ lequel Mr, fe Chevalier
décrit ainfi :
Curcuüo pif ohm gerït corpus fufeum. magnitudîne cimiers maiorrs , adfperfmn punïïis
albis vagis ; Elytra obtujijfima apice. nigra abdomine longe br évier et; Torax
tranfverfm ofsalis ; cciput parvttm acmmnatutn ; Antennae clavatae r fufcae ; Ab¬
domen a tergo ubi apice mdurn, mavula aléa triloba notâtum ; Pedés cinerei.
H y a une autre Defcription du Cmculio dans la Fauna Suecia, Lugd. Bal. iry.6. in
gvo pag. 1J8. n.461. Steomme elle diffère affés grandemenrde celle, que je
viens de rapporter, il me femble que le Chevalier Linnéus ne tienne l'Infeft©
Américain, que pour une Variété de.cclui.ci j puisquTl ks cite l’un avec l*autre 8
iV4 TA B. X'CIX- Pois où l’on a trouve uneEfpèce d’Efcarbot*
„ dans tout le Cornet, il ne s’eil pas trouvé un feul Pois qui n’ait été
s , creufé.
Remarque :
Pendant que cette dernière Feuille étoit fous la prefTe, je reçus de
Mr. lVagner Confeiller intime & Médecin ordinaire du Margrave de Bay-
reuthla Lettre fuivante, dontfja Communication fera d’autant plus agré¬
able au Leéieur, qu’elle donne plus de Jour à Nnfeüe de Pois.
M-onfieur !
5 , T orfque f eus dernièrement le Plaifir de Vous voir à Erlang & de
„ parcourir Vos Occupations microfcopiques , Vous eûtes la
„ bonté de me montrer, entre autres Nouveautés, une Efpèce particu-
„ lière de Pois de Bohême, dans chacun defquels étoit caché un petit
„ Efcarbot , qui en fortoit par une petite Ouverture ronde, munie d’un
„ petit Couvercle, & qui avoit aux deux Aîles de deflfus quelques petits
„ Points blancs , & fur le. Derrière du Corps une petite Croix blanche. Je
„ Vous dis d’abord qu’il étoit a de s ordinaire de trouver dans la plupart
„ des Plantes legumineufes des Vers, qui s’engendroient dans leurs Gonfles ,
„ qui en mangeoient le Fruit & qui enfin fe métamorphofoient pour la
,, plupart en Efcarbots à Trompe, ainfi que je Pavois remarqué dans i’Oro-
„ be, P P purge des Près, la Veffe & autres Legumes. Aïant donc eu Oc-
„ cafion d’en trouver aulîi dans le Genre de Pois, je n’ai pas voulu man-
„ quer
Dans la Fa:ma Sucvica, il compte 33. Efpèccs de Curculio, depuis Nro 44*. jus.
qu’à 447 Stdans les Amê'enitaîes 1 c il en compte encore 6 . Le mot de Bruchus
ne Te trouvent dans l’une ni dans l’antre. S’il fe trouve dans /’ Original cité par
Mr. Kaltn,c*eft ce que j’ignore, ne i’aïant pas en mon Pouvoir ; car malgré tous les
Soins que je me fuis donnés, je n’ai pu parvenir jusqu’ici qu’à très peu de Dif-
fertations Suedoifes, Cependant il n’efl pas douteux, que /’lnjme Américain de
Mr. Kalm & celui de Mr. Linnéus ne foient le même, quoi qu’ils different de
Nom, Car l’on fait que Mr. Linnéus change Couvent les Noms Génériques & les
Spécifiques . Le Rapport que peut avoir l’infefle de la-Bohême avec la Defcrjp-
tion de celui de l’Amérique, Te ve:ra le plus au jufte par un Examen exaû,
■ ' TAB XCIX. Pôh où Von a trouve une Efpèce d ? Efcarbot,. fjf
,, quer de Vous en faire Part, & de Vous envoïer dans une Boëte bien
„ conditionnée quelques Pois & quelques Ecarbots , qui reffemblent par-
,, faitement aux Vôtres, Ils viennent d’un Pais bien éloigné de la Bn-
„ heme, c’eftàdire de Provence. Je reçus la Semaine palTée de quelques
„ Connoifiances que j’ai à Avignon un petit Paquet de Grains, dans ie-
,, quel étoit aulïi un Papier plein de Pois, fur lequel étoit écrit : Pois
,, gourmam. Quand je l’ouvris, tout y fo^rmiiloit de ces Efcarbots , qui
, marchoient fort vite, & dont quelques uns s’envolèrent. J’en ramaf-
„ fai une bonne Quantité dans un Verre, où j’eus bien de la Peine à les
,, contenir, à caufe de leur Agilité à courir & à voler, & je m’apperçus
„ en même Tcms que tous les Pois étoient ou creufés ou durnoins en-
„ core remplis de P Infecte, qui y étoit caché & qui fortoit peu à peu en
„ levant le Convercle rond. Or comme la Lettre portoit, que ces
j, Pois , quoique creufés, ne laiflbient pas d’être bons à femcr, j’en exa
„ minai la Caufe & trouvai, que le Ver epargnoit toujours le Germe du
-À - '
Pois &' ne mangeoit & ne perçoit que jufqu’au Milieu du Côté oppofé,
„ les deux Lobes de la Graine ; ce qui n’empêche pas les Pois de germer
„ & de fortir. C’efl encore ici que le Créateur a très fagement pour-
,, vu à laConfervation de les Créatures, en mettant dans un Ver fi mé-
„ prifabîe & dépourvu de Sens, l’Infh’nct, d’entamer le Fruit qui doit
„ lui fervir de Nourriture, par l’Endroit, qui n’entraine pas après lui
„ fon entière Deltruétion. Vous verrés auffi, Moniteur, que tous ces
», Efcarbots n’ont pas la Croix blanche. Peut-être efl ce la Marque fpe-
„ cifique de leur Sexe, ce que je n’ai pas eu le Tems d’examiner. Je
v fuis avec une véritable Confideration, &c,
Bayreuth ce 26. Avril 1761. Dr. P. C. Wagner.
Explication de la IL Figure de la 99 ne Efl a mpe.
a) b) font des Pois avec leurs Taches bluàtres ])•]),) telles qu’on les
peut voir l’Oeil nud. A) B) en efl le Groffifiement. c) Un autre, le
Couvercle levé , d’où Y Efcarbot d\ déjà forti. d) Encore un d* où fort le pe¬
tit Efcarbot de GrofTeur naturelle, e) L’ infecte pris d’après Nature du
Côté
*36 TABLE C. L* Efcarbot à Croix des Pois grofïï, avec Tes Parties,
Côté du Dos & f) du Côté du Ventre, g) Un Efcarbot Portant, avec
fon Pois , defliné fur une bonne Loupe, h) Le Pois vuide groiïi, ou l’on
voit un Tijjii blanc & au Fond' un peu de PauJJiére noire, qui êtoit apa-
ramment les Refit s de la Chryfalide, & que j’ai ici marquée d’une Etoile*
Aïant (auvent trouvé dans les Pois Perds i) la petite Chenille k) qui péné-
troit dans le Pois encore tendre 1 ), je n’ai pas voulu manquer d’en faire
Mention ; pour mettre le Leélcur à même de découvrir la Métamor-
phofe de la Chenille en Efcarbot, & de garder pour cet Effet de ces
fortes de Coudes de Pois,
TABLE C.
L’ Efcarbot à Croix des Pois groffi, avec Tes Parties.
C et Infeéle dont la GrofTeur naturelle revient à celle de la Punaife , a
plufieurs Parties dont la fïngularité mérite d’être examinée par le
Microfcope, Mais avant que de les indiquer, je veux décrire fa Figure
en général, C’efl un Efcarbot de la Claffe des Efcaborts à Croix de Cou»
leur brun-foncé, aïant à chaque Aile trois Points blancs, & là où elles
finilfent, c’efl à dire à l’Extrémité du Dos, une Croix blanche très aifée à
diftinguer. Sous le Ventre il efl brun-noirâtre ; il a 6 . Piés la vers Poitrine*,
qui eft d’un Noir luifant. Le Ventre effc partagé en Anneaux eu Jointu¬
res, Sous les deux Ailes de dclïus, il en a deux de deffous, qui font plus
longues & tranfparentes. Il a la Tête pointue, petite & d’un brun foncé
avec deux gros Yeux jaunes qui en fortent, deux longues Antènes & deux
courtes, & une Mâchoire en Pinces bien aigues. Sur le Cou, il a un lar¬
ge Ecujfon ou une Fraifs tirant vers le Dos, lequel a un Point conique blanc
au Milieu, joignant les Aîles, Chaque Pié a 6 , Jointures , & deux fortes
Serres au Bout. Il eft fort agile à courir. Que fi on le confidère fous
le Microfcope, tout le Corps efl couvert de Poil long & les Taches blan¬
ches paroiffent alors d’un Brun - clair, & elles ne font en Effet qu’un
Poil beaucoup plus clair que l’autre. Le Ventre , la Poürine & les Piés pa-
, 1 roiffent
TA B. C. L’Bfcarbot, à Croix des Pois groffi, avec fes Parties. 13^
roîffent à la Vérité plus unis ; mais iîs font cependant parfemés ça &
là de Poil ', pour la Tête & i’EcuJJon ils en font tout heriffés.
Fig, A, marque le Côte' du Dos & Fig. B. celui du Ventu & la Pot »
trine avec P Aile de dejjous, dans les deux Figures, aJ marque la Tête en gé¬
néral, b) les deux longues Antènes à ia. Jointures, c) Les a. courtes ,
qui n’ont que 4. Divifions, & que je prends pour des Crochets pour s’at¬
tacher, d) la Machqire ou Pinces, e) les gros Veux perlés, f) les y. Fiés,
g) la Croix blanche fur le Dos à l’Extrémité des Aîles, h) comme les
Pies tiennent à la Poitrine, i) le t'entre de l’Ffcarbot, k) les Ailes menv*
braneufes de deiTous , 1 ) les Aîles de deflus velues & comme de Corne,
fur chacune defquelles font les 4. Points Martes de Figure ovale, m) une
Antcne ou Noeud de Barbe grolîi dont les 4, Jointures vers la Racine font
unies & tranfparentes & reffembîent à des Creufets, le Cul en Pointe , & les
8. d'enhaut font opaques, velues de Couleur brun foncé & formées
comme des Feuilles de Figue dinde, n) un Pié avec fes 6. Jointures, &
fes Griffes o), qui joignent enfemble comme les Serres d’une EcreviJJe*
Fig. C, eft la Mâchoire en Pinces encore plus groflie, ou l’on voit p)
les Veux bruns jaunâtres, compofés d’une Infinité d’autres, comme le font
ceux du Moucheron ; q) les deuxprémières Jointures des longues An¬
tènes ; r) les deux courtes Antènes , comme quand i’Efcarbot accroche
quelque chofe ; f) f) la Mâchoire ou fes deux Parties refTemblant à des
Forces ; t) la Lingue ou P Aiguillon, qu’il tire quelque fois, laquelle defeend
dans le Gofier comme un Tuïau, jufqu’ à u) & qui a au Milieu du Cou
un Crochet recourbé de chaque Côté xx); y) eft la Fraife ou PEcuJJbn de
l’Efcarbot, entre le Coû & les Aïks avec fon Point conique ; & enfin z)
font les 4 prémières Jointures des Antènes» qui fe diftinguent des 8« au¬
tres Divifions, par leur Tranfparence & leur Figure, ainfi qu’il aétédit.
Je finis en répondant à la Queftion, fi le Méfentère de la Souris eft tran -
*
(parent, comme celui de la Grenouille, duquel nous avons traité dans la pr é mière
S Table
-i3-$ TABLE C. L’Efcarbot des Pois groffi.
fable de'la prémière Partie de ces Amufemens ? J'en ai fait l’Experiment fur
une Souris qui avoit ^Embrions dans le Corps* & j’ai trouvé le Méfen-
tère fort tranfparent, & qu’on y peut voir très diftinélement la Circu¬
lation des Humeurs dans tous les VailTeaux 5 mais qu’il n’y-a que la
Figure des Globules, qu’on ne peut diflinguer, les VaiiTeaux étant eux
*
mêmes trop épais & trop forts, pour qu’on puiffe rien diflinguer ad
travers de la Peau extérieure*
Je brife ici faute de Place & rends mes jufles Aélions de Grâces au
Leéleur de l’Accueil favorable, qu’il a bien voulu faire à ces Bagatel¬
les. Encore plus en rends-je au ToutpuifTant * mon Créateur & Con-
fervateur, comme celui de toutes les Créatures grandes & petites, vi¬
sibles & invifîbles, de ce que non obflant me grande Maladie, il m’a fait
la grâce de pouvoir achever cette Cinquantaine*
Oui c’efl Toi feul, Seigneur, qui és digne de recevoir la Louan¬
ge, la Gloire & la Force ; car c’efl Toi qui as créé toutes chofes 3 & c’efl
par ta Volonté, quelles ont l’Etre & qu’elles ont été
créées ! Amen*
J vis au Publie ♦
On aura foin de publier la troijieme & derniere Partie de cet Ouvrage , avec un
appendix , en quatre mois, c'ejl à dire dans la foire de pci que s de Leipfic
P An
TABLE
Table des Matières,
Table
Pag.
Lî, Le Nerf obtîque d’un Veau» ——■ — j.
LU, La Punaife» — —*• — —* <L
LUI. Une AÎIe de Mouche, — — — io>.
*»
LiV. Fig. u Un Bout de Dentelle fine de Brabant. •— iq,
Fig, z. La Moitié d’une petite Toile d’Araignée, — iî.
LV. La Peau de l’Homme & fes Pores,
LV 1 , Un peau de la Cornée d’un Oeil de Hanneton, — 17.
LVII. Des Criftaux de l’Alun, — —« — zi,
LVIII, La Configuration de P Al un* — —• 23,
LIX. Une petite Ecaille de Merluche»- —»• — 24.
LX» Une petite Goûte de Lait de Carpe» —* —-
LXI. Un peu de l’Ovaire d’une Carpe» —«— 27,
LXII. Etincelles de Feu tirées de l’Acier. — — ic>,
LXIII, Une Punaife qui ne fait que d’éclore, —- —-
LXIV. St LXV. Graine du Sapin-rouge & la Chenille, qui la de-
trait, avec fa Métamorphofe en Tigne, — 34,
LXVI. Plumes, de la même Tigne* —. 37.
LXV IL Les Polypes à Bras ; , —* — —* 42,
LXVIII. L’Infeéle qui fe trouve dans la Graine du Pin, St un Rameau
de Méléfe. — — _
LXIX. La Configuration & les Crrflaux du Mercure fia b limé, —
LXX, Différent Verres Oeconomiques & Mierofcopes manuels,
LXXI. Les Polypes bruns à longs Bras, — __
LXXII, Un peu de Moufle de Limon, —« —
LXXIIL Efpèce fmgulière d’Animal aquatique à Coque, ou le Pu
ceron en Forme de Roignon, — -—~
LXXIV, Petit Efcargot de Limon *, ou une Corne d’Ammon. —
- 46,
-
— 5 $*
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57 *
9
60,
Table
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î zi-
Table
LXXV, Fig. i L’Arlequin, înfe&e d’Eau marécageufe, ou le Mou¬
cheron dit le Cou fin — ^ —. __
Fig. 2. Le Puceron Verd ouïe Monocle, — —
LXXVI. Une Antène de Papillon de Ver à Soie & les Animaux
Spermatiques de ce Papillon, — .—
LXXVIL Les Etamines de la Rôle. —- — —
Pag,
64.
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6 7 *
LXXVII 1 . L’Eau du Sang ou le 7 grum, — —
LXXIX, Le Moucheron, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufe, —
LXXX. Les Epines, Piquans, le Pidile avec POvaire &c t de la Rofe,
LXXXÏ. Miroir d'une Aile de Papillon, *— —
LXXXIÎ. Continuation des Polypes, — —- —
LXXX11I. Trois Efpèces d’Animalcules d*Eau limonneufe* —-
LXXTIV. Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques.
LXXXV, Le Moucheron dit le Coufin. — .— —
LXXXVI, Singularité'du Sable de Mèr ou de Coquillage. —-
LXXXViL Deux Sortes de Polypes à Bouquet. — —
LXXXV 11 I, Encore quelques autres Animalcules de Limon, con¬
nus fous le Nom de Polypes Sociables. -— *
LXXXIX. Les Parties Microfcopiques les plus remarquables du
Chardon» — — —■ — 1
XC Continuation des Particules du Chardon.
XCI, La Moille de la Tige & de la Queue du Chardon, —
XCH, Les Etamines & autres Parties anthériques du Chardon.
XCIII,- Ecaille d* Anguille. — —
XC 1 V. Obfervations microfcopiques, faites fur des Langues de
Veau & de Boeuf. —• — ■— ,0 9 *
XCV, Continuation des Obfervations, faites fur la Langue de Boeuf, 117»
XCVI, Conclufion des Obfervations fur la Langue, — i* 9 »
XCVII, & XCVIil, Parties microfcopiques du Caffée. — — 12,^*
XCIX. Fig, 1. Configuration & Criftaux de la Solution de l’Ar¬
gent. — — ■— % , l2 7 «
Fig. 2. Obfervation particulière faite fur des Pois ou l’on
a trouvé une Efpèce d’Efcarbot à Croix. — 128*
€, L’Efcarbot à Croix des Pois grolïi avec fes Parties, — 136.
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